Parentalité : des espaces pour permettre le droit de visite

Publié le 06/01/2014
Coutances
Parentalité : des espaces pour permettre le droit de visite
 

Depuis quatre ans, des bénévoles du Secours Catholique gèrent Les Colibris, un espace de rencontre pour que les parents séparés ou divorcés puissent exercer leur droit de rendre visite à leurs enfants.

Matteo, 2 ans, entre en courant dans l’espace-rencontre Les Colibris à Coutances (Manche). Le petit garçon lève les yeux vers les trois bénévoles du Secours Catholique local : « Papa ? Papa ? Papa pas là ? » Sa mère, Noémie, jette un regard interrogateur à Odile, Marie-Hélène et Daniel, avant de se tourner vers son fils : « On ne sait pas encore. » L’enfant s’avance vers le coffre à jouets, en habitué.

Dans ce local du Centre communal d’action sociale (CCAS), l’espace-rencontre Les Colibris permet à des parents séparés ou divorcés d’exercer leur droit de visite.

« Il y a quatre ans, une juge des affaires familiales a demandé au Secours Catholique s’il pouvait ouvrir un lieu neutre pour les parents ayant obtenu le droit de voir leur enfant, se souvient Claude Dubourg, bénévole de l’association et référent du projet. Nous répondions ainsi à un besoin : donner une vraie chance à des enfants de grandir avec leurs deux parents. Pour nous, cela entrait pleinement dans notre mission. »

Ordonnances judiciaires

Le Secours Catholique gère Les Colibris en lien direct avec le tribunal : l’association reçoit l’ordonnance du juge établissant un droit de visite encadré et la périodicité de celui-ci. Les parents doivent ensuite se manifester auprès des bénévoles du Secours Catholique. Près d’un tiers des ordonnances judiciaires ne sont pas appliquées en raison du refus de l’un des parents.

Pour les autres, un premier rendez-vous entre les bénévoles et chacun des parents permet de connaître la situation familiale et de fixer la durée de la visite. « On commence souvent par une heure, puis si cela se passe bien, on augmente », commente Odile, bénévole du Secours Catholique à l’espace-rencontre.

Le juge décide également si le droit de visite inclut la possibilité de sortir ou si la rencontre doit se tenir aux Colibris. Les lieux ont été aménagés pour offrir un peu de confort : une demi-douzaine de tables et une vingtaine de chaises en bois sont installées dans une grande salle dotée de larges baies vitrées donnant sur une petite cour.

Étapes

Depuis la création des Colibris, 84 dossiers ont été suivis. « En majorité, ce sont des parents jeunes, avec des enfants âgés de 6 à 12 ans », explique Claude Dubourg. Les deux premières années, 60 % des ordonnances judiciaires avaient pour origine une demande de visite d’un père.

Pourtant, depuis 2010, le bénévole du Secours Catholique a noté un changement important : « Aujourd’hui, les décisions de droit de visite sont prises à la suite d’une saisine du tribunal par la mère, alors qu’elle a la garde. Certaines l’ont fait pour que leur enfant renoue avec son père ; d’autres demandaient une pension alimentaire et le juge a estimé qu’il fallait en retour permettre une relation entre le père et l’enfant. »

Ces mères sont alors plus fébriles en venant récupérer leurs petits. Comme Élodie, qui embrasse ses trois fils dans l’entrée des Colibris en évitant de regarder son ancien compagnon.

Une fois que la mission confiée par le juge est terminée, le droit de visite redevient une organisation personnelle entre le père et la mère. « Nous ne sommes qu’une étape sur leur chemin de dialogue familial, observe Odile, nous ne sommes pas médiateurs, nous sommes juste là pour les accueillir. »

Si un enfant revient, c’est que l’un de ses parents s’est à nouveau tourné vers la justice. « Parfois aussi, ils sont envoyés dans un autre espace-rencontre du département », ajoute Claude Dubourg. Il existe aujourd’hui en France 150 espaces de rencontre, ouverts à la suite de l’introduction dans le Code civil français en 2007 du droit d’accès de l’enfant à ses deux parents. Certains dépendent, comme celui de Coutances, d’une association, mais la plupart relèvent d’une collectivité territoriale et sont animés par des professionnels salariés.

Sophie Lebrun
Crédits photos : ©Darek Szuster/Photopqr/L’Alsace
Portrait de famille
Plus d'informations
Soutien aux familles et à l'enfance
# sur le même thème