Prison : la famille, pilier de la réinsertion

Publié le 24/11/2014
Ille-et-Vilaine
 

Comme tous les ans depuis 21 ans, les “Journées nationales prison”, auxquelles s’associe le Secours Catholique-Caritas France alertent la société française sur l’état des prisons et l’importance du travail de réinsertion pour prévenir la récidive. Les bénévoles du Secours Catholique s’efforcent notamment de maintenir le lien avec la famille, pilier de la réinsertion.

« Aujourd’hui, ceux qui reprennent pied une fois sortis de prison sont ceux qui ont une famille qui les attend à leur libération », affirme Jean-Marie Delarue, ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). De fait, la famille fournit un logement au sortant de prison, peut pourvoir à ses besoins alimentaires et financiers, et parfois même facilite son accès à l’emploi.

Malheureusement, dans de nombreux cas, la personne détenue est déjà en rupture avec sa famille avant l’incarcération ou, si ce n’est pas le cas, cette dernière distend les liens, réduisant ainsi ses chances de réinsertion et augmentant les risques de récidive.

« Mon seul soutien, c’est ma famille d’accueil »

Nancy [1] a 61 ans. Elle a été condamnée à quinze ans de prison ferme au centre de détention de Rennes et en a effectué treize. Aujourd’hui, elle est libre. Nancy n’a plus aucun contact avec ses quatre enfants et son mari. « J’étais terriblement isolée en prison. Je n’avais plus d’espoir », se souvient-elle. Durant les six dernières années de sa détention, sa bonne conduite lui a permis de bénéficier de permissions de sortie. Mais où les passer, si ce n’est avec sa famille ? Nancy est allée dans une famille d’accueil du Secours Catholique d’Île-et-Vilaine.

Marie-Odile Biteau, bénévole de l’association, accueille depuis douze ans des femmes incarcérées en permission. C’est lors d’un voyage de l’Espérance à Lourdes organisé par l’association avec des détenues que les deux femmes se rencontrent. Il est décidé que Nancy passera ses permissions de sortie chez Marie-Odile.

« Cette relation m’a permis de ne plus me retrouver entre les murs, de prendre un contact avec la vie extérieure, de partager des moments de chaleur, de sentir un espoir et un avenir, explique Nancy. J’ai pu à nouveau faire des projets. » Lors d’une de ses permissions, elle cherche un logement avec l’aide de Marie-Odile. Aujourd’hui, elles s’appellent régulièrement et Nancy se sent moins seule. « Mon seul soutien, c’est ma famille d’accueil », dit-elle.

« La moitié des personnes incarcérées ont perdu le contact avec leur famille »

À la Roche-sur-Yon, les bénévoles du Secours Catholique essaient de maintenir ce lien familial. « La moitié des personnes incarcérées ont perdu le contact avec leur famille », témoigne Annie Talma, l’une des bénévoles. Pour cette raison, entre autres, l’équipe prison locale assure un accueil des familles en attente de parloir.

« Le fait d’accueillir ces personnes, qui vivent également la peine de leur proche incarcéré, favorise le maintien des relations familiales car elles reviennent avec moins d’appréhension au parloir, explique la bénévole. La famille est essentielle pour la réinsertion des personnes sortant de prison. » Nour, l’ex-détenu devenu chauffeur chez Transport Challenger, le confirme : « Savoir qu’il y a quelqu’un dehors qui pense à nous, psychologiquement c’est important. Cela donne de l’espoir. »

 

Notes:

[1] Il ne s’agit pas du prénom véritable.

Clémence Véran-Richard
© Christophe Hargoues/Secours Catholique
Les barreaux d'une prison donnant sur un espace vert
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