Palestine-Israël : beaucoup de murs et peu de ponts

Publié le 02/04/2013
Israël, Palestine
 

Jamais, en soixante-cinq ans, l’espoir de paix en Terre sainte n’a été aussi mince. Malgré la politique d’exclusion dont sont victimes les Palestiniens, la société civile, dont de nombreuses associations soutenues par le Secours Catholique, travaille à atténuer les déséquilibres.

« Je n’ai jamais parlé à un Arabe », dit Samuel, un adolescent de Kfar Shalem, quartier défavorisé de Tel-Aviv. Dans un centre de loisirs juif, Sadaka-Reut, association qui travaille au rapprochement des différentes communautés, a organisé une réunion de préparation à la rencontre de jeunes Juifs avec de jeunes Palestiniens d’Israël.

Ils sont huit, âgés de 15 et 16 ans, autour d’Ori, animatrice du programme, qui vient de leur demander comment ils perçoivent les jeunes Palestiniens. La voisine de Samuel déclare qu’il est difficile d’être ami avec eux à cause « de la guerre qui est en cours ». Un autre encore définit l’Arabe comme « un étranger dans mon pays ».

L’espoir de paix entre l’État d’Israël et le peuple palestinien, qu’avaient fait naître les accords d’Oslo en 1993, s’est dissipé. Le dialogue est rompu. Les Palestiniens se sentent méprisés. Lors des dernières élections législatives israéliennes, c’est tout juste si les candidats à la Knesset ont abordé la question de la paix.

Physiquement mis à l’écart par un mur de béton et par une politique ouvertement discriminatoire, les musulmans et les chrétiens de Cisjordanie se résignent, impuissants, à voir leur territoire progressivement confisqué par les colons dont le nombre continue de croître.

Pierres et insultes jetées des toits

À Hébron, pôle économique du sud de la Cisjordanie, la vieille ville est coupée en deux. 500 colons protégés par 2 000 soldats sont installés dans les quartiers autour du tombeau des Patriarches. Pour leur sécurité, une centaine de ruelles et 1 500 petits commerces ont été fermés, les portes d’entrée des maisons donnant sur les rues sécurisées ont été condamnées.

L’Association d’échanges culturels Hébron-France, financée notamment par le consulat de France, organise des visites touristiques du centre d’Hébron. Une activité parmi d’autres qui tendent à promouvoir le patrimoine architectural de la ville, à sensibiliser jeunes et adultes à leur histoire et à créer des emplois. Sandrine Bert Geith en coordonne les programmes.

Cette Française, installée à Bethléem depuis huit ans, aime faire visiter le vieil Hébron. La visite commence. Un soldat, posté en surplomb de la première ruelle, met en joue les touristes avec son arme pour les intimider. Des caméras surveillent chaque recoin d’immeuble. Un fin grillage horizontal protège les commerçants des jets de pierres des colons qui vivent au-dessus d’eux. Le grillage est jonché d’objets divers, mais ne peut pas grand-chose contre les sacs plastiques remplis de déjections humaines qui éclatent en tombant.

« L’agressivité des colons s’explique par la totale impunité dont ils bénéficient, explique Sandrine. Les enfants de colons d’Hébron, élevés dans l’idée que cette terre leur revient de droit divin, jettent des pierres et des insultes depuis les toits. » Une situation dénoncée par d’anciens militaires israéliens sur le site internet Breaking the Silence (Briser le silence).

« Le mur accapare les terres et rejette les hommes »

Mais la plupart des colonies israéliennes s’établissent au sommet des collines des territoires occupés. On y accède par des routes sécurisées réservées aux Israéliens. L’implantation et la protection des colonies privent les Palestiniens des terres qu’ils cultivaient.

Antoinette, 78 ans, chrétienne de Bethléem et veuve du fils d’un ancien consul britannique, en parle avec acrimonie. « Ils nous ont volé toute notre terre, dit-elle, 80 % de notre propriété. Nous vivions de nos champs d’oliviers, aujourd’hui nous achetons l’huile. Le mur accapare les terres et rejette les hommes. »

Un long ruban de béton de 13 mètres de haut encercle sa maison. Depuis 2003, les fenêtres des chambres donnent sur ce mur gris. Antoinette n’a pas voulu émigrer comme ses frères à Amman ou à Chicago. Elle est restée près des siens, elle a enseigné la musique et l’art au camp de réfugiés d’Aïda tout proche. Son amertume ne l’empêche pas de garder espoir. Avec des Palestiniennes et des Israéliennes, elle cherche la voie du dialogue et de la paix. Car désormais, dit-elle, « il faut travailler pour les générations qui viennent ».

Jacques Duffaut
© Élodie Perriot/Secours Catholique
Écolière Haïtienne souriante dans sa classe
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