Migrants : « On a voulu les intégrer dans notre petite communauté »

Migrants : « On a voulu les intégrer dans notre petite communauté »

Publié le 04/11/2016
Gourdon
 

De début mars à mi-mai, Gourdon, 4 800 habitants dans le Lot, a reçu une vingtaine de migrants de Paris et Calais. La mairie, les associations et des citoyens réunis en collectif ont décidé de collaborer pour les accueillir. Une expérience riche et pleine de surprises, que la commune souhaite renouveler.

Ahmad se souvient de son arrivée à Gourdon, le 1er mars 2016. Lorsque le car dans lequel il avait grimpé la veille à Calais a coupé le moteur devant l’ancienne gendarmerie de la sous-préfecture du Lot.

Il est quatre heures et il fait encore nuit noire. Volontaire pour quitter la « jungle », le jeune Afghan de 23 ans n’a pas très bien compris en montant dans le bus - avec une trentaine d’autres migrants - où il allait atterrir.

Dans la lueur des phares, il aperçoit la quinzaine de personnes venue les accueillir : des fonctionnaires de la préfecture, des élus, des membres d'associations. Le maire, le sous-préfet et le commandant de gendarmerie sont présents. Quelques minutes plus tard, ils sont six jeunes hommes et une famille de huit à descendre du car, tous originaires d’Afghanistan.

Dans la soute, les bagages ont disparu, « envolés » lors d’un premier arrêt effectué à Bordeaux. Il fait froid. Les locaux de l’ancienne gendarmerie dans lesquels on les fait entrer sont vides, à part une banquette, une table et quatre chaises. Prévenue la veille de leur venue, la municipalité a été prise de court.

De cette arrivée un peu confuse, Ahmad se rappelle surtout que lui et les autres étaient « extrêmement fatigués ».  
 

Il faut être solidaires avec les Calaisiens.

Marie-Odile Delcamp, maire de Gourdon.

Petite ville de 4 800 habitants, Gourdon vient alors d’ouvrir le premier Centre d’accueil et d’orientation (CAO) du département, ces lieux où les migrants sont accueillis avant de faire ou non une demande d’asile.

« Sollicités en février par la préfecture, nous avions donné un accord de principe », explique Marie-Odile Delcamp, maire divers gauche de la commune, qui précise : « Malgré les diverses sensibilités au sein du conseil municipal, il n’y a pas eu d’objection. »

Auprès de ses administrés, l’élue communique « sur le fait qu’il faut être solidaires avec les migrants mais aussi avec les Calaisiens ».

L'association CEIIS est choisie pour gérer le centre, et le Secours Catholique comme les autres acteurs associatifs locaux – Restos du Cœur, Croix-Rouge, Secours populaire, Emmaüs – sont invités à se mobiliser.

 

La rencontre

La présence des nouveaux arrivants ne passe pas longtemps inaperçue. « Le lendemain matin, en cinq minutes, cela avait fait le tour de la ville », se souvient Patrick Feuillu, de l’équipe locale du Secours Catholique.

Nicole Guibert et Grace Dalle, également bénévole de l’association, sont parmi les premières à se rendre sur place. Nicole a apporté avec elle quelques ustensiles de cuisine.

« On a commencé à voir débarquer des gens, relate Ahmad. On n’a pas tout de suite compris qui ils étaient et ce qu’ils voulaient. »

Fine barbichette et lunettes posées sur le nez, Zabihllah, 26 ans, confirme : « Au début, on croyait que c’était des voisins qui venaient nous observer, un peu  comme des « bêtes curieuses »… C’était un peu dur. » En repensant à la méprise, le jeune homme se marre.
 

Je pensais trouver des gars perdus.

Patrick Feuillu, bénévole du Secours Catholique.

La mairie a posté sur son site un message appelant à la solidarité. Tout au long de la journée, et les jours suivants, associations et particuliers se succèdent, apportant de la vaisselle, des couvertures, des vêtements, de l’électroménager, du mobilier…

Lorsque Patrick Feuillu se rend pour la première fois à l’ancienne gendarmerie avec d'autres volontaires, c’est pour y déposer des matelas. « Je ne savais pas trop où je mettais les pieds », confie cet ancien déménageur de 65 ans.

