Roms : « Les préjugés n’ont jamais été aussi ancrés chez les élus »

Publié le 06/03/2014
France
Roms : « Les préjugés n’ont jamais été aussi ancrés chez les élus »
 

Le Collectif national droits de l’homme Romeurope (CNDH Romeurope), dont le Secours Catholique est membre, a publié mercredi 5 mars un rapport dans lequel il dénonce une situation où les politiques aggravent la stigmatisation des Roms.  Claire Sabah, chargée de projets au département Accueil et droits des étrangers au Secours Catholique, revient sur les conditions de vie de cette population en France.

Vous dénoncez une stigmatisation grandissante des Roms. Pourquoi ?

Depuis les événements de l’été 2010, la parole s’est libérée chez les élus stigmatisant de plus en plus les personnes étiquetées Roms. Malheureusement, le changement de gouvernement n’a rien changé à cet état de fait. Manuel Valls reste dans la lignée de la politique menée par le précédent gouvernement.

La situation des Roms a-t-elle évoluée en terme de logement ?

Non. L’année 2013 est celle qui compte le plus d’évacuations de campements illicites depuis 2010. Et ce, sans qu’il n’y ait de véritables solutions de relogement proposées comme le stipule la circulaire d’aout 2012 relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicite.

Toutefois un plan national de résorption des bidonvilles est actuellement en cours de réflexion au gouvernement. Le bailleur Adoma, anciennement Sonacotra, a été désigné opérateur unique de cette mission pour trois ans. Nous, Secours Catholique, plaidons pour laisser le temps à l’accompagnement des familles afin de trouver des solutions de relogement adaptées, dignes et durables, dans le droit commun, quitte à passer par un aménagement du bidonville.

Pensez-vous qu’ils pourront être relogés dans des villages d’insertion ?

Je ne pense pas, même si cette solution sera sans doute encore utilisée. A mon avis, il ne faut pas que les personnes dites "Roms" soient parquées dans un même endroit. Elles doivent être mélangées à la population. Par ailleurs, Adoma est un bailleur et n’a pas forcément tous les moyens pour accompagner les personnes. Des associations comme la nôtre pourront s’en charger si un partenariat est trouvé.

Dernièrement, les Roms ont-ils accès plus facilement à l’emploi ?

La levée des mesures transitoires au 1er janvier dernier pour les citoyens roumains et bulgares a grandement simplifié l’accès au marché du travail pour les Roms vivant en France, ces derniers étant en majorité originaires de ces deux pays. Ils peuvent désormais demander du travail comme n’importe quel citoyen européen. Nos bénévoles les aident à s’inscrire à Pôle emploi. La seule difficulté est la domiciliation. Les centres communaux d’action sociale (CCAS) ne domicilient pas alors que cela entre dans leur fonction.

Propos recueillis par Clémence Véran-Richard


Romeurope : un rapport annuel qui dénonce la stigmatisation

Depuis 2005, le Collectif national droits de l’homme Romeurope (CNDH Romeurope) publie un rapport annuel sur la situation des habitants des bidonvilles en France. Cette année, le constat est dur : « Malgré le changement de gouvernement, force est de constater avec consternation que la situation des personnes vivant en squats et bidonvilles s’est dégradée : évacuations des lieux de vie, expulsions du territoire… la même politique sécuritaire et coûteuse est conduite. » Et au fil des 17 pages de cette enquête minutieuse et argumentée, le bilan est clair : « Cette politique est inefficace et inhumaine. »

Face à la situation humanitaire dangereuse, le collectif appelle d’abord à la lutte contre la stigmatisation. « Il ne saurait y avoir en République française de place pour des propos, des actions, des politiques ciblant spécifiquement une population appréhendée globalement et assignée à une identité, Rom ou autre. »

C’est surtout l’application du droit commun que demande le CNDH Romeurope : « Que toute action publique soit fondée sur le principe de l’égalité des droits, que les actions d’accompagnement soient fondées sur la situation individuelle et familiale des personnes, que soit conduite une politique globale et cohérente au niveau national qui favorise la solidarité entre les collectivités. » Enfin, il insiste sur des mesures prioritaires, entre autres l’arrêt des distributions collectives d’OQTF sans examen préalable individuel des situations, et la fin des évacuations sans proposition d’hébergement ou de logement adaptée, l’accès effectif à la scolarisation pour les enfants concernés.

Retrouvez le rapport ainsi que les préconisations complètes du CNDH Romeurope sur leur site Internet www.romeurope.org et en version PDF ci-dessous.

Sophie Lebrun
Crédits photos: © Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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