Rio+20 : « Les problèmes de l’Amazonie aujourd’hui affecteront le monde entier demain »

Publié le 22/06/2012
Pérou
 

Adda Chuecas, directrice du Centre péruvien de recherche anthropologique et pratique d’Amazonie (CAAAP), partenaire du Secours Catholique, s’est rendue à Rio+20 pour évoquer la situation de la gestion des ressources naturelles au Pérou. Elle explique en quoi l’implantation de gros projets hydroélectriques et pétroliers affecte les communautés indigènes d’Amazonie.

Quelle est la problématique des industries extractives au Pérou ?

Ces dernières années, et notamment sous la présidence de Garcia, l’exploitation minière et hydroélectrique en Amazonie a gagné en importance. Aujourd’hui, 82 % du territoire de l’Amazonie péruvienne est démarqué par l’État pour des concessions minières ou hydroélectriques. Cela créé de nombreux conflits sociaux entre le gouvernement et les populations indigènes.

Que réclament les populations indigènes ?

Elles souhaitent être consultées avant que ces mégaprojets ne soient implantés sur leur territoire. La convention 169 des Nations unies, qui prévoit entre autres la consultation des peuples indigènes, a été ratifiée par l’État péruvien il y a quinze ans mais n’est pas respectée. En septembre 2011, une loi de consultation a été votée par le congrès péruvien, un nouvel espoir pour les autochtones. Toutefois, comme la convention de l’ONU, elle n’est pas appliquée. Les conflits sociaux se multiplient donc.

Quels sont les impacts de ces projets sur les populations indigènes d’Amazonie ?

Dernièrement, un projet hydroélectrique a vu le jour au centre de l’Amazonie péruvienne. Son application devrait provoquer le déplacement de 2 900 familles ashaninkas, une communauté indigène. L’intervention de cette dernière auprès de la Cour interaméricaine des droits de l’homme a permis de mener à la suspension du projet. Mais il reprendra un jour ou l’autre. De plus, à la frontière avec le Brésil, un autre projet menace 10 000 personnes. Par ailleurs, la plupart de ces projets sont installés sur des territoires censés être protégés. Plus qu’une perte de leur territoire, l’arrivée de ces projets représente également pour ces populations une perte de leur richesse culturelle et de leurs valeurs, et de fait, de leurs droits à l’identité et à la libre détermination.

Que fait le CAAAP pour venir en aide à ces populations ?

Nous faisons attention à ce que ces communautés aient accès à leurs droits, et nous les accompagnons pour obtenir une reconnaissance de leur identité et la titularisation de leurs territoires. Par ailleurs, une sensibilisation et une formation [sont effectuées] auprès des indigènes afin qu’ils puissent faire des propositions au niveau politique national et international.

Qu’attendez-vous de Rio+20 ?

Cette conférence doit tenir compte de la vision du développement des indigènes, car ils ont beaucoup d’expérience concernant la gestion des ressources naturelles. Par ailleurs, le problème de l’Amazonie doit être abordé de manière plus large, et plus seulement de manière régionale, car c’est le poumon de la planète et ce qu’il se passe aujourd’hui en Amazonie affectera demain le monde entier.

 

Clémence Véran-Richard
crédit : Élodie Perriot/SC
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