Moyen-Orient : les Caritas veulent favoriser une paix juste

Publié le 29/09/2014
Moyen-Orient
 

Réunis à Rome du 15 au 17 septembre, les représentants des Caritas du Moyen-Orient et de Caritas occidentales ont réfléchi aux moyens à mettre en œuvre pour favoriser l’établissement d’une paix juste à Gaza, en Irak et en Syrie. Charlène de Vargas, chargée de projets au pôle Urgences internationales, y était présente pour le Secours Catholique-Caritas France.

Qu’est-ce qui vous a frappé dans l’attitude des responsables des Caritas Palestine, Syrie et Irak ?

Ils gardent leur dignité et leur objectivité. C’est d’autant plus remarquable qu’ils sont à la fois les pourvoyeurs de l’aide aux populations les plus vulnérables et personnellement affectés par les évènements. Ils parviennent à parler d’humanité et de justice, alors que leur propre communauté est directement attaquée par des groupes violents et extrémistes. En même temps, ils n’hésitent pas à interpeller la communauté internationale sur sa responsabilité dans l’aggravation de la situation actuelle.

L’État islamique (EI) « atteint des degrés de maîtrise territoriale transfrontières, d’organisation, de capacités financières encore jamais vus », souligne Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense. La tragédie va-t-elle franchir un nouveau palier ?

Avec l’assassinat en Algérie, le 24 septembre, du Français Hervé Gourdel, l’inquiétude augmente à tous les niveaux. Les participants à la rencontre ont souligné leur peur de l’État islamique et des impacts dramatiques que pourraient avoir la montée en puissance de ce groupe ultra-violent.

Aujourd’hui, la frontière entre la Syrie et l’Irak a quasiment disparu, des réfugiés syriens installés en Irak ont dû retourner dans leur pays car l’EI contrôle de larges régions dans les deux États. Dans beaucoup de zones, l’accès humanitaire n’est plus garanti à cause des conditions sécuritaires dramatiques ; de nombreuses personnes se retrouvent sans assistance.

Ainsi, à l’ouest de l’Irak, dans la vaste région d’Anbar (138 000 km²- le tiers du territoire) sous contrôle partiel de l’EI, impossible pour des organisations comme Caritas de secourir les dizaines de milliers de personnes déplacées (estimation des Nations unies : 370 400) !

Le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, président de Caritas Internationalis, a affirmé durant ces journées : « Seulement la moitié des 7 700 millions de dollars demandés par la communauté internationale pour l’aide en faveur de la Syrie a pu être réunie. » Globalement, à Gaza, en Syrie, en Irak, au Liban, en Jordanie, en Turquie, les besoins augmentent alors que les ressources semblent diminuer...

C’est un sérieux motif d’inquiétude au fur et à mesure que la crise s’étend et s’intensifie ! Les responsables du Programme alimentaire mondial (PAM) - organisation onusienne - ont récemment annoncé qu’ils allaient devoir baisser leur aide en Syrie. Et le plan d’urgence des Nations unies pour la Syrie n’était financé qu’à 51 % au 23 septembre.

Comment sortir de cette terrible impasse ?

Dans un premier temps, le réseau Caritas doit continuer à soutenir financièrement et techniquement les Caritas de la région afin de continuer à aider les habitants qui ont tout perdu et ont subi un vrai choc psychologique. Rappelons que celles-ci sont elles-mêmes victimes de la situation : l’avancée de l’État islamique a contraint, au nord de l’Irak, trois des quatre bureaux de l’organisation catholique à fermer, de nombreux membres du personnel ont dû fuir.

Dans un second temps, le réseau Caritas doit s’impliquer sur le long terme. À Gaza, « nous sommes concentrés sur les projets d’urgence mais c’est une goutte d’eau dans l’océan des besoins, explique Caritas Jérusalem. Nous devons être capables d’élaborer une stratégie pour les cinq prochaines années car il n’y a pas de solution uniquement humanitaire à ce conflit ».

La solution est en effet avant tout politique : les Caritas doivent organiser ensemble des actions de plaidoyer afin de lancer un puissant message auprès des instances décisionnaires nationales et mondiales axé sur une paix juste et durable et le dialogue inter religieux. Elles se mobilisent actuellement pour lancer une campagne mondiale sur ce thème.

Propos recueillis par Yves Casalis

© Virginie Nguyen Hoang/hanslucas.com/Secours Catholique
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