Liban : le choc de deux millions de réfugiés syriens

Publié le 05/12/2014
Liban
Liban : le choc de deux millions de réfugiés syriens
Les Libanais reçoivent 35 % des Syriens ayant fui le conflit
 

Au Liban, l’accroissement du nombre de réfugiés syriens auxquels se rajoutent les réfugiés irakiens met le pays sous pression… Le Secours Catholique-Caritas France reste mobilisé auprès des populations pour favoriser l’accueil. Entretien avec Hombeline Dulière, du pôle Urgences internationales du Secours Catholique-Caritas France, actuellement présente à Beyrouth.

 

En octobre, le pays du Cèdre a décidé de fermer ses frontières. Combien compte-t-on de réfugiés syriens ?

Il y aurait désormais au Liban 1 143 900 personnes identifiées par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ; mais les réfugiés syriens seraient en réalité, au moins, deux millions, en comptant ceux, nombreux, non enregistrés au HCR. Sans oublier les quelque 11 500 Irakiens –dont beaucoup sont arrivés depuis l’été 2014–, les 400 000 Palestiniens et les 40 000 réfugiés palestiniens venus de Syrie.

Dans ces conditions, comment s’étonner si les tensions entre les réfugiés et leurs hôtes augmentent ? Pour éviter que les clivages communautaires ne s’accentuent l’organisme onusien a demandé à la Caritas nationale d’inclure des Libanais dans les activités socioprofessionnelles et psychosociales offertes aux réfugiés au sein de ses centres.

Quel est l’état d’esprit des réfugiés ?

Beaucoup de Syriens veulent quitter le Liban, certains pour rentrer chez eux, la plupart pour s’installer dans des États tiers (Allemagne, Suède, Canada, France…). Mais pour l’instant, enfermés dans une impasse, ils souffrent. Le pays du Cèdre n’ayant pas signé la Convention de 1951 relative au statut de réfugié, ils ne peuvent pas espérer obtenir celui-ci, même s’ils sont enregistrés au HCR.

Quels sont leurs besoins prioritaires ?

Ils sont de plus en plus vulnérables. Ils cohabitent dans les nombreux campements présents dans le pays situés sur des terrains privés, ou dans des appartements aux loyers très élevés. Ces hommes et ces femmes sont moitié moins rémunérés pour leur travail – lorsqu’ils en ont un ! – que les Libanais. Et la vie est chère. Dès lors, se nourrir et se soigner est un combat quotidien.

Comment les 4 467 000 Libanais tiennent-ils le choc face à ces deux millions de réfugiés ? Selon la Banque mondiale, le conflit syrien a coûté au pays plus de 7,5 milliards de dollars, 170 000 Libanais sont tombés dans la pauvreté et le taux de chômage a dépassé les 20% de la population active.

Ils n’en peuvent plus ! Ils ne se sentent plus chez eux. Nombreux sont les Libanais qui s’interrogent : les frontières sont fermées mais d’autres flux de personnes pourchassées pourraient se déclencher… Beaucoup souhaitent le départ des Syriens (pour des raisons historiques, ils préfèrent les Irakiens aux Syriens). Il faut savoir que les Libanais reçoivent sur leur territoire 35% des Syriens ayant fui leur patrie pour se réfugier dans les États voisins. [1]

Comment aider le Liban ?

Alors que les fonds d’aide aux Syriens et Irakiens diminuent, il est important de soutenir à la fois le pays et les organisations nationales et internationales qui les assistent. De même, il est important que les États, notamment européens, épaulent le Liban en ouvrant leurs portes à ces réfugiés. Le pays ne peut pas s’en sortir seul : il est tellement déstabilisé par les conséquences de plus en plus lourdes de la tragédie syrienne et de la crise irakienne !

 [1] Les Libanais ont accueilli en 2013, sur un territoire grand comme la Gironde, 851 284 réfugiés, la Turquie 585 601 (Source : HCR)
Yves Casalis
Crédits photos : ©Caritas internationalis
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