Rencontre : Sophie, un rebond pour l’insertion

Publié le 01/07/2014
Épinal
Rencontre : Sophie, un rebond pour l’insertion
 

À Épinal, Sophie Hanzo a créé et animé pendant près d’un an un atelier sportif destiné à aider des jeunes en grande difficulté à se réinsérer. Une première expérience de bénévolat enthousiasmante pour cette jeune femme de 25 ans.

« Autant que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire du bénévolat », relate Sophie Hanzo. Alors, il y a un an, quand elle apprend que le Secours Catholique recherche un bénévole pour mettre en place un atelier sportif destiné à des jeunes en difficulté, la jeune femme, passionnée de sport, n’hésite pas une seconde.

« À Épinal, des ateliers d’insertion existent depuis vingt ans, mais jusque-là aucun n’intégrait la dimension physique, indique Jean-Marc Nicolle, animateur au Secours Catholique des Vosges. Or nous avions remarqué que de nombreux jeunes déscolarisés étaient désemparés, que leur corps n’avait plus de valeur pour eux. Quand on cherche un emploi, il est pourtant important de rester alerte sur le plan physique. »

Aider ces jeunes à rebondir, au sens propre du terme, leur (re)donner le goût de l’effort : voilà l’objectif ambitieux fixé à Sophie. La jeune femme semble être la recrue idéale : professeur de sport adapté, elle accompagne au quotidien des personnes que le handicap prive de la possibilité de pratiquer une activité physique classique. « Il s’agit d’adapter différents types de sports aux aptitudes et aux besoins de personnes handicapées mentalement ou physiquement », précise-t-elle.

Que chacun trouve sa place

Un métier qui la comble sans pour autant étancher sa soif d’aider : « J’ai toujours voulu donner de ma personne et de mon temps aux autres sans attendre un retour, observe-t-elle. Cela vient de mon éducation : mes parents m’ont donné ces valeurs-là. »

Pendant trois mois, Sophie planche donc sur le projet d’atelier sportif, écoute les attentes de chacun, fait des propositions. « Le Secours Catholique m’a laissé une grande liberté : j’ai pu créer l’atelier de A à Z », se réjouit-elle. « Elle a réalisé un projet pédagogique qui nous a épatés », déclare Jean-Marc Nicolle. Basket, football, mais aussi badminton et relaxation… L’atelier se veut le plus complet et diversifié possible, pour permettre à chacun de trouver sa place. « Les jeunes, constate Jean-Marc Nicolle, ont tout de suite été conquis. »

En ce mardi d’avril, près du gymnase, un petit groupe de jeunes se chamaillent gentiment en attendant le début de ce cours un peu particulier. Au programme de cette séance hebdomadaire : basket puis football. Certains n’ont jamais pratiqué d’activité physique ailleurs qu’à l’école, mais qu’importe : il s’agit avant tout de s’épanouir dans l’échange, de vivre l’esprit d’équipe. Et sur ce terrain, nul ne se fait prier : il s’agirait même plutôt de canaliser l’enthousiasme débordant du groupe. En les voyant s’agiter joyeusement sur le terrain, on a du mal à imaginer que ces jeunes sont en rupture familiale, déscolarisés, en manque de repères…

« Le sport m’a moi-même aidée dans les moments difficiles »

« L’atelier leur permet de se défouler, de rire, de partager… Tout ce qu’ils n’ont pas dans la vie de tous les jours », analyse Sophie, qui en parle d’autant mieux que cela fait écho à sa propre expérience : « Le sport m’a moi-même aidée dans les moments difficiles, témoigne-t-elle. C’est une échappatoire, et puis cela oriente sur des règles, une hygiène de vie. »

Sur le terrain, Sophie semble prendre autant de plaisir que ces apprentis sportifs. En vrai coach, elle encourage, motive, houspille parfois. Ni amie, ni professeur, elle a dû trouver au fil des semaines la juste place, au milieu de jeunes dont certains ont le même âge qu’elle. Loin d’être un handicap, « cette proximité fait qu’elle peut être une sorte de modèle pour les jeunes. Il y a une confiance qui se met en place plus facilement », estime Jean-Marc Nicolle. « Je me dis que j’aurais pu me trouver dans la même situation qu’eux, confie de son côté Sophie. Et j’aurais aimé qu’on m’aide à m’en sortir. »

Servir un bel objectif

Peu à peu, au fil des semaines, les timides osent, les paresseux se remuent, les turbulents se calment… « Quand on voit les progrès accomplis, on est fier de soi et surtout d’eux, confirme Sophie. C’est gratifiant de se sentir utile, de savoir qu’on sert un bel objectif. »

D’autant plus gratifiant qu’à l’heure où les bénévoles attendent souvent la retraite pour s’engager, « les jeunes peuvent apporter de nouvelles idées, faire bouger les lignes, être force de proposition », souligne la jeune femme. Avant de lancer, dans un éclat de rire : « Venez, les jeunes ! »

Sophie a dû passer le relais à un autre bénévole, faute de pouvoir concilier son emploi du temps professionnel et l’atelier. « Cela me manque énormément, soupire-t-elle. Je vais tout faire pour reprendre dès que possible ! »

Marina Bellot
Crédits photos: © Patrick Delapierre/Secours catholique
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