« J’ai tapé à une porte. Un jeune m’a ouvert, il m’a fait la bise et m’a dit : « Entre ». Un deuxième m’a amené une chaise. Et un troisième m’a servi du thé. »

Le bénévole du Secours Catholique mime l’incrédulité, il ne s’attendait pas à ça. « Je pensais trouver des gars complètement perdus après des mois passés là-haut dans la merde, et je me retrouve avec des types polis et souriants qui essayent de discuter, malgré la barrière de la langue, comme si on se connaissait depuis 10 ans. »

 

Rapidement, un réseau de solidarité se tisse autour des six jeunes et de la famille. Au cœur de ce réseau, un collectif citoyen qui s’est formé pour l’occasion.

« Pour beaucoup, nous nous connaissions à travers différentes petites assos comme l’Amap, la Monnaie locale, le Comité d’animation culturelle, décrypte Martine Sezer, 47 ans, restauratrice d’objets d’art et membre du collectif. Ensuite comme Gourdon est une petite ville, cela a été facile de fédérer. Une soixantaine de personnes ont demandé à être inscrites dans la mailing-list. »

Également membre du collectif, Brigitte Boubat, pharmacienne, résume : « Nous nous sommes dit que l’accueil ne devait pas être uniquement administratif et matériel, mais qu’il devait  aussi être humain. »

 

J'avais un peu peur de me retrouver seul ici à cogiter.

Ahmad, jeune Afghan.

C’est cette attention qui a convaincu Ahmad de ne pas suivre trois de ses compatriotes repartis peu de jours après leur arrivée pour tenter de passer en Angleterre. « C’est vrai que j’ai hésité », avoue le jeune Afghan.

Il est alors traversé par des sentiments contradictoires, à la fois soulagé d’avoir quitté le bidonville calaisien – « là-bas on a constamment peur de se faire attraper par la police et renvoyer, ou alors de se battre et de se faire tuer » -, et en même temps inquiet de se retrouver « seul ici à cogiter, sans rien avoir à faire ».

Vie sociale

Pour Martine Anéro, membre du collectif, « c’est le risque des petites structures. Quelque part, ils perdent leur vie sociale. À Calais, il se passait toujours quelque chose. Ils cherchaient des plans, faisaient la queue pour tout… Ça occupait leur temps. Et ils se retrouvent là avec un grand vide, face à leur stress, à gamberger sur ce qu’il s’est passé et où ils en sont. »

De fait, l’ancienne gendarmerie désemplit rarement. Il y a tout le temps du passage. À tel point que la jeune femme qui gère le CAO en a « un peu marre, se souvient Nicole Guibert. Mais, eux étaient ravis. » 

Des cours de français sont organisés, d’autres improvisés. « Je montais parfois voir la famille Sedeqey avec les pages « Déco » du catalogue la Redoute, raconte Grace, du Secours Catholique. À partir des photos, on mémorisait le nom des meubles et des objets. Leurs deux fils de 11 et 14 ans adoraient ça. »

 

L'intégration

La nuit du 30 mars, à trois heures du matin, vingt et une nouvelles personnes sont déposées à Gourdon. « Elles, pour le coup, n’étaient pas volontaires », explique Martine Anéro.

On les a fait monter dans le bus à la station de métro Stalingrad, à Paris, « sans leur dire où on les emmenait ». Résultat : « Le temps de prendre une douche et de manger un morceau, le lendemain matin, les trois-quarts étaient repartis. » Cinq choisissent de rester : un jeune Afghan et quatre jeunes Soudanais.

Les « nouveaux Gourdonnais » sont régulièrement sollicités. « Certains d’entre nous les ont invités dans leurs familles », rapporte Nicole. D’autres leur font visiter la région. Ils sont emmenés au bal, au musée, au cinéma, ramasser les oeufs de pâques, jouer au loto et à la pétanque, voir des matchs de rugby...

« Il y avait la volonté de les intégrer dans notre petite communauté », explique François Stuck, 56 ans, réalisateur des Actualités locales eu cinéma et membre du collectif.

