« Sans dialogue, la famille se réduit à une peau de chagrin »

Publié le 06/01/2014
France
« Sans dialogue, la famille se réduit à une peau de chagrin »
 

Anthropologue et directrice d’Artefa, Maria Maïlat s’intéresse aux interactions entre les institutions (collectivités territoriales, milieu médical, associations…) et la société civile. En partenariat avec le Secours Catholique, elle a accompagné l’association pour revisiter les notions d’autorité parentale, d’éducation et d’intervention concernant les enfants.

Comment contrer la reproduction de la pauvreté au sein des familles ?

Je parle de “généalogie de la pauvreté” pour déconstruire des systèmes de pensée qui renforcent les inégalités et vont jusqu’à les rendre “naturelles”. Comme si les situations de pauvreté n’étaient dues qu’à la famille, à la mauvaise foi et à l’oisiveté nichées dans les individus. Il faut faire en sorte que l’enfant accède à une socialisation dans des institutions – comme l’école ou les associations – où il constate que ses parents sont respectés, que leur fonction de parent n’est pas sans cesse réduite à leur pauvreté ou à des “carences éducatives”.

La parentalité n’est ni une pathologie ni une compétence innée ; elle se construit en fonction du regard de la société, du partage des expériences et de l’échange. Sans parole et sans dignité, les parents risquent de ne pas avoir accès à la responsabilité. En tant que parent, il faut s’autoriser à poser des questions et à formuler des réponses pour parvenir à répondre de son enfant. Sans dialogue, sans conversation et sans réciprocité entre adultes à l’extérieur, la famille se réduit à une peau de chagrin.

Sur quels liens l’enfant va-t-il pouvoir s’appuyer pour s’extraire d’un parcours de pauvreté ?

Qu’on le veuille ou non, la filiation des enfants se fonde sur leurs parents. La filiation nous rend ontologiquement égaux : chacun est inscrit dans le monde comme “fils de...” ou “fille de...”. Par la suite, différents types de liens vont se déployer hors de la famille. Ces liens d’affiliation et d’éducation, affectifs et sociaux, permettent à l’enfant d’installer sa liberté de choix et le respect des autres.

Ainsi s’instaurent des liens verticaux qui permettent une transmission depuis l’instituteur ou d’autres adultes jusqu’à l’enfant. Il y a des liens complexes entre frères et sœurs. Et des liens vitaux qui composent la trame de l’amitié, de l’amour et du devenir autre. Cette altérité, l’enfant la découvre dans la société et cela l’aide à grandir et à prendre de l’autonomie par rapport à sa famille.

Il faut amener l’enfant à se poser la question suivante : « Avec tout ce que j’ai reçu de mes parents et de mes rencontres avec les professionnels et les bénévoles, puis-je vivre autrement que mes parents ? » La pauvreté absolue est celle où l’individu n’accède pas à la maîtrise de ses choix de vie et ne peut être reconnu dans ce qu’il est.

C’est un véritable projet de société ?

La société doit offrir à l’enfant des conditions lui permettant de grandir avec des enfants de son âge. Les institutions ont besoin de changer de culture et de méthodes pour s’adapter à l’enfant, à son rythme, sa curiosité, ses fragilités. Elles doivent aussi favoriser les formes de co-éducation pour dépasser la logique d’assistance qui prive les parents de leur autorité.

Je forme des professionnels et des bénévoles pour qu’ils envisagent de nouveaux modes de pensée et d’action. Ceux-ci se concrétisent dans la reconnaissance de la dignité et de l’autorité entre les adultes – parents comme acteurs sociaux – qui agissent pour l’enfant. Le parrainage de proximité en est un exemple : il s’agit de réseaux où les adultes veillent à éviter la concurrence entre eux, dans le respect du rôle des parents comme dans celui des autres intervenants, pour structurer un cercle familial et social permettant à l’enfant de cheminer et de grandir.

Louis Guinamard
Crédits photos : ©Elodie Perriot/Secours Catholique
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