Roms : Évacuation d’un bidonville à Évry

Publié le 27/08/2012
Évry
 

La police a procédé lundi 27 août à l’expulsion d’un campement occupé par plus de 70 Roms le long de voies ferrées à Évry, ville dirigée jusqu’en juin par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls. Le Secours Catholique se dit consterné de cette décision prise quelques jours après une réunion à Matignon sur ce sujet.

Chargés de valises, sacs plastiques, bassines, poussettes et accordéons, une quarantaine de Roms, dont plusieurs enfants en bas âge, ont quitté la zone bloquée par les forces de l’ordre, a constaté un journaliste de l’AFP.

Selon le Secours Catholique, 72 personnes, dont 22 familles, avec 11 enfants de 6 à 16 ans et 19 de moins de six ans, vivaient dans des cabanes de fortune depuis quatre mois le long des voies du RER, derrière un hôpital désaffecté.

« La police est arrivée vers 5 heures », a rapporté Lakatos, un Rom de 22 ans en France depuis trois ans, qui vivait dans le campement depuis trois mois.

« Je ne sais pas où aller : peut-être en hôtel, peut-être dans une association », a-t-il poursuivi.

Selon une source policière, l’opération s’est déroulée dans le calme et deux occupants ont accepté d’être pris en charge par les autorités.

Victor Brunier, animateur à la délégation d’Évry du Secours Catholique, était sur place. Selon lui, une seule famille a accepté d’être relogée en hôtel social « car c’est pour une ou deux nuits seulement », précise-t-il. « Ce soir ils dormiront dans un autre bidonville, probablement celui de Bois l’Épine à 3 kilomètres de là », se désole-t-il.

Pour lui cette évacuation suscite incompréhension et consternation. D’autant qu’elle fait suite à un arrêté municipal pris vendredi 24 août, alors qu’une audience devant un juge des référés d’Évry était prévue mardi matin.

Dangerosité supposée du site

C’est le maire socialiste d’Évry, Francis Chouat, ex-adjoint de Manuel Valls, actuel ministre de l’Intérieur, qui a pris cet arrêté.

« Outre l’insalubrité, la dangerosité de ce site, qui se trouve quasiment en surplomb des voies de la ligne D du RER, m’a amené à prendre cet arrêté en accord avec la préfecture », a-t-il affirmé à l’AFP.

Pour Victor Brunier, cette évacuation ne fait au contraire qu’aggraver la situation précaire de ces familles Roms, qui n’ont plus de biens ni d’endroit où aller.

« Je ne comprends pas pourquoi il n’est pas possible de réunir autour d’une table tous les protagonistes, propriétaires, associations, collectivités locales, État français et roumain, pour mettre en place des solutions simples comme celle qui existe à Igny, près de Massy, où la municipalité propose quatre Mobile Home pour des familles Roms », s’interroge-t-il.

Contradiction flagrante avec les promesses

Pour Myriam Argout, chargée de la question Roms au Secours Catholique, même incompréhension et surtout une très grande déception, après la réunion du mercredi 22 août à Matignon, sur ce sujet. « Après l’évacuation de ce matin, on est en contradiction flagrante avec les promesses faites. Il avait notamment été annoncé une concertation préalable avant toute évacuation afin de trouver des solutions de relogement. Ceci n’a pas été respecté », constate-t-elle.

À l’issue d’une réunion interministérielle mercredi à Matignon, le gouvernement a annoncé un assouplissement des conditions d’embauche des Roumains et Bulgares, principales nationalités des Roms.

La France pourrait accueillir 6000 Roms qui veulent travailler, estime Myriam Argout. « Il y a un réel besoin dans un certain nombre de métiers en tension. Mais surtout, il y a besoin de changer le regard sur ces populations stigmatisées.  »

Manuel Valls a annoncé lundi qu’il accompagnerait le ministre délégué aux Affaire européennes, Bernard Cazeneuve, en septembre en Roumanie : « Je veux comprendre pourquoi des politiques d’insertion puissantes ne sont pas menées dans ces pays » en faveur des Roms, alors qu’il s’agit de leurs pays d’origine.

 

(Avec AFP)
©PHOTOPQR/LE PARISIEN/Olivier Corsan/Maxppp
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