Malick : dépasser la précarité pour se mobiliser « contre la galère »

Publié le 05/11/2014
Seine-Saint-Denis
Malick : dépasser la précarité pour se mobiliser « contre la galère »
 

Bénévole au Secours Catholique, Malick Kamara, Sénégalais, a connu de longues années de galère en France avant d’être récemment régularisé. Depuis deux ans, il a décidé de donner une partie de son temps pour aider ceux qui, comme lui, affrontent une vie difficile.

En janvier dernier, Malick Kamara a connu une « grande joie ». Après douze ans en France, il a enfin obtenu le sésame, celui qui délivre des tourments de la clandestinité.

À 47 ans, ce Sénégalais a connu des années sombres, entre petits jobs au noir, centres d’hébergement et foyers. Arrivé en France avec un visa de courte durée, son espoir se résumait alors simplement : trouver ici une vie meilleure.

Malick est né en 1967 à Bakel, ville située à l’est du Sénégal. Élevé par des grands-parents cultivateurs, le petit garçon partage son temps entre l’école et les travaux domestiques. « J’en ai labouré, de la terre ! » se souvient-il. Ses parents, il les voit très peu : ils vivent à Dakar, où son père est infirmier. Celui-ci décédera avant que Malick ne revienne dans la capitale pour faire son service militaire.

À Dakar, le jeune homme fait sa place tant bien que mal. Quand il obtient un CDD de gardien au port, il saisit cette occasion pour demander un visa de courte durée pour la France – sans preuve d’un travail au Sénégal, il n’a aucune chance de l’obtenir.

« Je savais que ma situation serait toujours précaire au Sénégal. Avec ce visa, je n’avais que le prix du billet d’avion à débourser. » Bien moins cher que les 6 000 euros que réclament les passeurs aux candidats au départ, dont certains, engloutis par la mer dans leurs bateaux de fortune, ne posent jamais le pied sur la terre promise.

« Tu as ta place ici » 

Malick atterrit en région parisienne. Joie d’être en France… et début d’une longue série de déconvenues. Il enchaîne les petits boulots au noir dans la restauration, la plupart du temps comme commis ou plongeur. Il comprend vite que ses employeurs successifs n’ont aucune intention de demander sa régularisation, bien qu’ils puissent le faire au moyen de la procédure dite “d’introduction d’un travailleur étranger en France”.

Il y a deux ans, Malick pousse la porte du Secours Catholique : il ne veut pas être aidé, mais s’y engager comme bénévole. « J’avais beaucoup de temps libre que je voulais mettre à profit. L’assistante sociale du Refuge (un foyer à Pantin dans lequel il était alors hébergé, Ndlr) m’a mis en contact avec le Secours Catholique. J’y ai passé un entretien avec Claude (l’ancien délégué de Seine-Saint-Denis). Il m’a dit : "Tu as ta place ici." Si j’avais ma place, alors il fallait que je la garde ! »

« Dès le lendemain, Malick était à son poste », précise en souriant Marcela, l’animatrice solidarité du département. Avec son naturel désarmant, Malick se fait apprécier tant des salariés et des bénévoles que des personnes accueillies. « Nous n’avons pas présenté Malick comme une personne en situation de précarité, commente Marcela, il est directement arrivé par la case bénévolat. »

Accueilli parmi les chrétiens

Très vite, la confiance s’installe et le nouveau bénévole participe à un voyage d’été à Nantes en tant qu’accompagnateur : il s’occupe notamment des enfants pour permettre aux parents fatigués de prendre du temps pour eux, loin des préoccupations du quotidien.

Une autre fois, c’est en Normandie qu’il arrive pour le temps d’un week-end fraternel. « On avait besoin de quelqu’un de solide qui soit capable d’être le tuteur d’un gars de la rue », explique Marcela. Malick remplit sa mission avec enthousiasme.

C’est avec une émotion particulière qu’il se remémore sa semaine Diaconia à Lourdes. Lui, musulman non pratiquant, accueilli parmi des chrétiens, simplement, chaleureusement... Il n’en revient pas. « Je partageais ma chambre avec quelqu’un qui, tous les soirs, allumait une bougie pour que ma situation s’améliore », raconte-t-il, encore surpris.

« Malick fait partie de ces personnes qui enrichissent énormément la délégation, souligne Marcela. Il nous démontre que ce n’est pas parce qu’on est en galère qu’on ne peut pas se rendre utile : il y a une grande différence entre précarité matérielle et précarité psychologique. »

Samba

Solide, Malick tait ses difficultés, cache ses souffrances. Ceux qui le connaissent bien savent pourtant que sa blessure secrète s’appelle Samba. Un fils de 12 ans qu’il n’a jamais vu. Samba est né au Sénégal quelques mois seulement après le départ de Malick.

« J’ai longtemps espéré pouvoir le faire venir en France avec sa mère », confie-t-il. En fait, il entend ses premiers mots au téléphone, le voit grandir sur un écran d’ordinateur. Maintenant que son père a des papiers, le petit s’impatiente : « Quand est-ce que tu rentres ? »

Aujourd’hui, Malick a un rêve : travailler dur et mettre suffisamment d’argent de côté pour pouvoir ouvrir un restaurant au Sénégal, si possible dans la ville historique de Saint-Louis.

 

Marina Bellot
Crédits photos : ©Xavier Schwebel/Secours Catholique
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