Ruralité : une écoute à domicile

Publié le 02/10/2017
Ardennes
Ruralité : une écoute à domicile
 

Dans les Ardennes, des équipes de bénévoles rendent visite aux personnes en difficulté financière, souvent isolées, en marge de la société. Elles leur apportent aide, écoute et attention. Reportage en Thiérache.

C’est un décor de campagne, entre champs ocres, forêts verdoyantes et petits villages. La “grande ville”, Charleville-Mézières, est à plus de trente minutes de route.

Plusieurs fois par semaine, Françoise Massart, bénévole au Secours Catholique, se rend en voiture chez des personnes en difficulté, souvent signalées par les travailleurs sociaux.

Ce mardi, elle prend la direction d’Estrebay. Actuellement sans emploi après avoir enchaîné plusieurs dizaines de CDD, Gilles, 57 ans, touche le RSA, « tout juste de quoi survivre ».

Propriétaire d’une ancienne grange qu’il s’était promis de retaper, il accumule les impayés.

 

Je suis pris au piège par le manque d’argent, je suis coincé ici !

Gilles

Reclus chez lui, de honte, il n’ouvre plus les volets. Il vient de recevoir une aide du Secours Catholique pour réparer sa cheminée et pouvoir se chauffer.

« Je suis pris au piège par le manque d’argent, je suis coincé ici ! déclare-t-il. Je ne peux même plus prendre la voiture pour aller en ville voir des gens. »

Comme l’explique Houria Miraucourt, animatrice au Secours Catholique dans les Ardennes, « ces zones rurales sont des zones blanches, éloignées de tout, où les pouvoirs publics et même nos partenaires associatifs sont peu présents ».

« Les personnes n’ont parfois plus la possibilité de se déplacer et ce manque de mobilité accroît leur précarité », observe Houria.

C’est pourquoi l’association va vers ces personnes et leur apporte une aide pour le paiement des factures, du loyer, de l’assurance ou de l’essence : « C’est toujours ça de gagné pour résoudre de petits problèmes qui paralysent les personnes dans ce qu’elles doivent entreprendre. »

 

L'aide financière permet d'ouvrir la porte pour aller plus loin, pour apporter de la chaleur humaine.

Françoise, bénévole

C’est la quatrième fois que Françoise rend visite à Gilles. Pendant près de deux heures, elle l’écoute et le conseille. Une véritable relation s’est instaurée.

« Être coupé du monde, ça joue sur mon moral, lui dit Gilles. Heureusement, j’ai vos visites et vos appels ! »

« L’aide financière permet d’ouvrir la porte pour aller plus loin, explique Françoise, c’est un support pour apporter de la chaleur humaine. La précarité n’existe pas seulement dans le porte-monnaie, mais aussi dans le fait que ces personnes n’ont pas reçu d’amour et d’éducation. Le fait de s’exprimer avec nous leur fait prendre conscience qu’elles ne sont pas seules. »

Se laisser accueillir      

Cap sur Maubert-Fontaine, où Françoise a rendez-vous avec Brigitte et Didier, sans emploi et parents à eux deux de six enfants, dont deux sont actuellement placés.

Pour eux, impossible de ne pas avoir de voiture : il faut régulièrement aller chercher les enfants à Charleville. Ils ont donc acheté une 806 d’occasion, mais la facture de remise en état est trop élevée (1 225 euros) pour leurs possibilités.

Françoise leur fait une proposition : le Secours Catholique règlera la moitié de la somme et le financement de l’autre moitié se fera sous la forme d’une avance remboursable sur six mois ou un an.

 

Faire entrer le Secours Catholique chez elles conforte leur sentiment d’existence. 

Houria, animatrice

Autour de la table, la bénévole joue avec le petit de 2 ans et demi et s’intéresse au quotidien de la famille. « Françoise, c’est un peu une Mamie pour nous, d’autant que je n’ai plus mes parents, confie Brigitte. Le Secours Catholique est à notre écoute. »

« Le fait de savoir qu’elles existent pour quelqu’un donne aux personnes qu’on visite de l’énergie pour affronter leurs difficultés, explique Houria Miraucourt. Faire entrer le Secours Catholique chez elles conforte leur sentiment d’existence. »

« Ce sont elles qui nous accueillent chez elles et non l’inverse, observe à son tour Françoise. Ainsi, on est au cœur de leur vie, en contact réel et vrai. »

Il est déjà l’heure de se quitter. Françoise remercie ses hôtes. « C’est moi qui vous remercie, répond Brigitte. À bientôt. »

Cécile Leclerc-Laurent
Crédits photos : ©Steven Wassenaar / Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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