Rwanda : sur le chemin de l’unité

Publié le 02/06/2014
Rwanda
Rwanda : sur le chemin de l’unité
 

L’onde de choc provoquée en 1994 par le génocide rwandais a profondément marqué le pays et la région. Aujourd’hui, malgré les traumatismes, renaît l’espoir de se réconcilier.

Comment un pays comme le Rwanda peut-il se reconstruire ? Comment vivre côte à côte avec les personnes qui ont tué les vôtres ? Comment vivre avec ceux qui vous rappellent chaque jour votre honte, votre culpabilité d’avoir été l’un de ceux qui ont participé à l’extermination planifiée de 800 000 de vos compatriotes, de vos frères ?

Vingt ans se sont écoulés depuis les tragiques 100 jours du printemps 1994, quand le pays a basculé dans le sang et dans l’horreur. Le Rwanda se relève, se reconstruit, se développe. En 1996, le gouvernement au pouvoir a lancé un vaste programme de réconciliation nationale. Cette politique a fait revenir d’exil des centaines de milliers de Hutus, prêts à être jugés par des tribunaux locaux (“gacacas”), emprisonnés plusieurs années puis libérés pour rejoindre leurs familles et leurs champs.

Les gacacas ont eu essentiellement à juger les exécutants du génocide. Le procès des commanditaires a été “dépaysé” en Tanzanie, à Arusha, et mené par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) jusqu’en 2010. La majorité des criminels ont été condamnés à de la prison, mais à aucune réparation. Certains d’entre eux vivent encore dans les forêts de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et constituent l’une des sources d’insécurité dans la région.

Reconstruire le tissu social

Grâce à son réseau, l’Église catholique rwandaise a pris la mesure de l’urgence de reconstruire le tissu social. Les services d’Église comme Caritas Rwanda ou les commissions diocésaines Justice et paix (CDJP) ou encore l’association Ibakwe ont mis en œuvre des programmes – plusieurs d’entre eux étant financés par le Secours Catholique – qui visent à rapprocher les familles, les voisins, les personnes âgées ou isolées.

Tous ces programmes ont fait surgir des associations composées de prisonniers libérés et de victimes, d’autres d’enfants apprenant les valeurs de paix, d’amitié et d’entraide entre générations. D’autres encore sont formées de couples en difficulté venant chercher des conseils pour pacifier leur foyer.

L’Église catholique porte le même message de paix au-delà des frontières. Les évêques de Bujumbura (Burundi), de Bukavu (RDC) et de Cyangugu (extrême sud-ouest du Rwanda) ont décidé de rassembler leurs paroissiens pour qu’ils apprennent à se connaître.

« Tous les trois mois, indique Léonard, Rwandais de 28 ans, des jeunes rwandais, congolais et burundais passent un week-end ensemble. Le but est de réparer la déchirure causée par la guerre. Avant, les Congolais pensaient que nous étions tous des génocidaires. » Son amie Josiane, 25 ans, ajoute : « Il y a vingt ans, les jeunes ont été beaucoup plus impliqués dans le génocide que les autres générations. Nous avons l’option de ne pas faire comme eux. »

Les échanges ont commencé en 2010 : matchs de football entre prêtres des trois diocèses limitrophes, messes transfrontalières, réunions de travail portant sur le climat de suspicion et de méfiance dans cette région des Grands Lacs. Le 1er octobre 2013, 5 000 chrétiens de Bukavu ont passé la frontière pour prier dans la cathédrale de Cyangugu avec les Rwandais. Sur le plan économique, les épiscopats ont encouragé des femmes commerçantes à se rencontrer et à faire des affaires ensemble. Ce projet débuté en octobre 2013 a reçu un accueil très favorable, non seulement de la part de ces femmes, qui sont de plus en plus nombreuses, mais aussi des autorités locales de chaque pays.

Faire pression sur les autorités actuelles

Toutefois la paix reste encore à faire en RDC. L’État, jusqu’ici impuissant à neutraliser les bandes de brigands qui pillent son sous-sol, donne quelques signes indiquant la volonté de rétablir son autorité. Des hommes courageux, comme Mgr Maroy, archevêque de Bukavu (dont le prédécesseur a été assassiné), n’hésitent pas à faire pression sur Kinshasa en démarchant les puissances européennes au sujet des crimes perpétrés. Pression aussi de la Conférence des évêques de RDC qui entend installer des observateurs auprès du parlement congolais pour surveiller, voire inspirer, sa politique.

Pardonner, au Rwanda ? Le processus est en marche. Pardonner, en RDC ? L’archevêque de Bukavu est optimiste : « Le pardon est dans la paume de la main du Congolais, dit-il. Je suis optimiste parce que les choses peuvent changer. Grâce à l’Église catholique d’Europe, nos problèmes sont audibles. Vous, Occidentaux, commencez enfin à vous interroger. »

Jacques Duffaut
© Elodie Perriot/Secours Catholique
Écolière Haïtienne souriante dans sa classe
Plus d'informations
Solidarité internationale et développement
# sur le même thème