Mayotte : appel au dialogue avec les autorités musulmanes

Publié le 21/06/2016
Mayotte
Mayotte : appel au dialogue avec les autorités musulmanes
 

La température monte à Mayotte, département français d’outre-mer à mi-chemin entre Madagascar et le continent africain. Depuis mai dernier, des collectifs de citoyens mahorais expulsent de leurs logements des « voisins » venus d’autres îles de l’archipel des Comores, à 80 km de là. Mgr Charles Mahuza Yava,  évêque des Comores et de Mayotte, en appelle au dialogue, notamment avec les autorités musulmanes, pour sortir de la crise.

Entretien avec Monseigneur Charles Mahuza Yava,  évêque des Comores et de Mayotte

Des Comoriens, accusés par les Mahorais de tous les maux (vols, meurtres…), réfugiés sur la place centrale de Mamoudzou, la capitale de Mayotte, vivent dans l’insalubrité. Quelle est votre analyse ?

 

Reprenons leur douloureuse histoire. Chaque jour, des familles, faute de pouvoir accéder à une vie décente, à l’emploi, en l’absence d’entreprises – seule l’administration embauche – fuient en pirogue les îles des Comores voisines de Mayotte.

Elles viennent également dans ce département français dans l’espoir que leurs enfants obtiennent, à terme, la nationalité du pays d’accueil. Des dizaines de personnes meurent chaque année en tentant de vivre leur rêve. La crise actuelle est née dans des villages où des Comoriens se sont installés.

Des Mahorais ont commencé à les chasser des terrains qu’ils ont acquis. Certains de ces « étrangers », dont 80 % ont des papiers en règle, se réfugient sur la place centrale de Mamoudzou où ils survivent dans des conditions d’hygiène déplorables.

 

Comment expliquez-vous cet acharnement sur des « voisins » ?

 

Les Mahorais sont sur la défensive. Ils ne supportent pas, disent-ils, le poids de tous les Comoriens (environ un quart de la population de Mayotte). Pourtant, c’est le même peuple ! 

Pour eux, les enfants comoriens prennent la place de leurs enfants. « Où, demain, iront étudier nos enfants ? De même, où irons-nous nous faire soigner dans la mesure où beaucoup de Comoriens viennent se faire soigner dans nos hôpitaux et des Comoriennes y accoucher ? C’est à leur État de construire des écoles et des hôpitaux, pas au nôtre ! »

 

La violence va-t-elle encore s’accroître à l’égard des « étrangers » ?

 

Non, je ne le crois pas car les Comoriens n’ont pas les moyens de se défendre contre leurs agresseurs. En revanche, je crains la contagion de la violence.

Des Comoriens, rendus furieux par le meurtre de plusieurs de leurs compatriotes à Madagascar au début de l’année, ripostent actuellement en attaquant des Malgaches à Moroni, la capitale des Comores.

Le problème de la violence prend un relief particulier avec la dégradation inquiétante de la situation sécuritaire. Des jeunes de 10 à 16 ans ayant quitté l’école, sans emploi, toxicomanes, incontrôlables, aussi bien Mahorais que Comoriens, volent, tuent à l’arme blanche…

Ce ne sont pas des cas isolés, c’est un phénomène dont on parle chaque jour à Mayotte. Dans les collèges et lycées des bagarres éclatent entre Mahorais…

 

Que peut faire l’Église catholique face à ce blocage social et à cette violence ?

 

Sa marge de manœuvre est limitée ! Les Mahorais (ils sont en majorité musulmans) accusent l’Église d’aider les Comoriens. « Ils doivent rentrer chez eux », martèlent-ils !

Le projet soutenu par le Secours Catholique-Caritas France d’ouvrir un centre d’hébergement à Mamoudzou ne peut ainsi voir le jour. À Mayotte comme à Moroni l’Église n’arrive pas à organiser un dialogue officiel avec les autorités musulmanes.

J’ai pu seulement, de manière informelle, rencontrer un imam très ouvert mais désarmé face à l’ampleur des problèmes. Le blocage est social mais aussi religieux. Quels sont les freins ? Je m’interroge.   

  

Quelles sont les solutions possibles à court et à long terme ?

 

À court terme, il faut arrêter l’immigration et travailler en amont, en particulier à Anjouan, une des îles des Comores. Le Secours Catholique y prépare un projet de formation professionnelle.

D’ici à la fin de juin, j’aimerais rencontrer le nouveau préfet, qui privilégie le dialogue avec les Mahorais et les Comoriens, pour entendre son analyse de la situation et l’interpeller sur les initiatives qu’il pourrait prendre.

À long terme, le gouvernement français doit favoriser le développement des Comores – sécurité alimentaire, emploi, éducation… – en même temps que celui de Mayotte. Il faut tout faire pour créer des emplois !

 

Yves Casalis
Crédits photos : © Élodie Perriot/Secours Catholique
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