« Les Roms, boucs émissaires d’une politique sécuritaire »

Publié le 16/02/2012
France
 

Le Collectif national des droits de l’homme (CNDH) Romeurop, dont le Secours Catholique est membre, a rendu public son rapport 2010-2011 sur la situation des Roms en France, le 16 février à Paris.

Le rapport du CNDH Romeurope, publié le 16 février, dresse un constat alarmant sur la situation des Roms en France et les politiques sécuritaires qui les visent. « Les Roms sont les boucs émissaires d’une politique générale antipauvres et antimigrants. Ils sont désignés comme délinquants et asociaux », a lancé Alexandre Le Clève, responsable des actions nationales de la Cimade.

« Des familles roms ont été expulsées jusqu’à six voire neuf fois en un an »

Selon les associations du Collectif, la situation des Roms a empiré ces deux dernières années, et notamment depuis le discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble, en juillet 2010. « Les expulsions se sont accélérées », affirme Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des droits de l’homme (LDH), qui ajoute toutefois qu’il est difficile de les chiffrer. Mais nous avons la preuve que la majorité des Roms ont été expulsés de leur lieu de vie au moins une fois au cours de ces deux dernières années. La norme est toutefois plus élevée. Nous rencontrons de nombreux Roms qui ont subi six expulsions dans l’année, parfois même neuf. » » Le Collectif reproche la mise en place d’un « arsenal juridique spécifique, qui veut limiter le droit de séjour, restreindre le droit de circulation, faciliter les évacuations des squats et terrains occupés de manière ’’illicite’’ et interdire la mendicité. »

Une situation de crise humanitaire

« Les expulsions sans solution d’hébergement mettent les personnes en situation de grande vulnérabilité et entraînent des ruptures de soins », dénonce Jean-François Corty, de Médecins du monde. D’après l’association, 80 % des quelque 20 000 Roms vivant en France ne sont pas à jour dans leurs vaccinations. 45 % sont atteints de pathologies qui nécessitent un suivi médical de plus de six mois. Par ailleurs, ces personnes ont un très faible accès à l’aide médicale d’État (AME). « Nous voyons réapparaître au sein de ces populations des maladies qui avaient disparu de notre société, comme la rougeole, la tuberculose ou encore l’hépatite A », affirme Jean-François Corty. Le CNDH Romeurope demande donc de rendre effectif l’accès des Roms au droit commun et de leur garantir l’accès aux soins et à la protection de la santé. Par ailleurs, il souhaite que les expulsions de terrains sans aucune proposition d’hébergement soient stoppées et que des mesures soient prises pour garantir un habitat digne. « Nous sommes aujourd’hui obligés de mettre en place le même type d’actions que nous menons dans les pays en développement. Il s’agit bien, pour les Roms, d’une crise humanitaire », lance le médecin.

Les Roms fichés

Par ailleurs, le CNDH Romeurope dénonce le fichage ethnique des Roms par le biais du fichier OSCAR. Validé en octobre 2010 par le Conseil d’État, ce fichier recense l’ensemble des étrangers susceptibles de bénéficier d’une aide au retour volontaire (ARV), afin de lutter contre la fraude et d’éviter qu’ils n’en bénéficient deux fois. Dans plus de 80 % des cas enregistrés sur OSCAR, les données biométriques concernent des citoyens de l’Union européenne de nationalité roumaine ou bulgare, selon le Collectif. « Ce fichage [est] pourtant contraire aux textes européens [relatifs à] la liberté de circulation au sein de l’Union européenne et […] vise tout particulièrement un groupe ciblé en raison de son origine », décrit le rapport.

« La France est dans une logique de criminalisation de la misère »

« La France est dans une logique de criminalisation de la misère. Ce type de comportement libère les attitudes xénophobes », avertit Damien Nantes, directeur de l’association Hors la rue. Le CNDH Romeurope demande donc de lever les mesures transitoires qui limitent l’accès au travail des citoyens roumains et bulgares et qui devraient être reconduites après 2014. Il souhaite que les procédures administratives et juridiques telles que la distribution d’obligation de quitter le territoire français (OQTF) motivées sur « l’abus de droit » de circulation soient supprimées. Enfin, le CNDH Romeurope souhaite qu’un accès plein et effectif à la scolarisation pour les enfants roms vivant en squat ou bidonville soit rendu possible.

 

Clémence Richard
© PhotoPQR/La Provence/Nicolas Vallauri
Deux femmes discutent
Plus d'informations
Migrants
# sur le même thème