Rentrée : pas d’école pour les enfants des bidonvilles

Publié le 29/08/2014
France
Rentrée : pas d’école pour les enfants des bidonvilles
 

La rentrée des enfants vivant dans des bidonvilles s’annonce particulièrement difficile. Pas moins de 27 évacuations ont eu lieu aux mois de juillet et d’août en France – sans aucune proposition de relogement dans la grande majorité des cas, contrairement à ce que prévoit la circulaire du 26 août 2012.

L’Essonne est particulièrement touchée avec sept évacuations, qui ont donné lieu à des situations ubuesques : « Les familles installées à Ris Orangis se sont retrouvées à Grigny, puis de nouveau à Ris Orangis, et elles vont devoir en repartir car un nouvel arrêté d’expulsion a été pris le 22 août... », rapporte Laurent Lurton, délégué du Secours Catholique local.

« Avec ces évacuations répétées, les 1 500 Roms de l’Essonne ont tous été expulsés au moins une fois depuis janvier dernier. » Une situation traumatisante pour les familles, et un casse-tête pour les associations : « Aujourd’hui, notre travail est de recenser tous les enfants et leurs nouveaux lieux de vie, car les dossiers de scolarisation qui avaient été faits avant l’été ne servent plus à rien », soupire Laurent Lurton.

Des familles vidées, sans espoir

« La situation est catastrophique », confirme le père Philippe Plantevin, impliqué dans la scolarisation des enfants roms de l’agglomération de Lyon. « Les enseignants sont remarquables, très accueillants envers les enfants, mais le drame c’est qu’à peine arrivés dans une école, on les évacue, et ils se retrouvent loin de l’école où ils avaient eu tant de mal à être inscrits. »

Résultat, à Lyon aussi les bénévoles sont occupés à faire le recensement des familles sur les nouveaux terrains qu’elles occupent, dans des conditions souvent de plus en plus dures. « De nombreuses familles ont été obligées de s’installer en bordure de périphérie ou de chantier, indique Gilberte Renard, bénévole au sein du Collectif lyonnais pour l’Accès à la scolarisation et le soutien aux enfants des squats (CLASSES).Je suis engagée depuis 2003 et c’est la première année que je vois des familles aussi vidées, sans espoir. Bien sûr, les parents sont conscients que l’avenir, c’est l’école. Mais la priorité c’est d’avoir un toit, de pouvoir se nourrir. »

Certains maires annoncent déjà la couleur

À quelques jours de la rentrée scolaire, la grande majorité des enfants ne sont inscrits nulle part. « Le travail de scolarisation ne pourra pas commencer avant deux ou trois semaines, quand le recensement sera terminé, indique Laurent Lurton. Et cela s’annonce compliqué. Le maire de Ris Orangis, par exemple, nous a déjà prévenus qu’il refuserait toute scolarisation d’enfants roms dans sa commune... »

Et il n’est pas le seul. De nombreux enfants roms vivant en France ont un « accès restreint à l’éducation primaire », dénonçait en juillet dernier le European roma rights centre (ERRC), pointant du doigt le refus de nombreux maires de scolariser ces enfants, alors même que l’instruction est obligatoire pour tous jusqu’à 16 ans, qu’ils soient français ou étrangers.

Alors, ici et là, des réseaux de solidarité spontanés se mettent en place en parallèle à l’action des associations. « Près de Lyon, une famille a décidé d’héberger une mère et ses deux enfants dans leur caravane, dans leur jardin, pour qu’ils soient près de l’école où l’aîné est inscrit », rapporte le père Plantevin.

Marina Bellot


© Elodie Perriot/Secours Catholique
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