Roms : le Secours Catholique dénonce une situation absurde dans l’Essonne

Publié le 08/04/2013
Essonne
 

Alors que la journée du 8 avril met à l’honneur les Roms, la délégation du Secours Catholique de l’Essonne s’indigne d’une nouvelle évacuation d’un campement à Ris-Orangis. Cette dernière remet, entre autres, en cause la scolarisation des enfants que l’association avait finalement obtenue en janvier après une lutte de longue haleine.

Le 3 avril dernier, le campement dit de la RN7 situé sur la commune de Ris-Orangis a été vidé de ses 250 occupants. Cette évacuation a été réalisée en application d’un arrêté municipal motivé par des risques importants de sécurité, selon la préfecture de l’Essonne. Pourtant le bidonville était plutôt bien entretenu, estime la délégation départementale du Secours Catholique, très investie auprès de cette population.

Catastrophe humanitaire

Cette nouvelle évacuation porte à presque 1 200 le nombre de Roms expulsés de leur campement en Essonne depuis le 11 mars. Le Secours Catholique, qui alerte depuis le début de l’année quant à l’accélération de ces démantèlements, déplore la situation, la qualifiant de catastrophe humanitaire. L’association, avec la Croix-Rouge, avait déjà alerté les pouvoirs publics sur le risque que représentent de telles évacuations pour les personnes au vu de la saturation de l’hébergement d’urgence dans le département et en Ile-de-France.

Entraves à la solidarité

En effet, outre les quelques familles hébergées en hôtel pour 3 à 10 nuitées à Pontoise, Aubervilliers ou encore Villepinte, une trentaine de personnes ne se sont vu proposer aucune solution et se sont trouvées à la rue. Les associations ont tenté de répondre à leurs besoins.

Avec un autocar loué, des bénévoles ont véhiculé ces familles roms dans le but de leur trouver une place en hôtel. « C’était sans compter sur les forces de police qui ont bloqué le car entre Massy et l’autoroute A6 afin de savoir où nous les emmenions, raconte un des bénévoles. Nous avions l’interdiction de retourner à Ris-Orangis où nous voulions trouver un hôtel afin que les enfants puissent retourner à l’école le lendemain. » Au final, les familles ont trouvé refuge dans une structure associative en attendant de leur trouver un hébergement.

Dans le même registre, des gendarmes ont encerclé l’église, empêchant les paroissiens de mettre au chaud les enfants au moment de leur évacuation, comme ils l’avaient prévu.

L’évacuation, une absurdité

Le Secours Catholique, avec d’autres associations, avait réussi, après une lutte de longue haleine avec les pouvoirs publics, à obtenir la scolarisation à Ris-Orangis des enfants roms de ce bidonville. « Cela fait maintenant plus d’un mois qu’ils vont à l’école et que cela se passe très bien, témoigne Laurent Lurton, délégué du Secours Catholique de l’Essonne. Leur évacuation ne fait que compliquer leur scolarisation. » En effet, comment ces enfants vont-ils pouvoir continuer à aller à l’école s’ils sont hébergés à plusieurs dizaines de kilomètres de là ?

De plus, la mairie de Ris-Orangis, soutenue par le conseil général, a lancé la création prochaine d’une microstructure et d’un chantier d’insertion pour 12 familles du campement, soit 38 personnes. Une initiative que salue le Secours Catholique qui s’interroge toutefois sur la logique d’évacuer le bidonville avant la mise en place des structures modulaires prévues dans ce projet, d’ici à trois semaines, voire un mois. Le Secours Catholique mettra à disposition des familles concernées deux appartements le temps de l’installation des modulaires.

Le diagnostic social, un alibi pour évacuer

« Préalablement à ce démantèlement et à la demande du préfet de l’Essonne, un diagnostic social avait été établi d’un commun accord entre le maire, le président du conseil général et le préfet », a affirmé la préfecture, ajoutant que ce diagnostic a donné lieu à la création du chantier d’insertion. Une mascarade selon le Secours Catholique. « Les associations n’ont pas été invitées à une réunion d’anticipation et d’organisation de l’évacuation du bidonville. Aucune proposition de relogement n’a été faite. Aucun diagnostic social n’a donc été réalisé en amont comme le préconise la circulaire du 26 août 2012 », dément Laurent Lurton.

En effet, celle-ci stipule que les préfets doivent veiller à faire établir aussi rapidement que possible un diagnostic de la situation de chacune des familles ou personnes isolées et que ce diagnostic doit être préalable à toute expulsion et vise à proposer des solutions d’accompagnement. Or, ces diagnostics ne sont pas effectués ou alors sont utilisés, selon certaines associations, comme alibi pour mieux évacuer les campements, sans respecter les décisions prises lors du diagnostic. L’application de la circulaire du 26 aout 2012 reste donc encore trop insuffisante.

 

Clémence Véran-Richard
© Xavier Schwebel/Secours Catholique
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