Mauritanie : les plus pauvres, acteurs de leur avenir

Publié le 09/04/2013
Mauritanie
 

En Mauritanie, Caritas est l’une des ONG les plus engagées au service de la population. Son action visant à rendre les plus défavorisés acteurs de leur avenir, soutenue notamment par le Secours Catholique, est reconnue par tous.

« Nous sommes là pour promouvoir le développement des personnes, et non pour faire du prosélytisme », indique d’emblée Benoît Boulangé, le directeur de Caritas Mauritanie. Née en 1972 à la suite des sécheresses mortelles qui ont frappé le pays, Caritas est devenue au fil des ans l’une des ONG les plus importantes du pays, et un partenaire reconnu par les organisations gouvernementales et internationales.

Sa philosophie : donner à chacun les moyens de devenir acteur de son avenir. « Nous travaillons de manière participative : tout part de la base, les projets ne naissent pas dans un bureau, ils répondent à un besoin que les gens expriment », explique Sœur Yvonne, une religieuse présente en Mauritanie depuis quinze ans, qui œuvre avec Caritas.

« Les populations locales savent que Caritas est une organisation chrétienne. Si elle est bien accueillie, c’est parce que ce sont des salariés mauritaniens qui mettent en place les programmes, c’est la preuve que notre but n’est pas d’évangéliser », explique Benoît Boulangé, seul chrétien des 120 membres que compte l’association. Sur le terrain, les besoins sont immenses : la pauvreté touche près de la moitié de la population selon le Programme des Nations unies pour le développement.

Femmes chefs de famille

À Nouakchott, la capitale où vit un Mauritanien sur trois, Caritas a mis en place différents programmes de développement, principalement à destination des femmes des milieux les plus défavorisés. Éloignées de l’éducation et du marché du travail, les Mauritaniennes doivent en effet de plus en plus souvent assumer seules leur famille : entre 2004 et 2008, le pourcentage des femmes chefs de ménage est passé de 19 % à 31 %. Délaissées par leurs maris, les femmes se lancent pour survivre dans de petits métiers du secteur informel, de la couture au commerce de denrées diverses. Caritas les aide à se regrouper en coopératives structurées et leur fournit un prêt sans intérêt pour développer leur activité.

Au-delà de l’aide financière, c’est d’un accompagnement précieux dont les femmes bénéficient. « Nous participons à de nombreuses réunions, comme des séances d’alphabétisation ou des sensibilisations sur des thèmes comme l’excision. Moi-même, j’ai été formée à la gestion et à la comptabilité », raconte Fatimatou, à la tête d’une coopérative de vente de couscous d’un kebbé (bidonville) de la capitale. « Le taux de remboursement est très bon », indique Yacouba, le chef du projet urbain. Et quand une coopérative fonctionne, c’est tout le quartier qui en bénéficie : « Les habitants peuvent solliciter des prêts, pour couvrir des dépenses de santé ou d’éducation », explique-t-il.

En milieu rural, les femmes assument aussi de plus en plus le rôle de chef de famille : les hommes sont en effet nombreux à quitter les villages dans l’espoir de trouver du travail dans la capitale. Dans la région du Brakna, au bord du fleuve Sénégal, des coopératives agricoles d’une quarantaine de villages ont été soutenues par Caritas depuis 2008. Dans ce pays désertique où moins de 1 % des terres sont cultivables, ces jardins font figure de petits bouts de paradis verts, mais leur développement n’a rien d’un miracle. Avant de pouvoir faire pousser les fruits et légumes qui nourrissent les villages alentour, il faut forer des puits, aménager les terrains destinés à accueillir les plantations, fournir des semences ainsi que du matériel horticole, et former les futures cultivatrices aux techniques de maraîchage.

Engagée auprès de tous

Si les femmes sont particulièrement soutenues, « Caritas est engagée auprès de tous les types de populations », précise Benoît Boulangé. Et dans tous les domaines. Dans un pays où l’espérance de vie se situe autour de 54 ans, la santé fait partie des priorités de l’ONG.

À Dar Naïm, le quartier périphérique le plus pauvre de Nouakchott, un coup d’œil suffit à mesurer combien les conditions d’hygiène sont précaires. Sur cette vaste étendue sableuse jonchée d’immondices, les 65 000 habitants, qui vivent dans des abris de fortune, n’ont pas accès à l’eau potable et sont nombreux à souffrir d’infections respiratoires, de pathologies cutanées ou de diarrhées. C’est vers le centre de santé mis sur pied par Caritas en 1976, à la demande de l’État, que se tournent les malades. Les soins y sont peu coûteux et le centre propose une mutuelle à bas prix – une aubaine, alors qu’il n’existe en Mauritanie aucun système de protection sociale. Quant aux plus défavorisés, ils sont pris en charge gratuitement par un fonds d’équité.

Les détenus trouvent eux aussi du soutien auprès de Caritas. À la prison civile de Dar Naïm, l’ONG forme les prisonniers à la calligraphie, l’électricité et la maintenance informatique. « Ces actions favorisent la réinsertion des détenus en leur permettant d’apprendre un métier et d’être autonomes », commente le régisseur de la prison, qui collabore étroitement avec les équipes de Caritas.

« Tous les jours, chrétiens et musulmans travaillent ensemble au service des plus démunis, se réjouit Sœur Yvonne. On peut être fraternels tout en étant différents. »

 

Marina Bellot
© Xavier Schwebel/Secours Catholique
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