Soudan du Sud : l’aide de Caritas aux adolescentes

Publié le 11/07/2012
Soudan du Sud
 

Les filles du Soudan du Sud sont souvent forcées de se marier très jeunes. A Isoke, le Secours Catholique aide les religieuses en charge des écoles primaire et secondaire à protéger ces adolescentes en qui leurs parents voient une source de revenus. Témoignage.

« Il y a des filles qui se précipitent ici et disent à sœur Pasquina que leurs familles veulent les marier de force ». Rita Amone parle d’adolescentes à Isoke, village perché entouré de montagnes dans le sud-est du Soudan du Sud.

A l’école primaire où Amone enseigne, les filles vont à l’école. Mais en grandissant, leur éducation pèse sur le budget de leurs familles qui préfèrent les marier afin de recevoir en contrepartie plusieurs vaches, comme le veut l’usage, de la famille du mari.

 

Vous devez faire ce que les hommes disent

 

«  Quand une fille atteint l’âge de 15 ans, les parents peuvent obtenir du bétail de la part d’un homme âgé », dit Amone. «  Ils considèrent les filles source de richesse ». Il y a d’autres raisons pour lesquelles les filles peuvent se marier tôt. «  Si mon frère tue quelqu’un, et que je suis une fille, on me prend et on me donne à la famille de la victime », dit-elle, ajoutant que si elles résistent « ils vous battent. On n’a pas notre mot à dire. Vous devez faire ce que les hommes disent. Si je cause des problèmes, ils peuvent me tuer ».

Dans d’autres cas, la longue guerre qui a englouti ce jeune pays d’Afrique de l’Est a empêché les filles d’aller à l’école. « Certaines filles n’ont reçu aucune éducation. Elles ont fui les villes. Elles étaient cachées dans des grottes et dans les montagnes, »,dit Amone. Les filles qui ont pu rester à l’école doivent parfois trouver les moyens de payer leur éducation « de la même manière que les femmes gagnent leur argent ici : en faisant du kwete, un alcool local », dit Elizabeth Hodgkin, une bénévole travaillant à Isoke.

Les filles qui accouchent avant 16 ans ont cinq fois plus de risque de mourir

Les filles au Soudan du Sud ont davantage de chance de mourir en couches que de terminer leur scolarité. Ce n’est pas seulement parce que le Soudan du Sud a un système de santé extrêmement pauvre, mais parce que les filles qui accouchent avant 16 ans ont cinq fois plus de risque de mourir que celles qui ont passé 20 ans.

Quand de jeunes femmes fuyant les mariages forcés vont voir sœur Pasquina, la religieuse catholique qui depuis des années s’est mise au service des villageois d’Isoke, « elles séjournent au couvent avec les sœurs. Sœur Pasquina parle à leurs parents, » dit Amone. Parfois, elle arrive à les convaincre de laisser leur fille poursuivre sa scolarité. « D’autres fois, les parents repartent chez eux avec leur fille. »

Il ne voulait plus de filles

Sœur Pasquina se rappelle l’histoire de Clara*, aujourd’hui âgée de 15 ans. Quand elle avait huit ans, son père avait demandé qu’elle soit retirée de l’école primaire où elle allait, dans un village appelé Hiriavit ; il voulait que sa fille s’occupe des enfants qu’il avait eus de sa seconde femme. La mère de Clara a refusé, insistant pour que sa fille reste en classe. Le père a tué la mère qui était alors enceinte. Ensuite, il a menacé de tuer les cinq filles qu’il avait eues de sa femme, Clara comprise, disant qu’il ne voulait plus de filles.

Les habitants de la ville ont emmené les filles à Saint Kizito, l’école primaire d’Isoke. Là, elles ont pu recevoir une éducation et être à l’abri de leur père. Mais l’an dernier le père a conclu un mariage arrangé entre Clara et un vieil homme. L’école a refusé, d’abord en cachant Clara dans l’école puis dans un village de montagne. Les sœurs catholiques paient à présent pour permettre à Clara d’aller à l’école en Ouganda où deux autres filles vivent avec leur grand-mère et deux autres dans un orphelinat.

Choisir de rester à l’école

Caritas est impliqué de longue date à Isoke. Caritas Belgique et le Secours Catholique (Caritas France) ont soutenu à la fois Saint Kizito et l’école secondaire Saint Augustin, en rénovant les salles de classe et les dortoirs. Récemment, le Secours Catholique a fait construire un dortoir de filles à Saint Augustin. Grâce à ces aménagements, certaines jeunes femmes qui n’auraient eu aucune chance de poursuivre leur éducation peuvent faire aujourd’hui le choix de rester à l’école.

Les dortoirs peints en rose hébergent actuellement les filles qui ont pu parvenir jusqu’ici et qui pourront poursuivre plus loin. Tandis que le Soudan du Sud a du mal à croitre et grandir, aider ces écoles permet de protéger ces jeunes filles et d’assurer une éducation aussi bien aux garçons qu’aux filles.

* Le prénom a été changé.

crédit : Elodie Perriot/Secours Catholique
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