Retraites : la pauvreté touche surtout les femmes

Publié le 30/08/2013
France
Retraites : la pauvreté touche surtout les femmes
 

Quelle est la définition d’un retraité modeste ?

Nous avons considéré qu’un retraité modeste était une personne vivant seule avec une pension complète (retraite à taux plein plus complémentaire) de moins de 1 000 euros par mois, sachant que le seuil de pauvreté, selon la définition française, est de 960 euros par mois [964 euros selon l’Insee, soit 60 % du niveau de vie médian, ndlr]. Nous estimons en effet qu’aucune pension ne devrait être au-dessous du Smic net [1 120,43 euros par mois, ndlr]. Pour les retraités vivant en couple, cela concerne les personnes touchant à deux moins de 1 500 euros mensuels.

Que montre votre enquête ?

Premier constat, et ce n’est pas une surprise, les femmes seules représentent la grande majorité des retraités modestes, plus de 75 % d’entre eux ! Notre étude montre également que plus de la moitié des personnes interrogées vivent sous le seuil de pauvreté. Nous avons ciblé particulièrement ces dernières dans notre panel, afin d’en savoir plus sur leurs conditions de vie. Et notre étude démontre que les retraités modestes consacrent près des trois quarts de leur budget au logement, à l’alimentation et à la santé. Cela au détriment des loisirs, de l’habillement ou encore de l’aide et des cadeaux faits à leurs proches.

Pourtant, dans les faits, les retraités les plus pauvres se privent malgré tout sur la nourriture, en évitant par exemple l’achat d’aliments « chers », ce qui peut entraîner des carences alimentaires. Ils limitent également leurs dépenses de santé en exerçant notamment un arbitrage sur leurs complémentaires. L’enquête révèle que les plus basses pensions ont une mutuelle de base. Le coût est minimal, mais la couverture des soins l’est tout autant ! En outre, lorsque les retraités dépassent le seuil des 1 200 euros mensuels de pension, les coûts dépensés dans une complémentaire santé augmentent fortement.

Autre élément interpellant, 81 % des retraités vivant sous le seuil de pauvreté n’ont pas recours à l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa)…

Ce chiffre corrobore d’autres données statistiques, ce qui est inquiétant… Énormément de personnes n’ont pas accès aux droits sociaux qui leur sont dus. Cela s’explique par la complexité du système, ainsi que par le manque d’information des retraités modestes sur leurs droits.

En résumé, quelles sont les priorités selon vous ?

Il faut en premier lieu s’occuper des inégalités entre les sexes. La question des femmes doit être au cœur des négociations. Il est nécessaire de mettre en œuvre des solidarités spécifiques dans les régimes de retraites. Il faut, par exemple, trouver des compensations pour celles qui stoppent leur carrière afin d’élever leurs enfants.

Ensuite, je le répète, la revalorisation des pensions les plus basses est indispensable. Le minimum contributif doit être mis au niveau du Smic mensuel [1]. Enfin il faut améliorer l’information des retraités sur leurs droits.

Propos recueillis par Gautier Demouveaux


Le Secours Catholique soutient les plus âgés

Dans les accueils du Secours Catholique, on constate également une progression de la pauvreté parmi les plus âgés. Ainsi, le pourcentage d’accueil des personnes de plus de 60 ans est passé de 5 % en 2003 à plus de 8 % en 2011. Même modeste, cet accroissement témoigne d’une aggravation de la précarité pour cette population. « En matière de secours, nous intervenons essentiellement pour les aider à régler leur facture énergétique ou encore le paiement de loyers ou de charges », précise Paul Charvet, chargé de mission Personnes âgées au Secours Catholique.

Au-delà de l’aide financière, le Secours s’investit auprès des personnes âgées pour lutter contre leur solitude et leur isolement : au quotidien, bénévoles et animateurs visitent les personnes isolées, les accueillent dans des groupes conviviaux et organisent avec eux des projets culturels.

Dans le cadre du collectif Combattre la solitude des personnes âgées, le Secours Catholique publiera le 25 septembre prochain avec le CREDOC un rapport consacré à l’impact de l’isolement sur la perte d’autonomie des personnes âgées.

Notes:

[1] Le minimum contributif est le montant plancher de la retraite de base. Il garantit un certain revenu à ceux qui ont une retraite à taux plein, mais calculée sur une moyenne de salaires très basse. Il s’élève à 628,99 euros.

© Lionel Charrier Agence Myop/Secours Catholique
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