Roms : un accès aux soins difficile pour les femmes

Publié le 06/06/2013
France
 

Les populations roms sont beaucoup plus touchées par les maladies infectieuses, les maladies chroniques et les pathologies liées au stress que la population majoritaire. En cause, leurs conditions de vie extrêmement précaires, les expulsions à répétition et le manque de prévention dû à leur situation. Dans le camp de la RN7 à Ris-Orangis, dans l’Essonne, où vivent Adela et sa famille, comme dans les autres bidonvilles de France, la santé ne passe donc souvent qu’au second plan.

Cet après-midi de mai, Adela ne se sent pas bien. Accroupie près d’une large bassine, elle frotte énergétiquement le pantalon de Robert, son fils aîné, et tente désespérément d’en retirer la boue. « C’est très difficile, il faut tout faire à la main, on n’a pas le choix. »

La jeune femme de 26 ans, enceinte de six mois, a déjà nettoyé deux fois le sol de sa baraque depuis ce matin, fait la vaisselle et la lessive. Elle est épuisée et prend quelques minutes pour se reposer.

Il y a quelques jours, elle a eu une phlébite et a été emmenée à l’hôpital par les membres d’associations qui se rendent toutes les semaines sur le camp. Mais, malgré les piqûres que vient lui administrer une ancienne infirmière bénévole, ses jambes la font énormément souffrir. « Si je ne le fais pas, personne ne va le faire à ma place, et il faut que je me dépêche car les enfants ne vont pas tarder à sortir de l’école », dit-elle avec un sourire.

Si elle a vraiment trop mal, elle appellera les pompiers. « Eux, ils viennent tout de suite, heureusement ils ne font pas encore de distinction, ils sont là pour soigner tout le monde. »

Une domiciliation difficile

Adela et sa famille bénéficient de l’aide médicale d’État depuis qu’ils sont domiciliés au centre communal d’action sociale (CCAS) de Viry-Châtillon, soit depuis trois ans déjà. Ce dispositif est destiné aux étrangers en situation irrégulière résidant en France de manière ininterrompue depuis plus de trois mois. Il donne droit à la prise en charge à 100 % des soins médicaux, des hospitalisations, en cas de maladie ou de maternité, et des médicaments, sans avoir à en avancer les frais.

« Cela a été très difficile de l’obtenir, raconte Adela, mais heureusement, on l’a eue. C’est un problème en moins, même s’il faut renouveler la demande tous les ans. » Sa belle-sœur, Codruza, en revanche, n’a pas cette chance, le CCAS de Ris-Orangis ayant refusé de la domicilier.

Selon une étude réalisée en 2009 par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France, les CCAS n’assurent que 17 % des domiciliations franciliennes alors qu’ils sont deux fois plus nombreux que les associations agréées et que cette mission fait bien partie de leurs prérogatives.

Il y a une semaine, Codruza a accouché de son troisième enfant, Roberta, une petite fille très sage, emmaillotée dans une couverture en laine et dormant paisiblement sur le lit de ses parents. Codruza n’a été prise en charge par le service des urgences hospitalières que le jour de son accouchement et a dû subir une césarienne.

Timidement, elle soulève son t-shirt et dévoile la plaie qui traverse son bas-ventre. Elle semble s’être infectée. « J’ai très mal, ça tire quand je m’assois, je ne peux prendre aucun poids, il faudrait que je sois tout le temps allongée mais c’est compliqué avec le bébé et les enfants », raconte-t-elle, les mains au-dessus du poêle dans sa petite cabane de 6 m².

Des grossesses fréquentes, précoces et peu suivies


Sandrine Halfen, socio-démographe à l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France, auteure du rapport « Situation sanitaire et sociale des "Rroms migrants" en Île-de-France », publié en janvier 2012.

D’après une étude réalisée par l’association Médecins du Monde, comme Codruza, neuf femmes roms sur dix ne sont pas suivies pendant leur grossesse, et chez 68 % des patients, les maladies auraient dû être prises en charge plus tôt.

L’état de santé des Roms est ainsi très alarmant, présentant une forte prévalence des maladies chroniques et des maladies infectieuses, telles que la tuberculose.

Cela s’explique en partie par les conditions de vie très précaires dans les bidonvilles : absence d’eau, ou d’eau potable, d’électricité, de toilettes, présence massive d’ordures et de rongeurs, recours à des poêles à bois artisanaux pouvant entraîner des accidents ou des fumées toxiques, mauvaise aération des habitats, humidité, manque global d’hygiène, pollution…

Pour améliorer quelque peu la situation des habitants du camp de la nationale 7 de Ris-Orangis, l’association Pôle d’exploration des ressources urbaines (PEROU) a fait venir plusieurs fois un dératiseur. Des extincteurs ont été installés dans chaque baraque et les fils électriques ont été protégés pour éviter tout risque d’incendie ou d’accident.

Il était également prévu de faire passer une gynécologue accompagnée d’une traductrice roumaine dans chaque baraque pour proposer des consultations aux femmes, qui sont les premières lésées par ces conditions de vie extrêmement difficiles. Les études disponibles montrent en effet qu’elles ont une faible couverture contraceptive, une fréquence plus élevée de recours à des interruptions volontaires de grossesses et une fréquence plus élevée de grossesses chez les mineures.

Malheureusement, l’expulsion du bidonville a eu lieu avant la visite du médecin et les femmes roms concernées ont été éparpillées dans la région. Pour elles, la priorité est à présent de trouver un nouveau lieu de vie, reconstruire une baraque, et chercher de quoi manger. Alors la santé, comme toujours, passe au second plan.

Ces changements précipités ne permettent effectivement pas un suivi médical régulier, une mise à jour des vaccins ni un accès au système de sécurité sociale. Les expulsions éloignent les personnes des associations et du système de soins, et entraînent des ruptures de soins, car à chaque fois, les liens tissés sont rompus et il faut repartir de zéro. Les lieux de vie sont éclatés, moins visibles, et plus difficiles d’accès. Impossible dans ces conditions de mettre en place une prévention efficace des épidémies, pourtant indispensable.

 


Le webdocumentaire La Valse des Roms

Daniela, Dragomir, Adela, Georges et bien d’autres Roms vous feront partager leur vie dans le webdocumentaire La Valse des Roms, qui sortira le 19 juin. Dans cette production réalisée par Média Solidaire en partenariat avec le Secours Catholique, ces témoins éclaireront les conditions de vie des Roms, mais aussi les désirs et les espoirs de cette population qui ne demande qu’à s’intégrer.

Retrouvez chaque semaine sur le site du Secours Catholique un extrait de La Valse des Roms en exclusivité. Vous pouvez aussi suivre l’évolution de la réalisation grâce à son compte Twitter et sa page Facebook.

Concepcion Alvarez, Matthieu Cotinat et Gautier Demouveaux
© Matthieu Cotinat/Secours Catholique
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