Pauvreté : deux femmes du Secours Catholique intègrent le CNLE

Publié le 10/04/2014
France
 

Bernadette Doumic, 62 ans et, Reine Cau, 56 ans, participantes à un groupe de convivialité du Secours Catholique du Quercy, ont été nommées membres du 8e collège du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) pour un mandat de trois ans. Elles l’intègrent officiellement le 10 avril.

Pouvez-vous vous présenter ?

Bernadette Doumic : Je suis mère de trois enfants. Lorsque j’étais plus jeune, je ne travaillais pas pour pouvoir les élever. Mon mari a a perdu son emploi alors que nous nous étions engagés à acheter une maison. Je me suis donc tournée vers le Secours Catholique afin d’obtenir des aides financières.

Après mon divorce, j’ai enchaîné les petits boulots et depuis je suis à la recherche d’un travail stable. Jusque là, j’avais consacré toute ma vie à mes enfants et à ma mère. Je n’avais rien d’autre. J’ai donc intégré le groupe convivial “Culture et détente” à Moissac. Au début, je n’y allais pas beaucoup car je suis de nature timide et réservée. Mais plus les années ont passé, plus je me suis investie.

Reine Cau : Je suis mère de quatre enfants qui ont pris leur indépendance. Je suis handicapée, déclarée inapte au travail et dans ce cadre, je touche une pension. Pendant 25 ans, j’ai vécu avec mon compagnon et nos enfants à la campagne. Nous étions très isolés. C’est donc naturellement que je me suis tournée vers le groupe de convivialité “Culture et détente”.

Au début, c’était surtout pour faire plaisir à la bénévole qui animait le groupe et qui m’avait demandé d’y participer. Et puis, c’est vite devenu une bulle d’air pour moi. Par ailleurs, je ne veux pas rester les bras croisés. Je ne veux pas être une assistée. Il y a des choses à faire et avec le groupe nous sommes actrices.

Qu’est ce que c’est que ce groupe “Culture et détente” ?

Bernadette Doumic : Il s’agit d’un groupe convivial de femmes. Au départ, nous sommes des bénéficiaires mais finalement notre groupe est tellement actif que nous sommes considérées comme des bénévoles. Nous nous réunissons toutes les semaines. Il nous arrive de nous voir plus souvent lorsque nos projets demandent plus de temps.

En octobre dernier, par exemple, nous sommes parties en voyage de l’espérance en terre sainte avec des bénévoles et des salariés du Secours Catholique. Nous avons confectionné des cartes et autres objets afin de les vendre et de récolter un peu d’argent.

Par ailleurs, Reine et moi sommes allées au Forum social mondial à Tunis en 2013 afin de partager notre expérience.

Reine Cau : Nous sommes un groupe de femmes qui venons de tous horizons. Donc, la lutte contre l’exclusion, on connaît ! Nous avons beaucoup de choses à dire et nous nous mobilisons beaucoup contre la pauvreté. Pour faire ce que l’on fait en terme d’engagement citoyen, il faut une grande confiance les unes envers les autres car cela nécessite une implication personnelle.

« Nous sommes désormais capables de faire des constats et des propositions »

 

Pourquoi avez-vous candidaté pour être membres du 8e collège du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) ? (voir encadré ci-dessous)

Bernadette Doumic : Ayant vécu beaucoup de situations difficiles, il me semblait logique d’y participer. Par ailleurs, notre groupe convivial avait participé, en avril 2011, à une rencontre de femmes en Albanie qui se mobilisaient pour améliorer leurs conditions de vie. Cela m’a beaucoup marquée.

En France, on se laisse porter. On attend que les choses se fassent pour nous. Notre groupe a déjà participé à la campagne du Secours Catholique pour l’élection présidentielle et plus récemment aux élections municipales.

Nous savons qu’il ne faut pas attendre qu’on fasse tout pour nous. Toutefois, je sais bien que ce n’est pas parce que notre groupe s’engage dans le CNLE que tout va changer. Mais au moins nous serons entendues.

Reine Cau : Nous avions la possibilité de candidater alors pourquoi pas ? Le groupe s’était déjà beaucoup investi dans la citoyenneté. J’avais été chargée de porter la parole de “Culture et détente” auprès des candidats à l’élection présidentielle.

Ainsi j’ai rencontré François Bayrou et Eva Joly. Nous sommes désormais capables de faire des constats, des propositions et de savoir comment améliorer les choses.

« Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on est bête »

 

Pourquoi êtes-vous si fortement engagée en tant que citoyenne ?

Bernadette Doumic : Nous sommes appelées à témoigner de ce que nous vivons. Les hommes politiques sont à mille lieues des réalités quotidiennes. C’est à nous d’être acteurs.

Reine Cau : Nous sommes dix millions de pauvres en France. On ne nous considère que lorsqu’il y a des élections et le reste du temps, on nous oublie. Il faut rappeler qu’on existe. Ce n’est pas parce qu’on est pauvre qu’on est bête. Il n’y a que ceux qui vivent la précarité qui peuvent en parler. Nous sommes des experts de la pauvreté et nous devons nous servir de cette expérience pour faire avancer les choses.

 


Le CNLE, qu’est ce que c’est ?

Créé en 1993, le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) est une instance représentative des principaux décideurs et acteurs, institutionnels ou associatifs, impliqués dans la mise en œuvre des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Le CNLE compte 65 membres répartis en huit collèges. La composition du CNLE ainsi que les conditions de la désignation, par le Premier ministre, de ses membres et de son président sont fixées par décret en Conseil d’État. À la suite des recommandations formulées par un groupe de travail du CNLE en octobre 2011, le CNLE s’est engagé en juin 2012 a accueillir au sein de son 8e collège huit représentants des personnes en situation de pauvreté ou de précarité.

Placé auprès du Premier ministre, le CNLE assiste de ses avis le Gouvernement sur toutes les questions de portée générale qui concernent la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Il peut être consulté par le Premier ministre et être saisi pour avis par les membres du Gouvernement, mais le CNLE peut de sa propre initiative proposer aux pouvoirs publics les mesures qui lui paraissent pouvoir améliorer la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Clémence Véran-Richard
Crédits photos: © Elodie Perriot/SC
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