Saint-Malo : la péniche d’insertion au Trophée des associations

Publié le 02/05/2014
Saint-Malo
 

À Saint-Malo, un groupe d’amoureux de la mer travaille à la construction d’une péniche. Le chantier, soutenu par le Secours Catholique, accueille des personnes en difficulté et participe au Trophée des associations de la Fondation EDF. Reportage réalisé lors des premiers pas de cette association qui sollicite aujourd’hui le soutien des internautes.

C’est l’histoire d’une bande de passionnés embarquée dans une aventure un peu folle : la construction d’une péniche solidaire et écologique de 13,70 m, destinée à voguer sur les canaux de France et d’Europe. Le chantier a commencé début mars 2013. « Au départ on n’y croyait pas, ça paraissait énorme, raconte Étienne, ancien ingénieur en énergie. Il a fallu les compétences de Georges pour en arriver là. »

Georges, 64 ans et l’énergie d’un jeune homme, est à l’origine de ce rêve de gosse devenu réalité. « J’aime la mer depuis tout petit. Dès l’âge de 15 ans, je me suis mis en tête de construire mon propre bateau, comme mon père l’avait fait », raconte cet ancien ingénieur des chantiers navals, qui durant toute sa carrière a supervisé la construction de thoniers, bateaux divers et paquebots.

Un chantier solidaire

Et comme l’homme a non seulement le virus de la mer mais aussi la fibre sociale, il a décidé que le chantier de la péniche serait “solidaire”. Entendez par là qu’il accueillera des personnes isolées ou en difficulté, qui auraient envie d’acquérir ou de perfectionner un savoir-faire au sein d’une équipe de bénévoles.

Ce projet, Georges y a travaillé durant deux ans avant la construction du bateau. « Cela paraît long, mais il y avait énormément à faire. » Il fallait d’abord constituer une équipe de passionnés prêts à s’engager pour que le bateau voie le jour. Georges part donc à la pêche aux bonnes volontés, débusque les aventureux qui s’ignorent, suscite les vocations. À force de conviction, il rassemble peu à peu tout un petit monde, simples connaissances ou bons amis, à qui il ne fait qu’une promesse : tous ceux qui participeront à la construction de la péniche, par leur temps ou leur aide financière, auront le droit d’y naviguer à tour de rôle.

Résultat, ils sont une quinzaine de bénévoles à se relayer sur le chantier, et 12 à avoir accepté de financer cette péniche atypique. Parmi eux, Pierre, ancien notaire, qui a été « recruté » par Georges à la fin d’un office religieux : « J’ai épousé la cause », dit-il. Celle-ci l’a séduit au point qu’il a bravé les réticences de sa femme et déboursé 6 000 euros, ce qui fait de lui l’un des heureux copropriétaires de la péniche.

Georges a également gagné un autre soutien, sans faille et de taille : « Le Secours Catholique nous encourage depuis le début. Puis en octobre dernier, le responsable de la délégation de Rennes a décidé de nous accompagner financièrement. En échange, nous mettrons la péniche à la disposition des bénévoles et des personnes en difficulté trois semaines par an pendant six ans », explique-t-il.

Une joyeuse troupe

Dans l’atelier, à quelques encablures de la mer et des remparts qui entourent le vieux Saint-Malo, Georges donne des précisions techniques : « Nous utilisons des matériaux innovants, légers et résistants, comme l’époxy pour la coque, qui est plus facile à manier que l’aluminium. » Sous son regard professionnel et bienveillant, une joyeuse troupe de volontaires se relaie à poncer, scier, coller.

« On est tous soudés autour du projet, entre le plaisir de faire et la dimension sociale », résume Patrick, l’un des bénévoles, pas bricoleur pour un sou mais heureux d’apporter « sa bonne volonté et ses bras ». Yvon, ancien mécanicien dans la marine, prenait les plaisanciers pour « des rigolos », avoue-t-il. On ne l’y reprendra plus : « Découvrir ce chantier m’a donné une tout autre vision des choses, c’est une expérience très enrichissante », dit-il, fier aujourd’hui de faire partie de l’équipe.

Quant à Gaby et Jean-Pierre, tous deux anciens animateurs sociaux devenus naturellement « motivateurs en chef » de la bande, ils attendent de pied ferme l’arrivée des “Tig” – prononcez “tiges” –, des personnes condamnées à des travaux d’intérêt général qui viendront bientôt apporter leur contribution à l’édifice.

Marcel, mascotte du groupe

« C’est cette dimension sociale qui m’a attiré, explique Étienne. Je n’avais jamais côtoyé quelqu’un qui a vécu ce qu’a vécu Marcel. » Impossible ici de ne pas entendre parler de Marcel. S’activant d’un bout à l’autre de l’atelier, maniant la ponceuse aussi bien que l’ordinateur avec l’air appliqué du perfectionniste, il est devenu en quelques semaines la mascotte du groupe.

Marcel a connu les affres de la rue dans les années 80. Il y a quelques mois, après une séparation qui aurait pu le faire replonger, il débarque à Saint-Malo « sans rien dans les poches » mais avec la ferme intention de se construire une nouvelle vie dans cette cité entourée par la mer. Il rencontre Georges, s’enthousiasme pour le projet et propose ses services de technicien polyvalent. « J’ai été accueilli à bras ouverts », raconte-t-il.

Depuis, l’ancien SDF a trouvé un emploi de mécanicien, mais ne laisse pas s’écouler un jour sans venir donner un coup de main à ceux qui sont devenus ses amis. Sur le chantier, on voit souvent aussi Daniel, qui lui non plus ne s’économise pas. À 54 ans, celui que tout le monde appelle « le Captain » souffre pourtant d’une dégénérescence du cervelet, une maladie orpheline qui lui fait perdre peu à peu l’équilibre, la vue, l’usage de la parole.

Daniel, qui a travaillé pendant vingt ans comme capitaine sur de nombreux bateaux de plaisance, a possédé quatre voiliers, construit un bateau et fait le tour du monde avec son père. Quand il a entendu parler du projet, il n’a pas résisté à l’envie d’y participer. Et s’il se déplace aujourd’hui en fauteuil roulant, il parvient encore à se lever pour se rendre utile. « Tant que mon état le permettra, je viendrai », assure le Captain. « C’est très important pour son moral », confirme Dannie, sa compagne.

« La mise à l’eau est prévue pour l’été 2015 », précise Georges, qui s’y voit déjà : « La péniche sera à propulsion électrique et très silencieuse, ce qui permettra d’approcher la faune de très près… Et on pourra s’entendre ! »


Pour soutenir l’association en compétition pour le Trophée des Associations de la Fondation EDF, votez en ligne.

Pour rejoindre La péniche de Saint-Malo, proposez-vous en ligne ou contacter l’association : 37 Avenue Aristide BRIAND 35400 Saint-Malo peniche35.free.fr

 
Marina Bellot
© Patrick Delapierre/Secours Catholique
Deux mamies sourient bras-dessus bras-dessous
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