 
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Brigitte, Martine et Nicole, du collectif citoyen.
 

Zabihllah se souviendra longtemps de son premier match de rugby. « C’était comme un combat de catch géant, plaisante le jeune homme. En fait, je m’attendais à voir du foot. J’ai d’abord crû qu’il y avait une bagarre générale avant de comprendre que c’était le jeu. »

Étrangement, le ballon ovale n’a pas beaucoup de succès auprès des garçons lorsqu’on leur propose de faire du sport. Ils préfèrent s’inscrire au foot et au volley. Ahmad, et surtout Hanif,19 ans, font forte impression au sein du Volley Club Bourian (VCB).

« Quand ils sont arrivés, ils nous ont dit : « On n’est pas très bons », se rappelle Juliette Charbonnier, présidente du club et joueuse. À la fin du premier entraînement, nous nous sommes dit : « Et ben, qu’est-ce que ça doit être quand ils sont bons ! » »

Danny Teboeck, l’entraîneur, abonde : « Pour les matchs amicaux, c’était un bon renfort. »

 

Comme Patrick Feuillu, Danny avait cette image de « jeunes un peu paumés ». En fait, rectifie-t-il : « Ce sont des gens très bien éduqués. »

Sympathisante du collectif, Denise, 65 ans, confesse avoir ressenti une certaine appréhension au moment où, accompagnant sa fille, elle allait les rencontrer pour la première fois. « À force de n’entendre parler dans les médias que de la « jungle », des caillassages, des tentes qui brûlent... »

Elle raconte sa surprise de se retrouver face à « des garçons d’une grande simplicité et d’une grande gentillesse. Je me suis rendu compte qu’ils avaient autant peur que nous, si ce n’est plus. »
 

On sentait le plaisir qu’ils prenaient à nous recevoir.

Grace, bénévole au Secours Catholique.

Si Grace devait choisir un moment qui l’a marquée, ce serait ce repas où la famille Sedeqey l’a invitée avec d’autres bénévoles. « Ils avaient recouvert le sol de couvertures pour qu’on puisse s’asseoir. Babouba cuisinait, avec son mari, Mohammad qui lui servait d’assistant. C’était drôle. Ils nous ont fait des crêpes aux épinards. Un délice. On sentait le plaisir qu’ils prenaient à nous recevoir. »

« Ils sont parfaitement conscients de ce qu’on fait pour eux, a remarqué Martine Sezer. Et ils sont très gênés de ne pouvoir nous le rendre, donc ils font comme ils peuvent : ils nous invitent à manger, à boire le thé, ils nous font découvrir des spécialités de leur pays... »

 

La perte du statut d'adulte

Par delà le souci d’intégration, une autre préoccupation a été au cœur de la démarche du collectif.

« Ce que la personne réfugiée perd très vite, explique François Stuck, c’est son statut d’adulte responsable, capable de faire des choix. Elle n’a plus aucune autonomie, contrainte de manger ce qu’on lui donne, de demander : "Est-ce que tu peux aller m’acheter des cigarettes ?" Du coup, notre idée était aussi de leur redonner une part d’autonomie, de liberté, importante pour se reconstruire. »

Une collecte est organisée sur le marché du samedi matin pour constituer une petite « cantine ».

« Avec cela ils pouvaient acheter la nourriture qui leur convenait pour cuisiner, précise François. Acheter eux-mêmes leurs cigarettes, aller prendre un café ou un thé en ville pour se connecter au Wifi... Vivre quoi. »
 

Quand on écoute les infos, on a l’impression que tout le monde est raciste

Pascale Demolin, du collectif citoyen.

Et puis, par ce biais, ajoute le réalisateur : « Ça leur a permis d’entrer en contact avec les gens d’ici. » Mais une telle interaction, cela se prépare, sourit François.

