Objectif : retour vers l'emploi

Objectif : retour vers l'emploi

Publié le 21/12/2015
France
 

Huit personnes sur dix rencontrées par le Secours Catholique-Caritas France sont sans emploi. Pour l’association, nul n’est inemployable et chacun a droit à un travail. Nous agissons pour l’emploi des personnes les plus fragiles, que ce soit au moyen d’accompagnements personnalisés, de la mise en place de structures d’insertion par l’activité économique ou encore d’un plaidoyer actif auprès des pouvoirs publics. Le Secours Catholique va notamment inciter les nouveaux conseils régionaux à agir en faveur de la formation des chômeurs de longue durée.

 

Emploi : quelle place pour les plus pauvres?

Avec ce rapport, nous avons voulu interroger le lien à l’emploi des personnes que nous accueillons. Le constat est simple, l’emploi salarié est de moins en moins accessible aux plus fragiles, et quand ils y accèdent, ce travail est bien souvent synonyme de temps partiels, de CDD, d’horaires fractionnés...

Télécharger notre rapport statistique 2013
 

Lever tous les freins possibles pour avancer sur le chemin de l’emploi

Sur tout le territoire, des bénévoles du Secours Catholique aident les chômeurs à reprendre confiance en eux et à construire un projet professionnel.

Près de 3 millions de personnes sont au chômage en France. Parmi elles, l’an dernier, plus de 42 % étaient des chômeurs de longue durée (un an ou plus), selon les chiffres de l’Organisation internationale du travail.

Or « l’éloignement crée de l’éloignement », écrit l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale : « S'éloigner du marché du travail, c'est voir surgir ou s'aggraver un certain nombre de difficultés qui amoindrissent encore les probabilités de retour à l'emploi. »

C’est à partir de ce constat que le Secours Catholique a choisi de s’engager pour les personnes éloignées de l’emploi. L’idée est simple : accompagner les chômeurs pas à pas, afin de briser leur isolement et dans la mesure du possible de les faire renouer avec le marché du travail.

« On essaie de lever tous les freins possibles pour avancer sur le chemin de l’emploi », témoigne Gérard Ayela, responsable de l’équipe Carrières à Brest. « Si une femme arrive par exemple avec un enfant, il va déjà falloir l’aider à rencontrer une assistante sociale pour trouver une solution de garde. Si un homme n’a pas de voiture, on va s’arranger pour lui prêter une mobylette. »

« Pendant mon accompagnement, je continuais quelquefois à bénéficier de bons alimentaires au Secours Catholique », se souvient Kounisou, soutenue par l’équipe de Clermont-Ferrand. L’accompagnement prend ainsi en compte toutes les dimensions de la personne pour mieux aller de l’avant.

 

Au total, plus de 4 000 hommes et femmes sont accompagnés par 50 équipes sur le territoire.

 

Un complément à Pôle emploi

Au cours d’entretiens individuels réguliers, le bénévole écoute la personne, la conseille et met en valeur ses savoir-faire et ses compétences pour ensuite l’aider à construire son projet professionnel.

« Beaucoup de gens qui viennent chez nous ont perdu confiance en eux », explique Yann Le Bihan, bénévole de la mission Emploi à Chambéry. « On tente alors de partir d’eux-mêmes, de leur parcours pour travailler au retour de la confiance et élaborer un projet. »

Mais la personne accueillie reste actrice de son projet, le bénévole est simplement à ses côtés. Il apporte entre autres une aide technique au demandeur d’emploi pour rédiger son CV, rechercher des offres ou se préparer à des entretiens avec Pôle emploi. « Nous sommes facilitateurs de contacts avec l’organisme public, une sorte de médiateurs entre la personne accueillie et cette institution », relate Guy Xicluna, responsable du pôle Insertion vers l’emploi de Clermont-Ferrand.

Après trois ans de chômage, Karim* a retrouvé du travail : « J’ai senti grâce au Secours Catholique que je n’étais pas seul et que j’étais soutenu. Ça m’a donné la force de continuer à chercher. Tout seul, je n’y arrivais pas. »

 

L’union fait la force

Mais les entretiens individuels ne sont pas tout. Une quinzaine d’équipes se sont engagées dans l’accompagnement collectif, en complément du soutien individuel. Une à deux fois par mois, les personnes accueillies se retrouvent en groupe pour travailler ensemble sur une thématique ou échanger sur leurs situations respectives.

