Liban : les réfugiés représentent un quart de la population

Publié le 10/10/2013
Liban
 

Après deux jours en Jordanie, la délégation française s’est rendue au Liban mercredi 9 octobre. Le contexte est plus tendu : le pays compte 4 millions d’habitants et accueille aujourd’hui plus d’un million de réfugiés. Reportage de notre envoyée spéciale.

Mercredi 9 octobre, la journée commence dans les locaux de la Caritas Liban avec une présentation des actions entreprises pour les très nombreux réfugiés syriens. La délégation française, composée de représentants d’associations caritatives dont le Secours Catholique et de deux religieux chrétien et musulman, se prépare pour aller sur la plaine de la Békaa rencontrer une femme gérant la distribution, et visiter de quelques réfugiés regroupés dans des camps informels dans cette région.

Dans le bus, les salariés de Caritas décrivent leur quotidien. Des chiffres, des histoires, des actions et des projets similaires à ce que vit la Jordanie, mais dans un contexte différent et plus crispé.

« Les Libanais acceptent mal cette présence massive, les réfugiés sont une histoire douloureuse pour le Liban notamment avec les palestiniens. L’occupation de notre pays par l’armée syrienne, partie seulement en 2005, est encore vive dans les esprits », confie l’une d’elle, avant de rappeler une fois encore combien les réfugiés sont nombreux, et constituent aujourd’hui 25% de la population présente au Liban. Depuis les fenêtres du bus, on aperçoit partout des groupements de tentes.

« Avant nous n’étions pas riches mais nous avions la meilleure des vies »

La présence massive et soudaine de ces Syriens pose, comme en Jordanie, de nombreux problèmes en terme d’infrastructures : pour la gestion des déchets déjà difficile, la pollution, le secteur médical qui n’arrive pas à assumer cette forte demande, l’accès à l’eau et à l’électricité déjà problématique dans le pays. Sans compter la hausse des loyers, le manque de place dans les écoles et le coût du travail.

« Les Syriens acceptent de travailler à très faible coût, et se mettent également à vendre des produits beaucoup moins chers que le marché libanais, ce qui engendre une baisse du niveau de vie pour beaucoup de libanais », poursuit la salariée de Caritas Liban.

Et pourtant l’aide se met en place, et les bonnes volontés sont nombreuses. Arrivée dans un camp informel à Talabayeh, la précarité est évidente au milieu des quelques tentes déchirées. Les réfugiés se livrent naturellement. Huit jeunes femmes, âgées de 15 à 23 ans, expriment un mélange de résilience et de détresse.

« Avant nous vivions de la récolte du coton, du blé et de concombres. Nous n’étions pas très riches mais nous avions la meilleure des vies », confient en cœur ces Syriennes originaires de la région frontalière avec la Turquie. Elles ont parcouru un long chemin à pied avant de prendre une voiture qui les a conduit jusqu’ici.

Deux garçons de 13 et 15 ans les ont rejoint plus tard. Elles ont voyagé seules avec un oncle, les hommes de la famille ayant choisi de rester en Syrie.

La situation était devenue invivable. « Il n’y avait plus aucune liberté, nous étions pris entre les rebelles et l’armée qui s’entretuaient. Nous avons vu les chars, les armes, les avions et nous sommes parties en courant sans comprendre comment nous en étions arrivées là », regrette Amira.

Leur vie dans le camp libanais est un calvaire, comme le décrit Fatima : « Nous vivons misérablement, nous craignons la pluie et le froid. Nous n’avons rien à faire qu’à nous regarder toute la journée. » Dans quelques jours, ce sera pour ces musulmanes la grande fête de l’Aïd, mais là encore l’attente est morose.

« Nous devrions mettre nos plus beaux habits et nous n’avons rien, pas de repas de fête... Nous allons nous réunir et fêter aussi bien que possible mais nous n’avons même pas toute la famille », continue la jeune femme. Impossible d’améliorer ce quotidien, le travail est difficile à trouver, alors elles se partagent quelques jours dans les champs alentour.

Une misère immense mêlée à des sourires

Elles n’espèrent qu’une chose pour leur avenir, comme l’écrasante majorité de ces Syriens : « Que la guerre s’arrête le plus rapidement possible afin que nous puissions retourner dans notre pays », explique Saba. Fatima ajoute : « Que nos familles soient à nouveau réunies, et que la Syrie redevienne ce qu’elle était. »

Ailleurs dans le camp, des hommes décrivent une vie trop dure, les enfants racontent leur fuite, décrivent leur peur des bombardements. Tous présentent le tableau d’une misère immense mêlée à des sourires qu’Amira résume : « Nous tenons grâce à Dieu qui nous donne la force, et nous avons vécu tellement de difficultés que désormais nous espérons que ça aille mieux. » Avant de partir elle lance, approuvée par ses voisines : « Merci à tous ceux qui nous aident. »

Charlotte d’Ornellas
Crédits photos: © Charlotte d’Ornellas/Secours Catholique
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