Rendre la paix et la dignité au peuple kachin en Birmanie

Publié le 31/10/2014
Birmanie
Rendre la paix et la dignité au peuple kachin en Birmanie
 

En octobre, la visite du père Noël Naw Lat, directeur de Caritas Myitkyina, au nord de la Birmanie, et partenaire du Secours Catholique-Caritas France, a rappelé le conflit opposant l’armée birmane au peuple kachin et ses efforts pour parvenir à la paix.

La recherche de la paix est un des objectifs de Karuna Myanmar Social Services (KMSS), la Caritas birmane, créée en 2000, en partie grâce au soutien du Secours Catholique. « Des négociations sont en cours même si aucun accord n’est encore en vue, précise le père Naw Lat, directeur depuis 2006 de la Caritas diocésaine de Myitkyina, au nord du pays. Karuna explique au gouvernement les raisons pour lesquelles les déplacés ne peuvent pas rentrer chez eux : à cause essentiellement des mines anti personnels. »

Le cessez-le-feu conclut en 1994 entre la junte militaire birmane et le peuple kachin a duré 17 ans. En 2011, les hostilités ont repris. En cause, les contrats conclus entre le gouvernement birman et des compagnies chinoises dans leur incessante quête de richesses minières. Une quête qui s’accompagne d’expropriations des autochtones, sans aucune compensation. Essentiellement agriculteurs et majoritairement chrétiens, les Kachins sont impuissants face à l’exploitation des ressources naturelles de leur sol et de leur sous-sol pourtant très riches en bois nobles (teck, bois de rose, bois de fer) et en minerais (fer, platine, nickel, cuivre) et pierres précieuses (or, argent, jade, rubis, saphirs, ambre).

100 000 déplacés, 165 camps

En s’implantant dans cette région limitrophe de la Chine, les compagnies chinoises ont versé des millions de dollars à la junte au pouvoir. La sécurité de ces entreprises extractives est garantie par les contrats, sans se soucier des populations autochtones. Le résultat de cette colonisation économique chinoise a précipité la région dans une nouvelle guerre opposant l’Armée indépendantiste kachin (KIA) à l’armée birmane et provoqué le déplacement de près de 100 000 personnes. Ces réfugiés sont regroupés dans 165 camps dont 60 % se trouvent en territoire contrôlé par la KIA. De ce fait, ces derniers n’ont pas accès à l’aide humanitaire dispensé par les agences des Nations unies.

Dans les zones contrôlées par la KIA, seules des organisations locales y ont accès. « Karuna Myitkyina, explique le père Naw Lat, intervient directement dans 114 camps, dont 44 sont entièrement gérés par elle. » L’aide apportée comprend sécurité alimentaire (distribution de vivres, bois de chauffage), scolarisation d’enfants des camps par des enseignants qualifiés, services médicaux, distribution de kits d’hygiène, accès à l’eau potable, etc.

L’accompagnement de Karuna permet également aux agriculteurs d’acheter des terres, comme l’explique le père Naw Lat. « La loi est claire, il serait facile d’accéder à la terre mais les agents sur le terrain restent traditionnellement corrompus. Nous avons alors proposé aux fonctionnaires d’État de dispenser des cours sur la manière de devenir propriétaires. Ainsi, nous construisons des passerelles entre l’administration foncière et les agriculteurs. »

Quant à l’écoulement des productions, Karuna incite les agriculteurs à créer des banques de semences (pour permettre la pérennisation des semences sans tomber dans l’utilisation d’OGM) et à former des coopératives. « Les coopératives sont efficaces pour négocier avec les gros acheteurs et pour éviter les intermédiaires », poursuit l’homme d’Église qui espère que ces procédés, en démontrant leur efficacité, seront généralisés.

Jacques Duffaut
Crédits photos: © Caritas Internationalis
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