Roms : « Sur le terrain, c’est de plus en plus difficile »

Publié le 02/10/2012
France
Roms : « Sur le terrain, c’est de plus en plus difficile »
 

Le 27 septembre, des habitants de Marseille ont pris l’initiative d’évacuer eux-mêmes un terrain où s’étaient installés des Roms. La ville de Marseille réclame maintenant leur expulsion du parking municipal où ils ont trouvé refuge. Eva Schummer, en charge des migrants au Secours Catholique de Marseille, alerte sur cette politique d’expulsion contre-productive.

Avez-vous été surprise par l’initiative des habitants d’évacuer eux-mêmes un terrain où s’étaient installés des Roms ?

Je n’ai pas été étonnée parce qu’on voit une montée de violence en général, et une hostilité envers les Roms en particulier. Mais c’était quand même très fort. D’après les Roms concernés, les riverains les ont menacés avec des bidons d’essence et peut-être même des armes… Les Roms, eux, sont totalement non violents, ils ont eu peur et sont partis tout de suite d’eux-mêmes. Dimanche, il y a encore eu de vives tensions sur le parking où ils se sont installés. Les voisins leur ont dit : « Partez ou on met le feu. »

La Ligue des droits de l’homme dénonce une « chasse aux Roms », sentez-vous ce climat ?

C’est vrai que les expulsions s’enchaînent. On a assisté à une vraie dégradation de la situation des Roms en deux ans. Certaines familles errent pendant dix jours, sans arriver à s’installer plus d’un jour ou deux au même endroit.

De quoi vivent-ils ?

Ils font la manche, les poubelles, la ferraille. Ils connaissent très bien le système D, ils sont très débrouillards : ils savent par exemple qu’à telle heure les supermarchés jettent la nourriture. Mais, toujours à cause de ces expulsions, ils sont parfois obligés de partir en laissant la nourriture qu’ils avaient récoltée.

Comment travaillent les associations comme le Secours Catholique dans ces conditions ?

On essaie de faire face aux besoins urgents, en donnant des couvertures, des tentes… La plupart des Roms vivent dans une extrême précarité, largement aggravée par ces expulsions. Ils dorment sur les trottoirs, sous des ponts, là où ils peuvent. Quand ils sont expulsés, ils laissent toutes leurs affaires et partent sans rien. La présence des associations auprès d’eux est très importante, ils se sentent soutenus moralement. Mais comment accompagner les gens sur le long terme quand ils sont sans arrêt expulsés ? On perd de vue des familles que l’on suit depuis des mois. Sur le terrain, c’est de plus en plus difficile. Et ça n’a pas l’air de s’arranger.

 

Marina Bellot
© PhotoPQR/La Provence/Thierry Garro/Maxppp
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