Prix des droits de l’homme : la défense des femmes en Russie récompensée

Publié le 13/12/2013
France, Russie
 

Le 12 décembre, le Comité d’assistance civique, un des partenaires russes du Secours Catholique, a reçu le Prix des droits de l’homme 2013 de la République française pour sa « défense des femmes persécutées pour violation de la tradition ».

En Tchétchénie et au Daghestan, des femmes sont persécutées pour leur soi-disant “comportement amoral”. Cette expression désigne aussi bien des relations sexuelles extra maritales, réelles ou fictives, que des SMS avec les compliments d’une personne inconnue. Ces femmes risquent l’enfermement, mais aussi de grandes violences, voire l’assassinat. Des pratiques qui n’ont parfois pas d’autres motifs que de cacher les comportements débridés des hommes. De telles violences sont justifiées par des références aux traditions caucasiennes qui permettent d’accomplir des “crimes d’honneur”.

Aménager un havre de paix

Le Comité d’assistance civique (Cac) octroie un espace protégé à ces femmes persécutées le temps de trouver une solution à long terme à leur problème. Basée à Moscou, l’ONG accueille ces femmes dans ses locaux qui, malgré tout, ne sont pas suffisamment sécurisés ni confortables pour des séjours longs. Aussi, les 15 000 euros du Prix des droits de l’homme, remis le 12 décembre au ministère des Affaires étrangères, permettra au Cac d’aménager un véritable havre de paix à ces femmes menacées, avec l’appui du Secours Catholique qui financera l’autre moitié de ce projet.

Le Cac est l’une de ces nombreuses ONG créée en Russie à la chute de l’empire soviétique. Si beaucoup ont disparu depuis, le Cac, au contraire a travaillé intensément, s’est développé et a élargi la sphère de ses activités. Le Comité est désormais la plus ancienne des organisations russes à accompagner les réfugiés et les travailleurs migrants. Il prend également la défense des personnes détenues parmi lesquelles de nombreux réfugiés, déplacés intérieurs et autres migrants. C’est sur le projet “Défense des droits des personnes détenues de Tchétchénie et d’Ingouchie” que le Cac travaille en liens étroits avec le Secours Catholique et la Commission européenne.

Œuvre de mémoire

Pour recevoir le Prix des droits de l’homme, le Comité a délégué sa vice-présidente, Elena Burtina. Historienne de formation, salariée du musée d’histoire de Moscou avant d’intégrer à plein temps le Cac, Elena Burtina a bifurqué vers l’humanitaire après avoir été choquée par les terribles images de la guerre en Tchétchénie et par les victimes que le gouvernement refusait d’aider. L’historienne a d’abord enquêté auprès des Tchétchènes de Moscou et compilé les témoignages pour faire œuvre de mémoire. Elle s’est ensuite investie au Cac pour aider les plus vulnérables, ceux qui ne bénéficient ni du soutien de l’État ni de la sympathie de la société.

En contact constant avec les autorités, le Cac voudrait avoir de bonnes relations car d’elles dépendent la résolution des problèmes. Elena Burtina fait la distinction entre les niveaux fédéral et local. « Au niveau fédéral, estime-t-elle, les personnels sont mieux formés et, comme il y a peu de contact, il n’y a pas de problèmes de corruption. » En revanche, au niveau local, et plus particulièrement à l’échelon de Moscou où les personnels sont moins éduqués et plus corrompus, les situations ne se débloquent qu’après le versement de pots de vin.

L’esprit de la Déclaration universelle

Cette année, le Prix des droits de l’homme de la République française s’appelle “Liberté, égalité, fraternité”. Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (Cncdh), a rappelé que les cinq lauréats de l’année ont été distingués pour leurs actions de terrain et menées dans l’esprit de la Déclaration universelle. Les critères retenus portaient sur la pertinence, la vertu protectrice, la capacité à pérenniser des projets ainsi que sur la promotion des pays oubliés. Aux côtés de la Russie, les autres lauréats venaient du Soudan, du Tchad, de Madagascar et d’Australie.

Ces cinq lauréats choisis parmi 106 candidats de 48 pays différents, outre la somme de 15 000 euros, ont reçu, par la voix de Thierry Repentin, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes, l’engagement que la République française, via ses ambassades, les suivra et les protègera.

Jacques Duffaut
© Elodie Perriot/Secours Catholique
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