Philippines : reconstruire pour résister aux typhons

Publié le 24/04/2014
Philippines
Philippines : reconstruire pour résister aux typhons
 

Le puissant typhon Haiyan s’est abattu le 8 novembre dernier sur l’archipel philippin, provoquant la mort d’au moins 6 000 personnes et le déplacement de 4 millions d’habitants. Yoann Maldonado, chargé de projets au pôle Urgences internationales du Secours Catholique, témoigne de l’enjeu de la reconstruction au centre du pays.

Au 31 mars, le Secours Catholique avait collecté deux millions d’euros pour les sinistrés. Comment ces dons ont-ils été utilisés ?

Trois jours après le typhon, le Secours Catholique a envoyé 200 000 euros à Caritas Philippines. Le budget de 5,6 millions d’euros abondé par le réseau Caritas – dont cette contribution faisait partie – a permis de lancer un projet d’urgence sur une durée de quatre mois. Au 10 février, 20 292 familles (environ 100 000 personnes) ont reçu de la nourriture ou de l’argent ; en échange, elles ont participé à un travail communautaire. 39 101 ont eu de l’eau et des biens de première nécessité, 17 938 ont bénéficié d’un abri ou de matériel de réparation, 535 d’activités de relance agricole ou de réparation de bateaux de pêche.

Par ailleurs, le Secours Catholique participe pour 86 000 euros à la phase pilote de reconstruction d’une durée de six mois qui doit démarrer début mai sur l’île de Panay, au centre du pays, en lien avec la Caritas diocésaine de Kalibo.

Vous vous êtes rendu sur place en décembre 2013 puis ce mois d’avril. Cinq mois après la catastrophe, qu’est-ce qui vous frappe ?

Je suis allé sur l’île de Panay. Beaucoup de sinistrés ont réparé leurs maisons grâce à du matériel fourni par des Caritas et des ONG. Les personnes que nous avons rencontrées dans les zones (rurales) les plus pauvres du diocèse de Kalibo ne se laissent pas abattre, malgré les difficultés présentes avant le typhon (pas de coopératives agricoles, pas de stocks de céréales, manque de médecins…) mais aggravées par celui-ci (destruction de maisons, de bananiers, de cocotiers…).

Les autorités ont compté, au total, 582 827 maisons détruites par le typhon. Comment le Secours Catholique va-t-il contribuer à la reconstruction dans le diocèse de Kalibo ?

Le nombre exact de maisons détruites dans le diocèse reste à évaluer : dans deux des “barangays” (l’équivalent de nos cantons), il y en a en tout cas plusieurs dizaines. Notre priorité, en appui à la Caritas locale, est d’aider les indigènes (appartenant à l’ethnie Suludnon) – ils sont majoritaires dans la population des barangays – à rebâtir eux-mêmes.

Pourquoi les aider en priorité ? D’abord, parce qu’ils sont particulièrement vulnérables, ensuite parce que personne ne les soutient. Enfin, parce que l’ONG française CRATerre, qui contribue au projet et dont l’approche est basée sur les savoirs et les matériaux locaux, correspond à leurs besoins et au contexte (partenaire du Secours Catholique, l’ONG est spécialisée dans l’architecture du développement durable).

L’enjeu est de construire des maisons plus solides (pour cinq ou six personnes) en s’appuyant sur le savoir-faire incontestable des habitants. Nous allons leur donner les moyens de faire du bel ouvrage en leur permettant d’acheter l’équipement nécessaire (piliers en bois pour les fondations, feuilles de palme pour le toit…) et d’employer des charpentiers professionnels pour améliorer les techniques existantes. Ainsi, ces agriculteurs n’auront, à terme, plus de problèmes d’évacuation de la fumée dans les cuisines, de fondations fragilisées par les termites ou l’humidité…

Ces nouvelles maisons seront-elles assez solides pour résister aux typhons qui balayent régulièrement l’archipel ?

Oui, ces maisons sur pilotis et en bambou tiendront le choc ! Elles sont efficaces face aux inondations provoquées par les typhons “ordinaires”. Et la technique de construction utilisée permet à l’air de circuler sous leur base. Mais, cela dit, rien ne peut résister à des vents soufflant à 320 km/h, comme cela a été le cas avec Haiyan !

 

 
Yves Casalis
Crédit Photo : © Luc Van Hoef/Caritas Belgique
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