Mauritanie : des centaines de migrants refoulés

Publié le 16/04/2012
Mauritanie
 

Sous couvert de lutter contre le terrorisme, l’État mauritanien a lancé une vaste opération contre les migrants installés à Nouadhibou. Alerté par ses partenaires nationaux, le Secours Catholique partage l’inquiétude que suscitent la violation des droits et le reflux des libertés publiques.

Tout a commencé le jeudi 5 avril à l’aube par un contrôle d’identité dans les quartiers centraux de Nouadhibou, capitale économique de la Mauritanie située dans l’extrême nord-ouest. La ville accueille beaucoup d’étrangers. Les quartiers avaient été quadrillés et bouclés. Mais très vite, la simple vérification d’identité s’est transformée en confiscation de justificatifs et en arrestations de tous les étrangers, très nombreux.

La police a fait irruption dans les habitations et a « raflé », selon l’expression reprise par les organisations locales de défense des droits de l’homme, hommes, femmes, enfants, jeunes et vieillards. Plusieurs centaines de personnes de diverses nationalités auraient ainsi été arrêtées et dirigées vers le centre de rétention et vers la nouvelle prison civile de Nouadhibou.

Les conditions de détention décrites par plusieurs témoins sont qualifiées d’inhumaines : ni eau, ni nourriture, ni assistance médicale, ni couverture pour la nuit, ni sanitaires, à raison de 40 à 50 personnes en moyenne pour une superficie de 20 mètres carrés.

Les Sénégalais et les Maliens ont été séparés et respectivement raccompagnés aux frontières de leurs pays d’origine.

La plupart de ces étrangers vivaient et travaillaient depuis de nombreuses années en Mauritanie. Beaucoup avaient des cartes de séjour ou un dossier en instance d’instruction pour l’obtenir. Ils se plaignent d’avoir été séparés de force de leurs foyers, d’avoir été obligés d’abandonner leurs domiciles « à la merci des larrons » sans avoir pu emporter leurs biens ou les mettre à l’abri.

Le Secours Catholique soutient depuis plusieurs années l’action de la Mission catholique de Nouadhibou auprès des migrants qui ne demandent qu’à s’intégrer dans l’activité économique de la ville pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Les organisations de défense des droits de l’homme s’inquiètent, et le Secours Catholique avec elles, du prétexte donné pour arrêter et expulser des hommes et des femmes pour la seule raison qu’ils sont étrangers.

L’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH) et Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (Raddho) invitent la Mauritanie à respecter les conventions internationales sur la protection des femmes et des travailleurs migrants que le pays a signées.

La date de cette opération correspond également à celle où le chef d’état-major des armées a envoyé des renforts sur les frontières orientale et méridionale du pays. Tout l’est de la Mauritanie jouxte le nord du Mali, pris en otage par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) au début du mois d’avril. Ces renforts aux frontières ont été déployés « pour parer à d’éventuelles infiltrations des bandes armées en provenance du Mali », selon un communiqué de presse de l’armée mauritanienne.

Le site d’information arabe Magharebia indique que cet envoi de troupes intervient « au lendemain de la participation du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz à la réunion des présidents de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) pour discuter d’une intervention militaire au Mali ».

Faut-il voir une relation entre ces deux faits ? Et en quoi les étrangers vivant et travaillant paisiblement à Nouadhibou menacent-ils la paix et la sécurité mauritaniennes ? Pourquoi renvoyer vers leur pays en crise des Maliens établis en Mauritanie alors même que d’autres Maliens fuient le nord du Mali et s’installent de l’autre côté de la frontière, côté mauritanien ?

Les réactions que suscitent dans la région la prise de pouvoir d’AQMI au nord du Mali ne sont pas toutes très lisibles. La suite des événements permettra de dire si la perspective d’une guerre justifie de briser le quotidien de centaines de personnes.

 

Jacques Duffaut
© Aliou Mbaye/Panapress/Maxppp
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