« J’ai travaillé avec Ahmad, Zabi et Hanif sur des mises en situation du quotidien, raconte Pascale Demolin. Un jour nous sommes allés demandés un batteur électrique à une voisine. Nous avions répété pendant un quart d’heure auparavant en imaginant toutes les questions qu’elle pourrait poser. Pareil, lorsqu’ils sont allés acheter eux-mêmes des billets de train pour Toulouse. »

Ce qui a le plus surpris Pascale, c’est la bienveillance des gens. « À chaque fois, nous sommes tombés sur des personnes adorables qui ont joué le jeu. Même à la gare, j’avais peur que dans la file ça commence à gueuler. Pas du tout. »

Elle marque une pause. « Quand on écoute les infos, on a l’impression que tout le monde est raciste, alors... » Pensive, elle laisse sa phrase en suspend, avant d'affirmer : « Il y a plein de gens qui seraient prêts à aider mais qui n'osent pas de peur d'être stigmatisés. »

En parler ou pas ?

S'il parle volontiers de son expérience avec les migrants, Patrick Feuillu avoue ne jamais poser lui-même le sujet sur la table. « J'ai pas trop le caractère à me faire envoyer balader », justifie-t-il avec un sourire entendu, tout en touillant son café.

Alors il attend d'abord que la personne en parle, « et si je sens qu'elle est ouverte à la discussion, j'explique ce qu'on fait. Parfois les gens sont contre l'accueil, mais ce que je raconte va les faire réfléchir, ils ne sont pas plus bêtes que les autres. Mais d'autres fois, tu n'insistes pas ».

Assise à côté de lui, dans la salle à manger de l'accueil du Secours Catholique, Francine Decup-Dupessey, la responsable de l'équipe confirme : « Ce n'est pas toujours évident d'en parler avec des amis ou en famille. Souvent, ça se ferme immédiatement. » 

Se mêlant à la conversation, Nicole Guibert réagit vivement : « C'est vrai que parfois les réactions sont hostiles, mais tant pis ! Moi je ne peux m'empêcher d'en parler. Il ne faut pas que ça tombe dans l'oubli cette histoire. »

 
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Patrick, Grace et Francine à l'accueil du Secours Catholique.
 

« Pourquoi on n’en a plus aujourd’hui ? »

À Gourdon, la décision de la municipalité d’accueillir des migrants n’a pas suscité de mouvement d’opposition. « Il y a eu des rumeurs ou des blagues sur le fait qu’ils étaient logés dans l’ancienne gendarmerie, du type : "Après les gendarmes, on a les voleurs." », rapporte Patrick Feuillu. Mais ce n’est pas allé plus loin.

Le représentant du FN a bien essayé de faire monter la mayonnaise, en tractant sur le marché et en démarchant les voisins du CAO avec une pétition à signer. Mais l’initiative a fait un flop. « En même temps, 15 personnes dans une ville de 5 000 habitants, que voulez-vous que ça change ? », interroge le patron du bar La Promenade.

« La question qui revient le plus souvent, c’est pourquoi on n’en a plus aujourd’hui ? », constate Anne-Marie Lemaire, présidente du Conseil de développement du Pays Bourian qui anime un blog sur la vie locale.

Les résidents du CAO ont progressivement été relogés à Auch, Cahors et Figeac, pour la plupart en Centre d’accueil pour demandeurs d’asiles (Cada). Les derniers à être partis sont les quatre jeunes Soudanais. C’était mi-mai.

 

« C’est quand même idiot »

Depuis, l’ancienne gendarmerie est restée désespérément vide. Un différent survenu en avril entre la mairie et la préfecture du Lot au sujet de l’arrivée imminente de nouvelles personnes pourrait expliquer que Gourdon soit aujourd’hui « privée » de migrants. 

« Pour pouvoir accueillir décemment et ne pas épuiser nos bénévoles, nous avions juste demandé un peu plus de temps pour nous retourner », commente Marie-Odile Delcamp.

Que ce soit sur le fond ou la forme – une tribune de presse -, la demande est visiblement mal passée. C’est désormais au CAO de Figeac que sont acheminés les migrants arrivant de Calais ou Paris.

