Scolarité et pauvreté : briser le cercle vicieux

Publié le 01/09/2015
France
Scolarité et pauvreté : briser le cercle vicieux
 

Un enfant issu d’une famille pauvre a plus de risque de se retrouver en échec scolaire... et de devenir lui-même un adulte pauvre. Cette équation infernale est au centre des préoccupations du Secours Catholique. Et depuis peu le gouvernement s’y intéresse.

« La réussite scolaire est un enjeu primordial dans la lutte contre la pauvreté », explique Brigitte Alsberge, responsable Solidarités familiales au Secours Catholique. Une phrase qui pourrait être inversée, reconnaît-elle, tant cette double problématique de la scolarité et de la pauvreté est un serpent qui se mord la queue. « Dans un système scolaire où on privilégie le “savoir pur” au “savoir faire” et au “savoir être”, tous les enfants ne sont pas égaux. Si un élève évolue dans un environnement social et familial éloigné de la culture de l’école et de ses codes et peu favorable à l’ouverture au monde, il a plus de risques de se retrouver en situation d’échec », constate Brigitte Alsberge.

Cercle vicieux

« L’augmentation de la pauvreté des enfants est d’autant plus préoccupante que la France est l’un des pays dans lesquels l’origine sociale pèse le plus sur les destins scolaires », confirme Jean-Paul Delahaye, auteur d’un récent rapport sur le sujet (voir plus bas). Or la scolarité de l’enfant peut avoir un fort impact sur son devenir social. « Tout d’abord parce que pour s’en sortir dans notre société, il faut un certain niveau de savoir “pur” sanctionné par un diplôme, souligne Brigitte Alsberge. Ensuite parce que l’échec scolaire peut entraîner chez le futur adulte toute une construction psychologique : manque de confiance en soi, perte de capacité d’initiative... Ce sont des enfants qui en grandissant vont avoir du mal à avoir des projets, à se former.  »

En 2013, en France, 1,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans n’étaient ni à l’école, ni en emploi, ni en formation, selon les estimations du Conseil d’analyse économique (CAE). Ils représentaient alors 17 % de leur classe d’âge, soit 5 points de plus qu’en 2011. Il n’existe pas de chiffres plus récents, mais les spécialistes penchent plutôt pour une accentuation du phénomène. Brigitte Alsberge insiste sur l’importance du défi à relever pour l’école et plus généralement pour les acteurs politiques et sociaux : « Si on ne lutte pas contre l’échec scolaire et la marginalisation précoce, on crée toute une catégorie de personnes qui n’ont pas les codes, les bagages dans leur boîte à outils pour vivre en société, s’y insérer. » En toile de fond, le risque d’un choix alternatif : « Puisque je n’ai pas ma place dans la norme, je vais aller chercher cette place là où il n’y a pas de norme. Dans la marginalité, voire la délinquance. »

Deux axes de lutte

Dans la lutte contre l’échec scolaire, la spécialiste du Secours Catholique voit deux axes importants à développer. Le premier : redonner confiance à l’enfant et lui donner les moyens d’avoir envie d’apprendre et de se remettre au travail. Le second vise le rapport entre parents et enseignants. « Souvent, le regard des instituteurs et professeurs sur les parents d’un élève en échec est négatif, explique Brigitte Alsberge. Cela a plusieurs effets néfastes, notamment celui d’accentuer chez l’enfant le sentiment d’exclusion. Il y a donc un travail de sensibilisation à mener auprès des enseignants. Il faut aussi agir avec les parents pour leur redonner confiance. Le but est de favoriser la création d’un lien entre parents et enseignants, qui est indispensable. »

 

Une préoccupation politique

« Grande pauvreté et réussite scolaire. Le choix de la solidarité pour la réussite de tous. » C’est le titre d’un rapport rendu en mai 2015 par Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’éducation nationale, à sa ministre de tutelle, Nadjat Vallaud-Belkacem. Dans ce document de plus de 200 pages, l’auteur souligne les conditions extrêmement précaires dans lesquelles vivent de nombreux élèves et les effets que cela peut avoir sur leur scolarité. Relevant les réponses souvent insuffisantes de l’institution scolaire et de ses partenaires face à ces situations, il dresse une liste de 68 préconisations à cout et moyen termes pour une meilleure appréhension du phénomène et des réponses plus adaptées.

Benjamin Sèze
Crédits photos : ©Sébastien Le Clezio/Secours Catholique
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