« Le fait d’être ensemble permet de sortir de la solitude et de rebondir, de développer l’entraide et d’être acteur », observe Jacques Lepage, responsable Emploi au Secours Catholique. « Les demandeurs d’emploi découvrent ainsi qu’ils ont des points communs, ils échangent des conseils et l’animateur s’adapte selon les besoins des personnes », témoigne Françoise Celery, coordinatrice du réseau Retour vers l’emploi dans le Loir-et-Cher.

« Les accompagnateurs nous mettaient sur la voie mais c’est nous qui travaillions ! Nous avons ainsi trouvé une oreille pour nous écouter, mais aussi quelqu’un qui nous stimulait pour nous motiver », témoigne de son côté Mathilde qui, après deux mois d’accompagnement, a décroché un CDI.

Pour faciliter les réinsertions dans le monde du travail, certaines équipes s’efforcent par ailleurs de créer du lien entre les entreprises et les demandeurs d’emploi. « Le fait d’être remobilisé en étant actif permet de reprendre confiance. Dans les prochains mois, on prévoit de visiter des entreprises d’insertion comme des maraîchages ou des entreprises plus classiques comme Opinel », explique Matthieu Perrin, animateur en charge de la thématique Emploi en Savoie.

D’autres équipes essaient d’organiser des rencontres entre des demandeurs d’emploi et les Ressources humaines de telle ou telle structure. Avec toujours cet objectif : aider les chômeurs à mettre le pied à l’étrier des entreprises. Car « chacun a le droit d’obtenir un emploi ». C’est ce que proclame le préambule de la Constitution française.

* Il s’agit d’un pseudonyme.

 

« Le groupe libère la parole des jeunes au chômage. »

Rinà Rajaonary, présidente de la JOC, Jeunesse ouvrière chrétienne, explique les bienfaits de l’accompagnement collectif. L’association, partenaire du Secours Catholique depuis 2003, privilégie en effet les permanences emploi collectives pour permettre aux jeunes âgés de 15 à 30 ans privés d’emploi d’échanger et de mieux avancer ensemble.

Vous mettez en œuvre des permanences emploi collectives : comment cela se passe-t-il concrètement ?

La JOC accueille des jeunes privés d’emploi habitant souvent des quartiers populaires. C’est une priorité pour le mouvement de porter leur voix, notamment à travers nos perm’emplois. Il en existe actuellement cinq en France. Elles sont gérées et animées par les fédérations locales. Sur Rouen, la perm’emploi est portée par deux jeunes animateurs.

Les jeunes s’aident mutuellement dans la rédaction de CV ou de lettres de motivation, ou pour préparer des entretiens. Les différentes activités proposées leur donnent par ailleurs les moyens de partager ce qu’ils vivent.

On les invite notamment à réfléchir autour d’un texte qui peut être tiré de l’Évangile, mais aussi d’un poème ou d’une chanson. Par exemple : qu’est-ce que la dignité ? Ou qu’est-ce qu’être citoyen ?

Cela fait partie d’une des méthodes de la JOC, intitulée “révision de vie”, qui se déroule en trois temps : voir (quelle est ma réalité ?), juger (partir d’un texte pour prendre du recul), agir (prendre des initiatives).


Quel est l’objectif de ces temps collectifs ?

On est parti du constat que les jeunes chômeurs sont isolés. Ils sont très souvent seuls face à leurs démarches. Nous voulons que ces jeunes privés d’emploi soient pleinement acteurs de leur vie.

Pour cela, il faut leur donner la possibilité de se réunir. Car à plusieurs, on est plus fort. Les rencontres permettent d’avancer. Il faut dire que le fait de ne pas avoir d’emploi signifie la perte de la reconnaissance qu’apporte le travail, la perte d’un statut social.

Cette perte de repères, d’identité s’accompagne souvent d’un sentiment de honte, de culpabilité. Tout cela est exacerbé par le manque de représentation dont souffrent les demandeurs d’emploi : personne ne les écoute.

Du coup, le partage d’expérience est valorisant. Le jeune sort ainsi de sa solitude et reprend confiance. Il ne se sent plus seul.


En quoi la dynamique de groupe permet-elle à chacun de se sentir conforté dans sa démarche de recherche d’emploi ?

Les temps d’échange offrent au jeune la possibilité de se reconstruire bien qu’il soit au chômage. On organise par exemple des ciné-débats ou des cafés-rencontres. On part d’un préjugé et on en débat, on apprend à se positionner.

