« Nous, adultes, nous nous devons de construire un monde digne des enfants »

Publié le 04/12/2014
France
Genevieve Avenard
 

Nommée en septembre dernier, Geneviève Avenard est Défenseur des enfants, adjointe au Défenseur des droits. Cette institution indépendante promeut l’accès aux droits pour tous en recevant les plaintes des particuliers et en interpellant les pouvoirs publics sur les lois qu’ils mettent en place.

 

Les enfants ont-ils des droits propres ou ceux-ci dépendent-ils de leur situation familiale ?

LaConvention internationale des droits de l’enfant, adoptée en 1989 par l’Assemblée générale des Nations unies et ratifiée par la France un an après, reconnaît les enfants comme sujets de droit et titulaires de droits fondamentaux qu’ils peuvent mettre en œuvre. Ce texte, dont nous avons célébré les 25 ans le 20 novembre, s’appuie sur la notion d’intérêt supérieur de l’enfant et énonce ses différents droits, comme le droit à la santé, aux loisirs, à une vie en famille, à l’éducation, au respect de sa vie privée…

Mais la situation de la famille, ses conditions de vie et son environnement vont naturellement avoir un impact sur l’exercice de ces droits. Un enfant qui vit dans une famille aux revenus insuffisants, ou qui vit dans un logement trop petit, voire insalubre, par exemple, rencontrera plus de difficultés pour la mise en œuvre concrète de ses droits qu’un enfant dont les parents ont un meilleur niveau de vie. Comment se concentrer pendant la matinée de classe quand on n’a pas pu prendre de petit déjeuner ? Aujourd’hui, un nombre croissant de familles sont touchées par la précarité. La France, entre 2008 et 2012, a compté 444 000 enfants supplémentaires victimes de la pauvreté d’après la dernière enquête de l’Unicef ! C’est une préoccupation majeure et un enjeu pour les politiques publiques nationales et européennes.

Quels recours ont les enfants pour obtenir un juste accès à leurs droits ?

Ils peuvent directement saisir le Défenseur des droits : tous les moyens de communication sont possibles. En outre, le Défenseur des droits dispose de 440 délégués dans tous les départements pour recevoir, écouter, informer et suivre les cas au plus près.

Mais nous avons conscience que l’accès à l’information sur ses propres droits est aussi un enjeu fort, et tout particulièrement pour les enfants. Aussi nous avons développé le programme Jade, les Jeunes ambassadeurs des droits auprès des enfants. Âgés de 18 à 24 ans, ils effectuent leur service civique auprès de notre institution : ils reçoivent une formation et interviennent en notre nom dans les écoles, collèges, centres de loisirs, directement auprès des enfants. L’an dernier, ils ont rencontré plus de 30 000 enfants.

Enfin, la fonction de Défenseur des enfants qui m’a été confiée par le Défenseur des droits est un signe fort : en étant bien identifiée, elle permet aux enfants de comprendre que leurs droits doivent être respectés et protégés. Elle rappelle aussi qu’il est essentiel de porter une attention particulière et constante aux enfants et à leur parole, dans toutes les décisions et politiques prises par les adultes. Nous, adultes, nous nous devons de construire un monde digne des enfants.

Quelles sont les demandes les plus fréquentes que vous recevez ?

Nous sommes souvent saisis lors des séparations parentales, afin que puissent se maintenir les liens entre les enfants et les parents. Les questions de scolarité sont fréquentes, en particulier pour les enfants roms qui, souvent, ne peuvent être scolarisés dans la commune où ils sont installés.

 

Sophie Lebrun
Crédits photos : ©Roxanne Gauthier
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