République démocratique du Congo : une population totalement démunie

Publié le 05/08/2013
République démocratique du Congo
 

François Soulage s’est rendu en République démocratique du Congo (RDC) au début du mois de juillet. Dans ce pays déchiré depuis trois ans par les combats entre le mouvement rebelle M23 et l’armée, le président du Secours Catholique fait le constat de l’engagement des Caritas locales et de l’Église catholique pour pallier les défaillances de l’État.

Quelles sont les conséquences du conflit sur les populations ?

Goma a accueilli près d’un million de déplacés, des populations venues des montagnes de l’intérieur du Congo et qui ont fui les groupes armés. La capitale s’est étendue à perte de vue. Ces réfugiés vivent dans une trentaine de camps de tentes, envahissant tous les espaces possibles et coupant les arbres autour pour se chauffer. Ils n’ont aucunes ressources et dépendent du Programme alimentaire mondial (PAM), avec qui la Caritas Goma travaille pour la distribution de nourriture.

Dans les montagnes aux alentours, les prairies sont vertes, les pâturages s’étendent à perte de vue, des vaches paissent… Mais les paysans n’ont plus d’outils, ni tracteurs et attelages de bœufs. Tout a été pris par les groupes armés. Quant au transport des marchandises, il est rendu impossible par des routes quasiment impraticables.

Les réfugiés sont-ils aussi installés dans les montagnes ?

Les villages de montagne sont surpeuplés, comme à Ogaya où 8 000 personnes ont trouvé refuge autour des quelques maisons des habitants. À Bukavu, l’impact est encore plus flagrant : il y a dix ans, cette ville de 200 000 habitants avait l’eau et l’électricité courantes. Aujourd’hui, avec un million de personnes en plus, il y a des coupures d’électricité constantes et quasiment pas d’eau potable.

Comment les Caritas locales aident-elles à l’accès à l’eau ?

Pendant longtemps, les Caritas locales – soutenues par le Secours Catholique – ont investi dans l’amélioration des sources. Cela consistait à les protéger par un socle en béton et un tuyau permettant l’accès à l’eau. Aujourd’hui, nous privilégions la réalisation d’adduction d’eau de source, c’est-à-dire que nous aménageons une arrivée d’eau, partant de la source, jusque dans les villages. Cette technique a de nombreux avantages : une meilleure qualité de l’eau, une facilité d’accès, une régulation du flux d’eau tout au long de l’année, des règles d’hygiène plus facilement applicables…

Pour gérer cet outil hydraulique, les villageois doivent constituer un comité de gestion. Les personnes le composant sont rémunérées par les petites cotisations que versent les usagers. On sort ainsi du système de la gratuité, cela implique les habitants.

Comment amener la population à devenir actrice de son développement ?

Tous les projets que les Caritas réalisent en partenariat avec le Secours Catholique s’inscrivent dans cette volonté. C’est aussi la volonté de l’Église catholique, qui a mis en place des « communautés ecclésiales vivantes » sur tout le territoire. Présentes dans les grandes paroisses, elles sont constituées d’une trentaine de familles avec, systématiquement, un responsable Caritas qui récolte une partie des quêtes pour soutenir les indigents de la communauté. Ce sont tous des bénévoles à qui on propose de prendre des responsabilités.

Est-ce vraiment le rôle de l’Église ?

Il est certain qu’aujourd’hui, l’Église remplace un État défaillant. Sauf qu’elle n’a pas les moyens d’un État qui pourrait lever l’impôt. Pour autant, l’Église en RDC est aujourd’hui un vrai facteur de progrès car ces communautés de bases sont très diverses dans leurs actions.

Enfin, les comités Justice et Paix qui s’investissent dans la défense des droits font un énorme travail. Abus à l’intérieur de la famille, défense des enfants… Je les ai vus partout où je suis allé et avec des résultats : à Bukavu, le Secours Catholique les soutient notamment pour payer des avocats et cela a amené à ce qu’ils changent une loi provinciale pour une meilleure protection des droits des enfants. Mais pour que la société se réorganise, il faut maintenant un vrai retour à la paix.

Sophie Lebrun
© Patrick Delapierre/Secours Catholique
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