Le groupe libère la parole. Nos jeunes gagnent ainsi en dignité et apprennent à être citoyens malgré leur situation. Et ils oublient le caractère routinier de la recherche d’emploi quotidienne. En reprenant confiance en soi, on est par ailleurs plus motivé pour chercher du travail.


On est dans une logique de partage d’expérience et de conseils... La clé de la réussite serait-elle dans l’entraide ?

En effet, chacun apporte son réseau, ses contacts, ses bons plans. Cela permet de s’entraider dans les démarches administratives et dans la recherche d’emploi. Le partage de bonnes pratiques au sein du groupe est bénéfique pour chacun de ses membres.


Confronter sa parole à celle des autres permet aussi de dédramatiser ?

Aujourd’hui, il est culpabilisant de ne pas avoir de travail dans la société. À la fin d’un temps de partage, on se dit que, finalement, ce n’est pas notre faute si on est au chômage, mais qu’il y a moyen de rebondir. Le travail en groupe permet aussi d’apprendre à se déculpabiliser.

 

Chômage longue durée : des formations pour tous

L’un des principaux combats des équipes Emploi du Secours Catholique-Caritas France est d’obtenir de solides formations pour les personnes éloignées du travail.

En 2012, 2,4 % des personnes rencontrées au Secours Catholique avaient accès à une formation professionnelle. L’année suivante, le chiffre était divisé par deux.

« À partir de là, nous avons bâti une stratégie et profité des opportunités politiques pour faire prendre conscience au gouvernement et aux partenaires sociaux qu’il fallait orienter davantage les fonds de la formation professionnelle vers ceux qui en avaient le plus besoin », rappelle Delphine Bonjour, responsable des Relations institutionnelles au Secours Catholique. 

Faire prendre conscience d’une réalité pour obtenir une législation qui améliore cette réalité, c’est ce qu’on appelle le “plaidoyer”. Il s’agit d’« informer, alerter, communiquer et convaincre les partenaires sociaux, les gouvernants et l’opinion publique pour obtenir des réformes », explique Jacques Lepage, responsable de l’Emploi et de l’économie solidaire au Secours Catholique. « Et pour faire du plaidoyer, il faut le souffle d’un marathonien. »

Radiographie

La légitimité du plaidoyer du Secours Catholique repose sur les chiffres annuels collectés par ses équipes auprès des personnes qu’elles accueillent. En matière de précarité ou de chômage, le nombre de ces dernières, proche de 1,5 million, offre une radiographie bien plus nette que les sondages qui portent généralement sur des échantillons de quelques centaines de personnes.

En janvier 2014, le Secours Catholique, seul ou en collectif, fait publiquement plusieurs propositions. En juillet 2014, Louis Gallois, au nom de la Fnars[1], dont le Secours Catholique est membre, porte ces revendications sur la formation des chômeurs de longue durée devant la Conférence sociale.

En septembre 2014, le ministre du Travail invite le collectif à collaborer avec lui. Et en février 2015, le plan du ministre Rebsamen accorde 100 heures de formation aux “demandeurs d’emploi n’ayant pas d’heures” de formation sur leur compte. Plusieurs autres propositions figurent dans le plan Rebsamen.

 

Toutefois l’abondement de 100 heures au Crédit personnel de formation (CPF) des chômeurs de longue durée est jugé insuffisant. L’équipe nationale du Secours Catholique poursuit son plaidoyer.

Le gouvernement prépare un compte personnel d’activité (CPA), une « carte de sécurité sociale professionnelle sur laquelle figureront le CPF, le compte épargne temps (celui-ci est désormais détaché de l’entreprise) et le compte pénibilité », précise Jacques Lepage. Autant de rendez-vous, autant d’opportunités pour faire avancer les idées qui feront reculer le chômage au niveau national.

Au plan local, les bénévoles associatifs participent aux comités de liaison créés par Pôle emploi en 2010. Avec les syndicats, les associations de défense des chômeurs et les chômeurs eux-mêmes, ces comités réfléchissent aux moyens d’infléchir la courbe du chômage dans leur département.

Les régions voient depuis vingt ans leurs compétences s’accroître en matière de formation. Les délégations du Secours Catholique préparent déjà un dossier sur l’accès à la formation des chômeurs qu’elles présenteront en janvier 2016 au président de leur région nouvellement élu.

[1] Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion (FNARS)

Cécile Leclerc-Laurent / Jacques Duffaut
Crédits photos : ©Xavier Schwebel/Secours Catholique; ©Sébastien Le Clézio/Secours Catholique
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