Municipalité : le Secours Catholique acteur de l’action sociale locale

Publié le 31/10/2014
France
 

À la suite des élections municipales, en mai dernier, les Centres communaux et intercommunaux d’action sociale (CCAS et CIAS) ont refondé leur conseil d’administration. Dans plusieurs d’entre eux, des personnes mandatées par le Secours Catholique-Caritas France ont obtenu une place et contribuent ainsi à lutter de manière institutionnelle contre la pauvreté au niveau local.

« Pendant douze ans, j’ai été conseillère municipale de Narbonne. Et cette année, plutôt que reprendre des fonctions publiques, je me suis engagée dans l’équipe locale du Secours Catholique, dont je suis actuellement responsable bénévole, explique Ghislaine Cros-Boulo. Alors, quand le délégué m’a proposé d’être mandatée par l’association au Centre communal d’action sociale (CCAS), j’ai accueilli la proposition avec joie. » Comme Ghislaine, près de 2 000 personnes du Secours Catholique-Caritas France, réparties sur toute la France, sont ainsi au conseil d’administration de leur CCAS ou CIAS.

Cet établissement public, géré par ce même conseil d’administration, est composé d’au moins huit personnes, quatre élues par le conseil municipal et autres nommées par le maire, qui le préside. Depuis 2001*, quatre parmi elles doivent représenter la société civile engagée : les associations de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, celles soutenant les personnes âgées, celles accompagnant des personnes handicapées et les associations familiales.

« C’est là que se décline la politique sociale des communes, que se décident l’aide d’urgence et les dispositifs sociaux, souligne Delphine Bonjour, chargée des relations institutionnelles au Secours Catholique. C’est un lieu clé pour le combat contre la précarité sur le terrain. »

Porter la voix des plus faibles

À Marseille, Geneviève Pastorello, la vice-présidente de la délégation, est face à une structure impressionnante : le CCAS gère 351 salariés et un budget de 22 200 millions d’euros. Les actions soutenues sont nombreuses : des foyers logements, des accueils de jour... « Nous sommes sollicités pour voter certains aspects de ces structures, ou les budgets exceptionnels comme pour les fêtes de fin d’année. » Pour elle, la marge de manœuvre est délicate : « Je n’ai jamais voté contre une proposition – elles ont souvent été élaborés par les élus présents au conseil d’administration… – mais il m’est arrivé de m’abstenir quand la dépense me semblait démesurée. »

Depuis quelques mois, elle est plus investie spécifiquement sur la commission des aides du CCAS. Avec un autre administrateur, ils contribuent au choix final face aux demandes de soutien financier direct. « Mon expérience à la délégation de Marseille – qui a elle-même une commission des aides – est un atout fort. Ma voix en est renforcée et respectée. »

Pour Ghislaine, « nous devons surtout porter la voix des plus faibles auprès des élus ». Dans sa ville, Narbonne, le conseil municipal a récemment pris un arrêté anti-mendicité. « On ne peut pas revenir dessus, mais par mon mandat, j’ai pu faire connaître certaines réalités des personnes de la rue aux élus pour qu’ils en tiennent compte dans la mise en œuvre de l’arrêté. »

S’épauler les uns les autres

La proximité avec les réalités que vivent les personnes en précarité est une grande richesse pour les conseils d’administration des CCAS et les CIAS. « Le rôle d’information est fondamental, souligne Gérard Huet, ancien maire d’une petite commune rurale et bénévole depuis longtemps au Secours Catholique de l’Orne. Dans le cadre de mon bénévolat, j’ai rencontré une personne qui m’a confié ne pas vouloir demander de l’aide au CCAS. Elle ne voulait pas que ses voisins, ses anciens amis d’école, présents au conseil d’administration, sachent sa situation financière. Quand j’étais élu, je n’ai jamais envisagé les choses sous cet angle. »

Aujourd’hui, le Secours Catholique de l’Orne a demandé à Gérard d’animer le réseau des personnes mandatées en CCAS par l’association. « J’espère leur faire profiter de mon expérience de maire. » Pour Geneviève, « c’est important de s’épauler les uns les autres. Avec les mandatés par le Secours Catholique en CCAS de la région Provence, une dizaine de personnes en tout, nous avons déjà prévu de nous retrouver régulièrement ». Car être administrateur d’un CCAS ou d’un CIAS peut être intimidant. « Au début, se souvient Geneviève, je n’osais pas poser de questions... »

Se former

Dès lors, plusieurs formations ont été mises en place pour aider ces bénévoles. Se rencontrer les uns les autres, comprendre le fonctionnement de l’organisme, saisir l’importance du lien avec l’antenne locale du Secours Catholique (délégations)... et découvrir les outils importants comme l’analyse des besoins sociaux (ABS). Cet outil, en principe rendu obligatoire par la loi, n’est que peu utilisé par les communes. Il permet de comprendre où sont les précarités sur leur territoire pour pouvoir mieux y répondre. Gérard a été maire dix-huit ans et donc président de son CCAS : « Et pourtant, ce n’est que dans la formation assurée par le Secours Catholique que j’ai entendu parler de l’ABS. » Les bénévoles mandatés ont donc reçu pour mission de sensibiliser les communes à cette question.

Les élections municipales de l’an dernier ont mobilisé nombre de délégations : « Nous sommes présents dans de plusieurs grandes villes, indique Delphine Bonjour, et certaines délégations qui ne connaissaient pas cette forme d’action institutionnelle ont pris conscience de son poids l’an dernier. On sent une vraie motivation. »

*Grâce à une loi adoptée en 1998.

 

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Patrick Delapierre/Secours Catholique
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