Roumanie : « L’achat de nourriture passe après les factures »

Publié le 13/10/2014
Roumanie
 

Directrice exécutive de la Caritas Roumanie, Doina Crângașu témoigne des difficultés de son pays en matière d’accès à la nourriture, à la santé, à l’emploi… et des solutions mises en place par son organisation pour y remédier.

Quelles sont les populations touchées par les problèmes d’accès à l’alimentation en Roumanie ?

46 % de la population roumaine vit sous le seuil de pauvreté donc l’accès à l’alimentation est un vrai problème. Mais les plus touchés restent les enfants et les personnes âgées. Selon un rapport de l’Unicef publié il y a deux ans, le régime alimentaire des plus jeunes ne couvre pas leurs besoins nutritionnels : ils manquent de légumes, de fruits ou de viande fraîche. Pour les retraités, c’est la même chose : beaucoup ne disposent aujourd’hui que de petites pensions. L’achat de nourriture passe donc après les factures de médicaments et les dépenses courantes.

La crise économique a-t-elle amplifié ce phénomène ?

Oui. Depuis 2010, de plus en plus de personnes frappent à notre porte. Mais elle engendre d’autres problèmes : beaucoup de Roumains préfèrent partir travailler à l’étranger où ils sont mieux payés. Mais ni ces immigrants, ni le gouvernement n’ont anticipé les conséquences sociales de cet exil : les enfants restés seuls avec les grands-parents, les villages qui se vident…

Quelles actions avez-vous mis en place pour lutter contre ces problèmes ?

Nous aidons les travailleurs à créer leurs propres revenus en Roumanie : nous formons des adultes aux métiers des services à la personne, nous aidons les agriculteurs à vendre leurs productions sur les marchés et sur Internet… La Caritas Roumanie dispose également d’hôpitaux et d’hospices, gère des banques alimentaires et des distributions de nourriture, administre des services à domicile pour les personnes âgées. Ce ne sont pas des actions très innovantes mais elles correspondent à des besoins pressants en Roumanie.

Quels freins à l’amélioration des services sociaux rencontrez-vous ?

Notre action locale dépend des subventions attribuées par chaque région. Certaines collectivités manquent d’argent, d’autres de volonté politique. Au niveau national, nous connaissons une grande instabilité politique : le ministre du Travail et de l’Action sociale a ainsi changé 8 fois en deux ans. Difficile dans ces conditions d’avoir un dialogue constructif !

Les Roms représentent une importante minorité en Roumanie. Disposez-vous de programmes spécifiques à leur égard ?

Les Roms bénéficient de nos programmes mais nous ne développons pas d’initiative spécifique pour ces populations car leurs besoins ne sont pas spécifiques : ils sont ceux des communautés dans lesquelles ils vivent. Nous essayons d’éviter toute discrimination, positive comme négative.

Quels défis voyez-vous pour l’avenir ?

La Roumanie appartient désormais à l’Union européenne. Elle bénéficie encore de subventions étrangères mais elle doit s’en affranchir et devenir un partenaire. Cela prendra probablement des années mais nous n’abandonnerons pas !

Anaëlle Penche
Crédits photos: © Gaël Kerbaol/Secours Catholique
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