Sahel : des ONG engagées dans la lutte contre la faim

Publié le 04/06/2012
Sahel
 

À l’initiative du Secours Catholique, une conférence sur l’insécurité alimentaire au Sahel avait lieu, dimanche 3 juin, au Salon des solidarités, porte de Versailles.

Participant et coorganisateur du 4e Salon des solidarités, qui se tenait du 1er au 3 juin à la porte de Versailles, le Secours Catholique n’a pas oublié son actualité. La crise au Sahel, en effet, mobilise depuis plusieurs mois les services d’urgence du réseau international Caritas. Au même titre que d’autres ONG, comme Action contre la faim (ACF) ou la Croix-Rouge française (CRF). Le Secours Catholique a jugé tout indiqué de réunir ces humanitaires qui agissent dans les pays du Sahel et d’entendre leurs analyses.

Y participaient le P Isidore Ouédraogo, secrétaire national exécutif d’OCADES, la Caritas du Burkina Faso ; Anne-Lyse Coutin, spécialiste des questions de « sécurité alimentaire » et « moyens d’existence » à ACF ; et Sendy Veerabarden, responsable du bureau « eau, assainissement et sécurité alimentaire » à la CRF. Le débat était animé par Christian Troubé, ancien journaliste et fondateur de l’agence Rue Principale.

Réchauffement climatique

La région du Sahel souffre de malnutrition chronique. Les causes en sont bien connues : invasion de criquets, conflits qui entraînent des déplacements de populations, politiques mal appliquées ou absence de politique sociale, exode rural, dysfonctionnement des marchés… Mais c’est au changement climatique qu’on impute les maux récents.

Le P Ouédraogo se souvient des zones de jeux de son enfance où il y avait de l’eau et des marécages. Ces endroits sont devenus des déserts : « Le changement s’est opéré en quelques années, principalement dans les années 1990, se souvient-il. Et puis récemment des pluies torrentielles ont occasionné des inondations. Il faut remonter au début du 20e siècle pour retrouver des inondations pareilles. »

Anne-Lyse Coutin constate qu’il y a une accélération d’alternances sécheresse/pluies et que ce phénomène fragilise encore plus les agriculteurs, qui n’ont pas le temps de récupérer. Sendy Veerabarden ajoute qu’avec la coupe du bois de chauffe, les sols sont érodés, ce qui amplifie l’impact du réchauffement climatique.

Malnutrition chronique

Depuis dix ans, 300 000 enfants sont chaque année menacés de mort. Or, les avancées technologiques nous permettent de prévoir cette menace. Les satellites nous envoient en continu l’état de la biomasse, couverture végétale qui s’estompe et qui colore d’ocre cette bande de terre entre tropique du Cancer et équateur. Que faire pour enrayer ce processus ?

Quelques progrès sont à noter : depuis dix ans, des produits nutritionnels thérapeutiques sont disponibles sur le terrain pour parer à la dénutrition des enfants. Pour améliorer l’économie locale, ces aliments d’urgence sont produits là où se trouvent les cas les plus sévères de malnutrition.

Accompagnement

Les ONG privilégient les conseils aux populations et travaillent directement avec elles. La Caritas burkinabé promeut une gestion rationnelle de l’eau et incite les petits agriculteurs à diversifier leurs cultures. « Plutôt que de tout miser sur les céréales, explique le P Ouédraogo, nous favorisons la culture de légumes et de légumineuses pour équilibrer l’alimentation. » ACF intervient également pour que les productions agricoles soient mieux conservées. Les greniers rustiques accusent en effet des déperditions importantes.

« La production agricole au Sahel est mauvaise, fait remarquer Sendy Veerabarden, elle n’a pas augmenté ces dernières années. Et la population dépense entre 60 et 70 % de ses revenus sur les marchés locaux pour se nourrir. »

Anticiper

Le P Ouédraogo déplore qu’il n’y ait pas au Sahel de politique de soutien à la production agricole. « Ce sont les petits producteurs qui nourrissent la région. » La question se pose de savoir qui nourrira ces personnes quand, faute de pouvoir survivre à la campagne, elles se seront installées dans les villes.

Les trois ONG portent leurs efforts sur une amélioration des revenus des petits producteurs agricoles. L’OCADES promeut des groupements de femmes et les cautions solidaires. La Croix-Rouge insuffle une économie d’échelle pour réduire les coûts de production et de vente. Elle veut aussi favoriser l’accès à l’information des marchés pour que les petits producteurs soient plus forts lors des négociations.

L’ancrage du réseau Caritas sur les territoires est un atout majeur pour adapter les moyens aux fins. « Nous allons jusque dans les villages et nos actions ciblent les personnes les plus faibles, révèle le P Ouédraogo. Ainsi, nous pouvons concentrer notre travail autour d’un puits, planter un potager, cueillir les légumes, les vendre et acheter de la nourriture, des habits, payer la scolarité des enfants. Cela change la vie du village. Nous travaillons dans la durée. »

Les humanitaires de la Croix-Rouge et d’ACF travaillent également dans la durée et sont soutenus par leur réseau international. Comme Caritas, elles jouent un rôle de veille et de conseil qui leur permet d’interpeller les pouvoirs publics, avec lesquels elles nouent parfois des partenariats.

Jacques Duffaut
crédit : Jacques Duffaut/SC
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