Lutte contre la pauvreté : un plan très insuffisant

Publié le 17/02/2016
France
Lutte contre la pauvreté : un plan très insuffisant
Le plan de lutte contre la pauvreté, lancé en 2013, n’a pas permis de stopper la hausse de la pauvreté.
 

Tandis que la pauvreté monétaire augmente, à hauteur de 8,6 millions de personnes en 2014 (dernière année connue), soit 14,2 % de la population de la France, le plan de lutte contre la pauvreté, lancé en 2013, n’a pas permis de stopper la hausse de la pauvreté mais l’a sans doute fortement ralentie. Ce plan sert d’amortisseur social à la crise économique pour les plus fragiles.

Au total, comme les deux premières années, le plan est globalement respecté par le Gouvernement. Le collectif ALERTE salue ces avancées interministérielles. Mais demeurent des insuffisances et des retards.

Le Gouvernement doit lutter plus franchement contre le non recours. Certes cela a un coût mais il est inacceptable qu’on puisse créer une mesure aussi importante que la prime d’activité en se contentant d’atteindre un bénéficiaire sur deux. Il y a là une rupture de l’égalité devant la loi, entre des personnes bien informées et celles les plus en difficulté qui ne feront pas jouer leur droit par ignorance ou manque d’accompagnement.

ALERTE demande que la cible de la prime d’activité soit significativement relevée.

Lire le communiqué du Collectif ALERTE

 

Taux de non-recours au RSA activité fin 2015 : 68%, soit les deux tiers des personnes qui pourraient en bénéficier.

 

Bilan de trois ans de lutte contre la pauvreté

Le Collectif Alerte composé de 39 associations et fédérations nationales de lutte contre l'exclusion parmi lesquelles le Secours Catholique Caritas-France, la Croix Rouge française, la Fnars, l'UNIOPSS... tire ici le bilan de la mise en place du Plan national de lutte contre la pauvreté lancé au mois de janvier 2013 par le gouvernement : constats et propositions.
Télécharger le rapport
 

Casser le cercle vicieux qui mène au surendettement

Sur le terrain de la lutte contre surendettement et pour l’inclusion bancaire, le Plan pluriannuel a permis certaines avancées. Mais l’essentiel reste à faire.

« Nos bénévoles sur le terrain ont constaté que beaucoup de ménages ne réussissaient pas à boucler leurs fins de mois, et que les banques abusaient souvent de la situation, faisant payer des commissions au moindre découvert », explique Delphine Bonjour, chargée des relations institutionnelles au Secours Catholique-Caritas France.

Dans son rapport Statistiques 2015, le Secours Catholique révèle ainsi que les familles en difficulté rencontrées par ses équipes se sont vu facturer en moyenne entre 111 et 151 euros de frais bancaires par mois en 2014... Soit 20 fois plus que les 7 euros du budget de “référence” défini par l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes).

En bref, résume Delphine Bonjour, « plus tu es pauvre, plus tu as des difficultés financières, donc plus tu es à découvert, et du coup, plus tu payes des commissions bancaires, et finalement, plus tu es pauvre ».

Afin de rompre cette logique infernale, le Secours Catholique, dans le cadre du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, a milité pour le plafonnement des frais liés aux incidents bancaires.

Un décret d’octobre 2013 limite désormais à 8 euros par opération et à 80 euros par mois le montant possible des commissions bancaires sur un compte. Pour les “clientèles fragiles”, ce montant est réduit à 4 euros par opération et à 20 euros par mois.

« C’est une bonne avancée, constate Delphine Bonjour. Le problème est qu’on n’a toujours pas défini la notion de “clientèle fragile”. »

Maintenant, il faut passer à l’action


En parallèle, l’expérimentation d’un réseau de Points conseils budget (PCB) doit être mené en Alsace, Île-de-France, Midi-Pyrénées et dans le Nord-Pas-de-Calais. Mis en place localement, ces PCB seront des lieux où les ménages pourront s’informer, se former et ainsi prévenir le surendettement.

L’autre bataille du Secours Catholique concerne l’“inclusion bancaire”. « Nous luttons depuis des années contre l’exclusion des personnes en difficulté par les banques, souligne Delphine Bonjour, pour que ces personnes conservent un accès à un compte de dépôt, aux services bancaires de base et au crédit. »

Créé en 2014, un Observatoire de l’inclusion bancaire auquel siège le Secours Catholique examine désormais les pratiques des établissements de crédit et leur évolution.

« Toutes ces mesures prises depuis 2013 posent un cadre général, et c’est bien, commente Delphine Bonjour. Maintenant, il faut passer à l’action. »

Benjamin Sèze
Crédit Photo : © Xavier Schwebel/Secours Catholique
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