Sans-abri : Adel aux mains agiles

Publié le 03/06/2013
France
 

Pour Adel (1), sans-abri d’origine tunisienne, la sculpture est un moyen de rendre un peu de ce qu’il reçoit.

Les doigts habiles d’Adel façonnent le bloc d’argile. À force de caresser, d’étirer, couper, pétrir, la sculpture prend forme. Le simple cube d’origine laisse place à un homme. Il dissimule son visage, la tête posée sur ses genoux et enserrant ces derniers de ses bras, dans une attitude fermée au reste du monde. « C’est un penseur, précise Adel. Il est triste. Comme moi aujourd’hui. »

« L’expression artistique participe à la réinsertion des sans-abri. »

Adel est tunisien. Il vit en France depuis plusieurs années, sans emploi et sans logement. L’accueil de jour du Secours Catholique sur le boulevard de l’Hôpital, dans le 5e arrondissement de Paris, est son refuge du lundi après-midi et du mardi matin. Au départ, il venait pour le petit déjeuner que proposent les bénévoles tous les matins. Mais depuis un an, il fait essentiellement le déplacement pour “l’atelier Terre”. Animé par deux bénévoles, c’est un espace où les sans-abri, comme lui, peuvent s’exprimer à travers la sculpture. « Les personnes qui passent à l’atelier trouvent un repère, un fil conducteur dans leur semaine », explique Chantal, bénévole responsable de l’atelier, historienne d’art et plasticienne. « L’expression artistique participe de ce fait, à sa manière et à sa petite échelle, à la réinsertion des sans-abri. »

« L’art c’est sacré »

« Je sais que ce n’est pas en sculptant que je vais sortir de la galère », lance Adel comme s’il défiait son interlocuteur de dire le contraire. « Mais ça fait passer le temps. C’est un peu comme si on vidait son sac. L’art, c’est sacré. Il me soulage. » Âgé d’une quarantaine d’années, il parle sans quitter des yeux ni des mains sa sculpture. Son visage est sérieux. Presque grave. Il cherche la perfection. Envisage de détruire son ouvrage, se ravise, ajoute quelques détails, semble satisfait, et même surpris par la beauté de sa sculpture.

L’art, un don de soi

Les œuvres des participants à “l’atelier Terre” sont régulièrement exposées dans des lieux publics. La dernière exposition a eu lieu du 4 au 25 avril dans un local du Secours Catholique. Les artistes ont pu y vendre leurs sculptures et ainsi gagner un peu d’argent, de quoi subvenir à leurs besoins pendant quelque temps. Adel, lui, refuse de les vendre. « Mes sculptures sont comme mes bébés. Il y a trop d’investissement de soi dedans », affirme-t-il. Par ailleurs, le Tunisien estime qu’à travers l’art on donne, on transmet quelque chose à autrui. « Depuis que je vis en France, je vis de la solidarité. Je ne fais que recevoir alors que dans mon pays, c’était moi qui venais en aide aux autres », regrette-t-il. Avant la satisfaction et la fierté, Adel recherche dans la sculpture l’opportunité d’être maître de ce qu’il fait et de retrouver pour un moment le statut de celui qui donne.

Notes:

[1] Le prénom a été modifié

Clémence Véran-Richard
© Elodie Perriot/Secours Catholique
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