Reportage : un îlot français au milieu des Comores

Publié le 06/06/2014
Mayotte
 

Côté mer, Mayotte tient ses promesses. Mais sous les épais feuillages des badamiers et des arbres à pain se cachent des “bangas”, misérables cahutes de terre et de tôles où s’abritent des clandestins comoriens.

Amida est arrivée il y a quelques semaines. À la mort de son père, elle a quitté l’île d’Anjouan distante de 70 km pour trouver refuge ici, au sud de Mamoudzou, capitale de Mayotte, avec sa mère et ses deux petits frères handicapés mentaux. Pour 400 euros, elle a embarqué dans un kwassa-kwassa, barque de pêcheur à fond plat équipée d’un moteur. Ils étaient trente passagers, deux fois trop nombreux pour un si petit bateau. Plusieurs milliers de Comoriens ont péri ces dernières années, mais les passeurs, âpres au gain, continuent de surcharger leurs barques et s’efforcent d’éviter les radars qui les traquent à l’approche des côtes du nord de l’île.

Ceux qui survivent à la traversée doivent encore échapper à la Police de l’air et des frontières (Paf). En shorts et gilets pare-balles, l’arme à la ceinture, les policiers bouclent les bidonvilles. « Une véritable chasse, déplore une bénévole de Solidarité Mayotte, association d’aide aux demandeurs d’asile. Quand la Paf n’a pas son quota lors des contrôles d’identité en ville, elle organise une descente dans les bangas. »

Les agents de la Paf doivent faire du chiffre et renvoyer à Anjouan 30 étrangers par jour. Cette année, le quota de 27 000 clandestins sera atteint. Un record.

Fuir les guerres pour aller sur Mayotte

Sur les 200 000 habitants de Mayotte, l’une des quatre îles de l’archipel des Comores, on estime qu’un tiers est en situation irrégulière. Devenue département français en avril 2011, Mayotte attire plus que jamais. Les Comoriens ne sont pas seuls à tenter la traversée au péril de leur vie. Malgaches, Congolais, Rwandais, Burundais, Tanzaniens fuient les guerres et la misère. Les Comoriens viennent pour travailler ou pour retrouver une partie de leur famille. Un petit nombre vient également pour se faire soigner.

Pour le père Vincent, Congolais et aumônier de la délégation du Secours Catholique de Mayotte, il importe de donner un avenir à la jeunesse, sur cette île dont les moins de 20 ans représentent la moitié de la population. Or le chômage dépasse 55 % de la population active et le système scolaire manque de moyens, alors même que le niveau est assez bas.

« Il faudrait 100 à 150 classes supplémentaires pour accueillir chaque année les 4 000 nouveaux élèves », explique Nathalie Baugier, enseignante et ancienne présidente de la délégation du Secours Catholique. Sans parler d’une pénurie récurrente de professeurs. L’une des principales activités du Secours Catholique consiste à alphabétiser, notamment les jeunes.

Des allocations, un salaire minimum

Autre mission pour les bénévoles de la délégation de Mayotte : améliorer les conditions de traitement des migrants sur l’île, en servant d’interface aux guichets administratifs tenus par des Mahorais, pas toujours enclins à l’accueil. « Il n’est pas rare qu’ils refusent aux demandeurs d’asile l’accès aux droits, qu’ils donnent de mauvais renseignements, refusent de compléter des dossiers ou exigent des sommes d’argent qu’aucun texte ne prévoit », déplore Éric, bénévole.

La tradition mahoraise reposant sur l’oralité et la parole donnée, certains Mahorais peinent à prouver qu’ils sont nés Français, et d’autres qu’ils sont propriétaires.

Depuis peu, les mères touchent des allocations familiales (60 euros mensuels pour un enfant, 91 pour deux, 115 pour trois et plus). Un salaire minimum équivalant à 80 % du Smic est en place. Bientôt, 20 000 foyers sans emploi toucheront une aide équivalant au quart du RSA métropolitain. Le gouvernement se donne 25 ans pour hisser l’île au niveau de la métropole.

« Tant que persistera le déséquilibre entre les Comores et Mayotte, le problème de l’immigration se posera », affirme Christophe Venien, délégué du Secours Catholique à Mayotte. En juin dernier, les délégations de Mayotte et de la Réunion se sont rendues en Grande Comore pour renforcer la coopération avec la Caritas de Moroni.

Jacques Duffaut

 

 

 

© Elodie Perriot/Secours Catholique
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