Sans-abri : 251 morts ces six derniers mois

Publié le 24/06/2013
France
 

Une cérémonie sobre et émouvante rendait hommage, mardi 18 juin, place Stalingrad à Paris, aux personnes mortes à la rue. Une commémoration à laquelle le Secours Catholique s’est associé.

Deux fois par an, le Collectif des morts de la rue, dont le Secours Catholique est membre, organise une cérémonie en hommage aux hommes, aux femmes et aux enfants morts dans la rue. En décembre dernier, le Collectif en avait recensé 202.

Mardi 18 juin, à 19 heures, place Stalingrad dans le 19e arrondissement de Paris, ce ne sont pas moins de 251 silhouettes en carton qui incarnaient ceux et celles qui sont morts ces six derniers mois faute de logement.

Deux à trois cents personnes faisaient cercle autour des effigies de carton, chacune étiquetée d’un prénom, d’un nom (s’ils étaient connus), d’un âge, de la date et du lieu du décès. Sur les T-shirts jaunes des bénévoles était inscrit : « Vivre à la rue tue ».

Au micro, sur une estrade, des membres du Collectif ou des personnes sans logement se relayaient pour décliner l’identité de chaque mort : « Un homme, 36 ans, 8 décembre 2012, Angers (vivait au Mans). Pierre Masson, 46 ans, 9 décembre 2012, l’hôpital de Marines. Un homme, 40 ans, 10 décembre 2012, Marseille. »

Simultanément, des bénévoles couchaient les effigies au sol, une à une, déposant une rose sur chacune d’elle, comme sur une tombe. Un accordéon jouait quelques mesures d’une marche funèbre et l’énonciation de la longue liste reprenait au micro : « Un homme non identifié, 50 à 60 ans, le 27 octobre 2012, près de la gare de Lyon à Paris 12e. Laurent, 47 ans, 12 décembre 2012, Élancourt. Maryse, 63 ans, 17 janvier, Nanterre. Andrei, 2 ans, 13 décembre 2012, Lille. »

Oui, 2 ans, vous avez bien lu. Un autre garçon, de 12 ans, figure parmi les victimes. De nombreuses femmes aussi. Vivre à la rue ne concerne pas seulement les hommes dont l’espérance de vie ne dépasse pas 51 ans.

Une prochaine loi

« La mort à la rue n’est pas une sanction pénale prévue par la loi », explique Victoire Le Cœur, coresponsable du département De la rue au logement au Secours Catholique. En effet, pourquoi ce châtiment pour des personnes dont le tort est de ne pas avoir les moyens de se loger ?

« La loi Duflot (ndlr, qui sera présentée devant le Conseil des ministres le 26 juin) veut améliorer le sort des personnes à la rue, poursuit Victoire Le Cœur. Il y a des avancées mais la situation des sans-abri ne change pas. La loi de 2007 sur le droit au logement opposable est mal appliquée. Les réquisitions promises par la ministre ne se font pas. Les centres d’hébergement ferment discrètement et les expulsions se poursuivent. On continue à programmer des morts pour demain. »

 

Jacques Duffaut
© Élodie Perriot/Secours Catholique
Logement
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