Philippines : les survivants tentent de quitter les îles sinistrées

Publié le 18/11/2013
Philippines
 

Plus d’une semaine après le passage du typhon Haiyan aux Philippines, l’aide humanitaire s’étend progressivement aux petites îles et aux régions montagneuses des îles de Leyte et de Samar. Les équipes Caritas sur place ont ainsi rejoint ce week-end la ville d’Ormoc sur la côte occidentale de Leyte, où de nombreux survivants tentent de fuir par bateau.

Gerardo Amantillo et Jovita Amantillo, tous les deux âgés de 74 ans, ont survécu au typhon en s’accrochant au toit d’une maison voisine pendant deux heures en attendant que la tempête passe. « C’est ce qui nous a sauvés », soupire Jovita. Comme beaucoup dans la région, ils s’étaient préparés aux vents forts, mais n’avaient pas imaginé qu’une telle déferlante était possible, « avec des vagues de plus de deux mètres », précise Gerardo. Leur maison en bois a été entièrement détruite et depuis une semaine, ils séjournent chez des voisins épargnés.

Aujourd’hui, ils font partie des milliers de personnes qui font la queue sur le port d’Ormoc dans l’attente d’un bateau. Ils espèrent rejoindre l’un de leurs fils qui vit près de Cebu et envisagent de rester chez lui pour les six prochains mois. Déjà trente heures d’attente, en vain. Et pour seul souvenir des décennies passées ici, un maigre bagage, représentatif de tout ce qu’ils ont perdu.

« Alors qu’à Ormoc, il y avait beaucoup d’activité, le contraste est frappant à Palo, au sud de Tacloban, raconte Jennifer Hardy de la Caritas des États-Unis, Catholic Relief Services (CRS). Ici c’est très calme. Les marchés sont encore fermés. Je n’ai vu aucune nourriture à vendre. La destruction est telle que les gens ne savent pas par où commencer. Je n’ai entendu qu’un bruit de tronçonneuse, c’est tout. Il n’y a pas d’électricité. Les gens font cuire du riz sur des brasiers improvisés à partir de débris récupérés. »

Vallée de la mort

Autour de Palo, à Sante Fe et San Joaquin, personne ne sait combien de personnes sont mortes. « Un prêtre m’a dit qu’il pensait avoir perdu entre un tiers et deux tiers de ses paroissiens, poursuit Jennifer Hardy. Quand vous regardez le paysage, là où la nature était verdoyante et luxuriante, désormais les arbres sont à terre et le brun a remplacé le vert. »

Sur la route, l’archevêque John Du décrit lui aussi un paysage totalement dévasté. « Quand vous vous tenez sur la colline en regardant vers Palo, ce que vous voyez ressemble à une vallée de la mort. C’est comme si une bombe était tombée là et avait tout détruit. Nous espérons que nous serons à la hauteur de cette épreuve, grâce à l’appui de nos diocèses, mais je me sens vraiment impuissant. Les gens me demandent de leur trouver de la nourriture. » Les survivants, qui fuient en masse la ville, ont faim, soif et ils sont fatigués. À leur triste sort viennent s’ajouter des pluies abondantes qui ne cessent de tomber sur Leyte depuis quelques jours.

À Tacloban, la grande ville portuaire de la région, la situation s’améliore peu à peu. L’électricité n’a toujours pas été rétablie, mais les centres de distribution d’eau et de colis alimentaires sont opérationnels et des unités médicales mobiles écument la ville pour porter secours aux malades et aux blessés. Quelques stations-essence ont rouvert et des survivants vendent du carburant dans des bouteilles de Coca Cola sur des routes désormais dégagées. Des fruits frais ont refait leur apparition, à prix d’or, sur de maigres étals où l’on vend par exemple mandarines, pommes et bananes.

Dieu est notre seul espoir

Rollie et Mapeth Baldesco, 41 ans, et leurs enfants Karyl, 17 ans, Ellyza, 6 ans, et Esme, 4 ans sont de Tacloban, où plus de 4 000 personnes auraient trouvé la mort. « Nous avons bien failli y rester, raconte Rollie. Nous nous cachions au sous-sol, mais nous ne nous attendions pas à la vague qui a submergé notre maison. Nous avons dû prendre les enfants et nager jusqu’à l’étage. Notre maison a été détruite. Nous n’avions pas d’eau, mais nous avons réussi à survivre avec des conserves. Maintenant, nous essayons de quitter la ville, nous avons peur des maladies à cause de tous les corps qui jonchent encore les rues. »

Selon la dernière évaluation de l’ONU, il y a 4 millions de déplacés à cause du typhon. Le bilan humain provisoire de la catastrophe fourni par le gouvernement est, ce lundi, de 3 976 morts et 1 598 disparus. Et toujours selon les Nations unies, 2,5 millions de personnes nécessitent une aide alimentaire d’urgence.

Hier, des messes ont été données en mémoire des victimes dans l’archipel philippin, plus grand pays catholique d’Asie. « Je veux remercier le Seigneur. Nous lui avons demandé d’aider tous les survivants du typhon, pour qu’ils puissent manger et continuer à vivre une vie que nous espérons plus heureuse », a commenté Belen Curila, 71 ans. « S’il n’y a pas Dieu, qui d’autre est là ? Il est notre seul espoir », a ajouté Bibeth Sabulao, une autre paroissienne.

Concepcion Alvarez
© Eoghan Rice/Trócaire Caritas
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