Liban : une journée dans la vie des réfugiés syriens

Publié le 13/10/2014
Liban, Syrie
Liban : une journée dans la vie des réfugiés syriens
 

Depuis le début du conflit, le Liban a accueilli plus d’un million de réfugiés syriens. Dans la vallée de la Bekaa, près de 400 000 personnes attendent de pouvoir rentrer chez elles. Reportage auprès de ces familles exténuées par l’exil.

L’aube se lève sur la vallée de la Bekaa, au Liban, et Fatima Ibrahim, ses deux garçons et ses trois filles commencent à se lever. Ils vivent sous une tente, dans l’un des nombreux camps de fortune pour réfugiés syriens qui jonchent la campagne.

Le Liban abrite un million de réfugiés syriens, plus que n’importe quel autre pays, et la Bekaa en accueille 400 000, plus que n’importe quelle autre région du pays. Des tentes voisines, les enfants émergent pour nourrir les chèvres ou les poulets. Au milieu des cordes tendues et des bâches en plastique, les femmes étalent du pain sur le dos de grands plats ronds qu’elles font cuire à petit feu.

Fatima, 41 ans, pense aussi au petit déjeuner : « Mon plus grand souci est de savoir comment nourrir mes enfants. » Ce matin, n’ayant rien à manger, Fatima va chez un voisin et rapporte une petite assiette d’olives, avec du pain et du thé. « Nous sommes comme une grande famille, nous veillons les uns sur les autres, explique-t-elle. Les enfants demandent toujours plus à manger, comme tous les enfants, mais je n’ai rien d’autre à leur donner. »

« Le seul moyen pour survivre, ce sont les dettes »

La vie est chère pour les réfugiés syriens au Liban. Il n’y a pas de camps officiels pour les réfugiés, qui doivent donc payer un loyer pour le terrain où ils dressent leurs tentes, en plus de l’électricité, de l’eau et de la collecte d’ordures. Cela fait environ 1 300 dollars (USD) par an pour une tente à une seule pièce comme celle de Fatima.

Caritas Liban distribue aux nouveaux arrivants une trousse de démarrage : réchauds, literie, couvertures, vivres et, dans certains cas, de l’argent pour le loyer. Mais après trois ans de crise, les réfugiés ont du mal à s’en sortir. « Nous avons diversifié nos activités, déclare Najla Chahda, directrice du Centre pour les migrants de Caritas Liban. Nous nous focalisons moins sur les distributions et plus sur l’acquisition de compétences pratiques afin qu’ils puissent trouver du travail. »

Des femmes se dirigent vers les champs. La Bekaa est une région agricole qui offre du travail aux journaliers, comme cueillir et nettoyer les légumes. Les hommes sont trop occupés à creuser des canalisations pour améliorer les conditions d’hygiène du camp.

Cependant, les réfugiés étant très nombreux, la plupart d’entre eux n’ont pas de revenus. « Quand le fournisseur de légumes arrive, j’en prends à crédit. Le seul moyen pour survivre, ce sont les dettes », explique Fatima. À ses dépenses régulières, Fatima doit ajouter les frais des soins de santé pour son fils Mohammed, 12 ans. Il a perdu un bras à cause d’un obus tombé près de la maison de ses grands-parents à Idlib, en Syrie.

Première préoccupation : la sécurité des petites filles

Près de là, un centre médical mobile de Caritas ouvre chaque matin et propose des traitements de base aux réfugiés syriens. Parmi les patients, Khairiya, mère de quatre filles et d’un nouveau-né, attend : les petites sont malades. Infesté de mouches, au milieu de la poussière, leur camp est situé près d’une rivière engorgée de déchets. Le bébé souffre quant à lui de reflux. Il est né dans un hôpital à proximité, mais a, depuis, passé tous les jours de sa vie dans le camp.

Khairiya est heureuse d’avoir eu un garçon après quatre filles, entre autres parce que son plus grand souci, c’est la sécurité des filles. « Je les garde à l’intérieur de la tente toute la journée, témoigne-t-elle. On entend tant d’histoires de filles qui subissent des violences. » Si son mari a trouvé du travail comme journalier, ils pourront déjeuner, sinon ils n’auront rien. « En Syrie, il y avait les bombes et la faim. Au Liban, il y a juste la faim », déplore l’une de ses amies.

L’intégration d’enfants syriens dans les écoles libanaises

Ses filles ne vont pas à l’école, même si l’un des plus grands succès de Caritas est d’avoir obtenu l’intégration d’enfants de réfugiés syriens dans les écoles libanaises. Caritas fournit les transports, les cartables et les livres scolaires, et aide à inscrire les enfants dans les classes. « Scolariser 60 000 enfants, c’est un grand résultat », insiste Najla Chahda.

Les enfants de Nisrayeh bénéficient du programme de Caritas. Ils vivent dans un immeuble semi-fini avec 60 autres familles. « Envoyer les enfants à l’école était pour moi extrêmement important. Je préfère souffrir de la faim que de voir qu’ils perdent leur temps, explique-t-elle. Les écoles ont vraiment bien traité les enfants. Ils ont été très accueillants. »

Nisrayeh essaie d’assurer à ses enfants une vie aussi normale que possible. « Je travaille dur pour rendre la vie agréable, continue-t-elle. Mais ils voient bien la réalité. » Une des déceptions a été la panne de la télévision que les familles partageaient. Cela peut paraître surprenant que téléviseurs et antennes paraboliques soient si nombreux dans les camps, mais ils sont considérés comme un lien essentiel avec leur patrie.

Avoir des nouvelles du pays

« Toutes les deux ou trois heures, il y a une nouvelle de Syrie, nous informe Rasha, une autre réfugiée syrienne qui vit dans un centre commercial abandonné dans le nord du pays. Les gens sont obsédés par les nouvelles venant de Syrie. » Une réaction au traumatisme qu’ils subissent : les réfugiés fuient la réalité où ils vivent en se concentrant sur ce qui se passe chez eux. « On est miné par le bruit, les enfants, le manque d’intimité. C’est comme si on était enfermé dans un asile psychiatrique ou dans une prison », affirme-t-elle.

Rasha prépare le repas du soir. « Ce sera haricots verts avec du citron ou bien haricots verts sans citron. » Ensuite, ils vont au lit. Chaque soir, elle pleure avant de s’endormir en pensant à ses parents qu’elle a laissés en Syrie.

Le soleil se couche sur la Bekaa. Épuisée, Khairiya essaie de dormir elle aussi sous la tente qu’elle partage avec six autres personnes. Ce n’est pas le bébé qui pleure à cause d’une colique qui l’en empêche, mais l’inquiétude pour le lendemain. Ils sont réfugiés au Liban depuis trois ans. « Ici, la vie ne change pas, ni en bien ni en mal. Nous voulons juste rentrer chez nous. »

Article publié sur le site www.caritas.org

Patrick Nicholson
Crédits Photos : © Patrick Delapierre/Secours Catholique-Caritas France
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