Liban : Caritas aux côtés des réfugiés syriens

Publié le 03/05/2013
Liban, Syrie
 

Un million de réfugiés syriens vivent au Liban. Derrière ce chiffre impressionnant se cachent des femmes et des hommes aux vies brisées. Caritas Liban, soutenue par le Secours Catholique, se démène pour les aider.

Maria

La foule se presse devant le bureau de Caritas, à Taalabaya, un village de la vallée de la Beeka où vivent la majorité des Syriens qui ont fui leur pays. Dans la file d’attente, les femmes tentent de calmer les enfants agités. Tous sont arrivés de Syrie quelques jours auparavant et ont entendu dire qu’ils pourraient obtenir de l’aide ici.

« Tous les jours les réfugiés sont plus nombreux », constate Maria, une assistante sociale de 30 ans à la tête de ce bureau de Caritas depuis quatre ans. Il y a quelques mois, Caritas accueillait 80 nouveaux réfugiés par jour. Aujourd’hui, ils sont plus de 150. Pour répondre aux besoins croissants, l’équipe de Caritas se démène.

Les réfugiés reçoivent des colis alimentaires, des kits d’hygiène, des couvertures ainsi que des bons pour des vêtements. Chaque jour, une clinique mobile se déplace dans les camps de réfugiés, où les conditions d’hygiène sont bien souvent déplorables, et fournit une assistance médicale d’urgence à ceux qui en ont besoin.

Au début de la crise syrienne, la population libanaise était très solidaire et la situation apaisée, dit Maria. Aujourd’hui, alors que la fin de la guerre n’est toujours pas en vue et que la crise économique fragilise les Libanais, la jeune femme redoute les tensions.

Ibrahim

Pour Ibrahim, 60 ans, tout a commencé le 8 novembre 2012 à 2 h 30 du matin. Des hommes armés ont attaqué son village de Ras Al Ain, dans le nord-est de la Syrie. Ils visaient les 250 familles chrétiennes vivant dans le village, les traquant de maison en maison. Ceux qui n’ont pas pu fuir assez vite se sont fait tuer. « Je ne comprends pas pourquoi ils ont fait ça, nous n’avons rien fait à personne, raconte Ibrahim. Nous vivions en paix. Nous n’avons jamais possédé d’armes. »

Ibrahim et sa famille ont réussi à fuir. Avec sa femme et l’un de ses fils, il s’est réfugié au Liban. Depuis cinq mois, la famille vit dans l’église de Saint-Gabriel à Ajaltoun, au Mont-Liban. La seule aide dont ils ont bénéficié depuis leur arrivée est celle de Caritas, qui leur a donné un kit d’urgence ainsi qu’un colis alimentaire.

Ibrahim se rend régulièrement à Beyrouth, où il se renseigne dans les ambassades sur la possibilité d’obtenir l’asile dans un pays européen. Il sait que ses chances sont minces. La plupart du temps, il arpente l’église, redoutant l’avenir. Il suit assidûment toutes les informations qui lui parviennent de Syrie. Là-bas, dans son pays, tout n’est que « destruction et sang », dit-il.

Salah

Salah est séparé des siens. Sa solitude saute aux yeux, alors qu’il invite à entrer dans la grande pièce grise et froide qui lui sert d’abri. Un lit, une table de chevet bricolée, un petit réfrigérateur et une télé cassée constituent les seuls meubles de ce dépôt désaffecté qu’il loue pour 130 dollars par mois. Cet agriculteur de 50 ans, originaire du village chrétien de Rableh, a dû fuir voilà un an, faute de pouvoir continuer à travailler dans les champs.

Le blocus que subit ce village situé près de la frontière syro-libanaise, et encerclé par des milices indépendantes de l’Armée syrienne libre (la principale force armée opposée au régime de Bachar el-Assad), empoisonne le quotidien des habitants, raconte-t-il : le prix du pain s’est envolé, l’électricité est coupée, sans compter les vols et les kidnappings dont les chrétiens sont victimes. Salah s’est donc installé avec sa famille à Zahlé, une grande ville libanaise à majorité chrétienne. Mais au bout de quatre mois de privations, sa femme et ses enfants sont retournés en Syrie.

Impossible pour Salah de les faire vivre sur place : comme les autres réfugiés installés au Liban, il ne travaille pas autant qu’il le voudrait, seulement quelques jours par mois à récolter des légumes quand le temps le permet. Le peu d’argent qu’il lui reste, il le fait passer à sa famille. « C’est tout ce qui compte », dit-il.

Yassar

« Du travail, dit Yassar, 41 ans. J’ai juste besoin de travail. » Handicapé, Yassar se déplace en fauteuil roulant. Il manque de tout. Cela fait plusieurs mois qu’il vit dans le camp de Nahr El Bared avec sa femme et ses trois enfants âgés de 6 mois à 6 ans. Nahr El Bared est un camp destiné aux réfugiés palestiniens, à 10 km de Tripoli, au nord du Liban. En 2007, il a été détruit par les combats entre les islamistes et l’armée libanaise. S’il a été depuis reconstruit, les conditions de vie y sont difficiles.

En Syrie, Yassar vivait également dans un camp de réfugiés palestiniens, à Damas. Il y possédait une boutique de réparation de radios, télévisions et autres articles électroniques. Son commerce employait trois personnes. Le 5 novembre 2012, sa maison en Syrie a été détruite par une bombe. Il doit maintenant recommencer de zéro. En tant qu’enfant de réfugié palestinien, Yassar a grandi dans le dénuement ; ses enfants sont maintenant dans la même situation que lui.

« Si je pouvais au moins travailler, je ne dépendrais de l’aide de personne », dit-il. En attendant, Caritas l’aide à faire face aux besoins du quotidien, grâce à des colis alimentaires, des kits d’hygiène et des couvertures.

 

Andreas Zinggl de Caritas Autriche, avec Marina Bellot
© Andreas Zinggl/Caritas Autriche
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