« Cela va se tasser, espère Nicole. C’est quand même idiot : on a des appartements réhabilités, des gens motivés et expérimentés... Et personne à accueillir. »

En attendant, le collectif continue d’épauler les désormais ex nouveaux Gourdonnais. « On passe les voir toutes les semaines pour discuter en Français, pour les aider dans leurs démarches administratives. Lorsque l’un d’eux doit aller à Paris pour sa demande d’asile, on l’accompagne. Quand il y a un événement à Gourdon, on va les chercher... »

 

Nous ne savions pas qu’il y avait déjà des migrants à Gourdon.

Martine Sezer, du collectif citoyen.

Depuis cet été, il soutient également Shkelzen, Esmeralda et leurs deux enfants,  Emilia et Lionel, une famille albanaise échouée à Gourdon il y a un an et demi. « C’est Francine Decup-Dupessey, du Secours Catholique, qui nous a sollicité, explique Martine Sezer. Nous ne savions même pas qu’il y avait déjà des migrants à Gourdon. »

Pour la responsable de l’équipe locale du Secours Catholique, on pointe ici le « vrai » problème, une sorte d’angle mort de la question migratoire :

« Le cas de toutes ces personnes ou familles venues pour fuir une situation de danger pour leur vie ou de pauvreté, déboutées de leur demande d’asile ou de régularisation, qui n’ont pas d’aide financière, pas le droit de travailler, qu’on veut renvoyer chez elles mais qui ne repartiront pas et souvent pour de bonnes raisons. »

 
Migrants : « On a voulu les intégrer dans notre petite communauté »
Zabihllah, Zia et Ahmad à Cahors.
 

Avant Shkelzen et Esmeralda, il y a eu Garik et Chouchana, un couple d’Arméniens débarqués ici un soir de mars 2011, avec leurs deux enfants.

« Ils venaient de sortir du centre de rétention de Cornebarrieu, près de Toulouse, et rejoignaient Limoges en train, se souvient Francine Decup-Dupessey. Mais comme ils n’avaient pas de billets, le contrôleur les a fait descendre sur le quai de la gare de Gourdon. Il était 23h30. »

Par chance, « le chef de gare connaissait le responsable du 115 qui est venu leur ouvrir la porte pour ne pas qu’ils dorment dehors ». Ils ne sont jamais repartis. « On a travaillé avec le CCAS de la mairie pour leur trouver un logement. Puis, on a les a aidé à obtenir des cartes de séjour. Cela a mis deux ans », raconte Francine.

Aujourd’hui, Garik travaille pour la mairie. Il gère le cimetière municipal. « Et tout le monde en est très content, précise la responsable du Secours Catholique. Leur situation reste fragile, mais ils sont plus ou moins intégrés et ont entamé une procédure de naturalisation. »

Shkelzen et Esmeralda rêvent d’un destin similaire. « Nous sommes heureux ici », assure le couple. « En Albanie, Esmeralda était couturière, moi j’étais barman, mais je peux aussi faire du jardinage, de la peinture, de la manutention, énumère Shkelzen. Qu’on nous donne juste le droit de rester, ensuite on se débrouille. »

 
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Shkelzen, Esmeralda et leurs deux enfants, Emilia et Lionel.
 

En attendant, ils apprécient d’être entourés. « Sans cela, on ne tiendrait pas psychologiquement », pensent-ils. Ce qui leur fait le plus de bien, « ce sont les pique-niques et les promenades organisées. Il fait beau, on marche au soleil, les enfants jouent... Ce sont des moments légers. »

Cette légèreté, c’est aussi ce qu’apprécie particulièrement Ahmad. Parmi ses meilleurs souvenirs, un anniversaire. « Nous étions au milieu de Français et tout le monde s’amusait, rigolait. Il n’y avait plus de différences. »

En cette fin d’après-midi du mois d’octobre, à Cahors, accoudé à la table de la cuisine de l’appartement qu’il partage avec Zabihllah et Hanif, le jeune Afghan se voit bien s’installer dans le Lot.

« Quand je suis parti, je n’avais pas d’idée en tête, confie-t-il. Que ce soit Londres, Cahors ou n’importe où, ce n’est pas important, tant que je peux vivre en sécurité. Ici je commence à avoir mes repères, à connaître des gens. Je pourrais mener une vie normale. »

Benjamin Sèze
Crédits photos : ©Sébastien Le Clézio / Secours Catholique
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