Philippines : « Je n’ai jamais rien vu d’aussi horrible »

Publié le 15/11/2013
Philippines
 

Jennifer Hardy est en charge de la communication du Catholic Relief Services (CRS), la Caritas des États-Unis, pour la région Asie. Elle est arrivée dans les zones dévastées des Philippines quelques jours après le passage du typhon. Elle vient enfin d’atteindre Ormoc, sur l’île de Leyte, particulièrement touchée. Témoignage.

« J’ai effectué plusieurs missions en Asie, mais je n’avais jamais rien vu d’aussi horrible. Les survivants que je rencontre me disent tous qu’ils ont eu très peur, qu’ils ont cru mourir. Autour d’eux, les gens hurlaient, les enfants pleuraient. Ils ont tout perdu, leur maison, certains de leurs voisins et parfois même aussi leurs proches. L’échelle de la catastrophe et l’étendue des dégâts est vraiment très impressionnante. C’est très différent du tsunami de 2004 car seules les zones côtières avaient été touchées. Les secours pouvaient se replier dans les terres et avaient ainsi pu intervenir très vite.

Pas de base-arrière pour les secours

Ici, le problème c’est qu’il n’y a pas de base arrière possible pour l’aide humanitaire. Il est donc extrêmement difficile d’acheminer les produits et la nourriture jusqu’aux victimes. Ne serait-ce que pour aller à quelques kilomètres de Cebu. Cela faisait deux jours que j’essayais de prendre un ferry pour aller à Ormoc, à l’ouest de l’île de Leyte. Les bateaux sont pleins à craquer de matériel humanitaire. Et reviennent chargés de personnes voulant fuir à tout prix l’île pour rejoindre Cebu, où la situation s’est nettement améliorée ces derniers jours. Certains tentent même de se rendre à Manille, du coup l’aéroport est bondé.

Quand j’ai atterri à Cebu, j’ai été surprise de voir tant d’avions sur le tarmac : des avions humanitaires, des charters et autour beaucoup de monde en train d’attendre une place sur un vol. Tout cela évidemment ralentit un peu l’acheminement de Catholic Relief Services (CRS) sur place. Ça bouge mais lentement parce que la situation nous empêche d’agir plus vite. Mais tout le monde travaille très dur ici.

Notre force, c’est le réseau Caritas

Notre force à nous, Caritas, c’est de fonctionner en réseau avec de nombreuses antennes locales. C’est un énorme avantage d’autant que l’Église est très puissante aux Philippines. Cela nous permet d’évaluer au mieux les besoins dans chaque diocèse et d’apporter l’aide là où l’urgence est la plus grande. Les gens savent qu’ils peuvent aller se réfugier dans les églises. Tout le monde se connaît. Et les distributions sont sécurisées au maximum. Du coup il n’y a pas de problèmes de violences ou d’insécurité, comme c’est le cas à Tacloban où le gouvernement a mis en place un couvre-feu et a mobilisé des policiers et des soldats afin de sécuriser la ville.

Ce week-end, à Ormoc, où 90 % des bâtiments ont été détruits, nous allons commencer à donner 28 000 abris temporaires et des produits de première nécessité qui sont aussi arrivés par bateau et qui seront stockés dans le gymnase d’une école catholique. 40 000 bâches supplémentaires doivent arriver par avion du Pakistan. Puis nous nous rendrons à Palo, à l’est de Leyte, pour aider d’autres personnes touchées par le typhon. C’est gratifiant de voir un peu d’espoir sur leurs visages et cela nous en donne aussi pour continuer de nous mobiliser sur le terrain. »

Dernier bilan

L’ONU estime désormais à 4 460 le nombre de morts après le passage du typhon et à 11,8 millions le nombre de personnes affectées. Elle compte aussi 921 212 déplacés.

Concepcion Alvarez
Crédits photos: © DR
Caritas Jerusalem en soutien à Gaza
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