Reportage : du temps pour toiT

Publié le 04/12/2013
Nantes
 

Une association nantaise met en relation des personnes âgées souhaitant continuer à vivre chez elles et des candidats à un hébergement peu onéreux. Parmi les premières en France à proposer ce type de service, elle a créé en huit ans 500 de ces atypiques couples de générations différentes.

À les voir rire ensemble à la table du salon, on pourrait croire que Colette, 92 ans, et Carine, 20 ans, sont grand-mère et petite-fille. En réalité, les deux femmes ne se connaissaient pas il y a encore deux mois. Aujourd’hui, elles vivent ensemble chez Colette, dans le petit hameau de Bouaye, à une quinzaine de kilomètres de Nantes.

Leur rencontre, elles la doivent à l’association Le temps pour toiT, spécialiste de l’habitat partagé intergénérationnel. « D’un côté, de plus en plus de personnes âgées seules souhaitent pouvoir continuer à vivre chez elles le plus longtemps possible ; de l’autre, de plus en plus de gens cherchent des solutions de logement peu onéreuses », explique Nicole Rochier, cofondatrice de cette association qui, depuis huit ans, met en relation hébergeurs et hébergés à Nantes et Angers. Le principe de l’échange est simple : un toit contre un peu de temps.

Ni veilleuse, ni garde-malade

Depuis septembre, Colette et Carine vivent donc sous le même toit – et y trouvent chacune leur compte. « Au quotidien, surtout la nuit, la présence de Carine me rassure », explique Colette. « Et moi je suis contente d’être ici : jusqu’à présent, j’avais toujours habité chez mes parents et j’appréhendais un peu de me retrouver seule dans une ville que je ne connaissais pas », déclare Carine, originaire de Vendée, arrivée dans l’agglomération nantaise pour suivre une formation d’aide-soignante.

L’étudiante ne paie pas de loyer, seulement une partie des charges ainsi qu’une petite cotisation à l’association Un temps pour toiT – environ 100 euros par mois au total.

Ni veilleuse de nuit ni garde-malade, Carine s’engage à offrir « une présence active, conviviale et rassurante », précise Nicole Rochier. Pas question donc d’aller faire la nouba en sortant de cours : « La fête, c’est le week-end, quand je rentre chez mes parents ! confirme Carine. Je suis là pour mes études, et c’est la tranquillité que j’apprécie ici. Le soir, je peux m’isoler dans ma chambre et travailler. »

Chaque soir, avant de vaquer à leurs occupations respectives, Colette et Carine dînent ensemble. « Elle adore cuisiner, c’est toujours très bon ! » sourit Carine. « J’ai de la chance : jusque-là, toutes mes pensionnaires aiment les potages et le poisson », se félicite pour sa part Colette. Car la vieille dame est une pionnière de l’habitat partagé, l’une des premières à en avoir fait l’expérience.

Rituel commun

À la mort de son mari, il y a huit ans, elle a connu la solitude et son cortège de longues nuits d’angoisse. Lorsque sa fille Yvette – dont la maison n’est séparée de celle de Colette que par quelques mètres – a appris dans la presse l’existence de l’association, elle n’a pas hésité : « C’est la bonne solution pour toutes les deux. Je suis tranquillisée de savoir que ma mère n’est pas seule. »

Avant Carine, Colette a déjà hébergé pas moins de neuf jeunes femmes, dont plusieurs continuent à lui donner des nouvelles, dit la dame âgée en montrant la photo encadrée de l’une d’elles. « Certaines sont attentionnées, d’autres plus distantes », commente Yvette, sa fille.

Pour que la cohabitation soit la plus harmonieuse possible, l’association Un temps pour toiT procède à une sélection rigoureuse des candidats à l’hébergement. « On a tendance à limiter l’habitat intergénérationnel à la relation jeunes/personnes âgées, mais c’est en réalité beaucoup plus large : notre hébergée la plus âgée a 70 ans ! » observe Nicole Rochier.

Il ne s’agit donc pas seulement d’étudiants, mais aussi de personnes en « rupture avec leur passé », qu’elles soient en reconversion professionnelle ou personnelle, en insertion ou en réinsertion. Autant de candidats à une nouvelle vie qui trouvent dans cette cohabitation solidaire un cadre propice à la tranquillité et à la confiance… Un temps pour soi.

Colette et Carine ont, pour leur part, trouvé leur rituel commun : commenter ensemble leur feuilleton préféré, Plus belle la vie. « C’est Annick, ma première hébergée, qui me l’a fait découvrir », se souvient Colette.

Pour plus d’infos sur l’association : www.letempspourtoit.fr

Marina Bellot
© Gaël Kerbaol/Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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