Soudan du Sud : « Une crise alimentaire très grave attendue dans quelques semaines »

Publié le 08/07/2014
Soudan du Sud
 

Le 9 juillet 2011 a vu la naissance d’un 193e État dans le monde : le Soudan du Sud. Quentin Peiffer, chargé de projets Urgence internationale au Secours Catholique, s’est récemment rendu sur place. Il témoigne d’un État encore balbutiant qui a du mal à faire face aux défis alimentaires et de maintien de la paix du jeune pays.

Trois ans après la naissance du Soudan du Sud, où en est la mise en place de l’appareil étatique ?

L’appareil étatique a été ébauché à partir de 2005, suite à l’accord de paix conclu le 9 janvier 2005 entre le gouvernement de Khartoum et l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). Des gouverneurs ont été nommés et des élections régionales ont eu lieu dans différents États.

À partir de 2011, il a été décidé de renforcer les institutions – en bâtissant une constitution fédérale et des constitutions au niveau de chaque État fédéré - mais les mesures envisagées n’ont pas été mises en place. La crise politique de décembre 2013 a stoppé le chantier.

En 2011, certains observateurs craignaient que l’indépendance du Sud-Soudan ne fasse exploser les “compétitions tribales” (une soixantaine d’ethnies) qui traversaient la région. C’est effectivement ce qui s’est produit…

Oui, mais cela est dû à la crise politique qui a éclaté le 14 décembre 2013 entre le président Salva Kiir, qui appartient à l’ethnie dinka et son ancien vice-président, Riek Machar, de l’ethnie nuer.

Plusieurs leaders du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) – dont sont membres Salva Kiir et Riek Machar – ont reproché au président sa politique. Les affrontements armés entre les deux parties ont rapidement pris une tournure ethnique : les Dinka (en majorité des chrétiens) face aux Nuer (des animistes). De part et d’autre, des massacres ont été perpétrés.

Le 7 janvier 2010, le Secours Catholique avec d’autres organisations humanitaires, affirmaient : « Le Sud-Soudan est l’une des régions les moins développées au monde. Pour que la population croie en l’avenir, il est urgent de prendre des mesures en faveur du développement. » Où en est-on de ce point de vue ?

Des mesures ont été prises par des bailleurs (Union européenne, États-Unis…) et mises en œuvre par les agences des Nations unies, les ONG et la société civile présentes sur place. Elles ont permis une réduction significative de l’insécurité alimentaire grâce à une production agricole en nette amélioration.

L’État, lui, faute de ressources, a très peu investi dans le développement. Son action s’est limitée à la construction de quelques routes. Il a privilégié les investissements dans l’infrastructure pétrolière et dans l’armée afin d’accroître son budget et assurer la sécurité dans le pays. Quant au réseau Caritas au Soudan du Sud, il a poursuivi son soutien financier à des écoles, notamment dans le diocèse de Torit, au sud du pays, et à des dispensaires. Mais les progrès réalisés ont été remis en cause par la crise de décembre 2013.

Une crise qui explique donc, en grande partie, la tragédie humanitaire en cours ?

Elle explique largement ce qui se passe actuellement : 1 100 000 personnes déplacées, 400 000 réfugiés, et 4 millions de Sud-Soudanais, selon l’Onu, incapables, à court terme, de subvenir à leurs besoins alimentaires. Alors qu’on rentre dans la saison des pluies, une crise alimentaire très grave est attendue dans quelques semaines (entre mi-juillet et fin juillet), en particulier dans les États d’Unité, du Nil Supérieur et de Jonglei.

La situation est d’autant plus tendue que les habitants n’ont plus la possibilité de cultiver et que les services de santé n’ont plus les moyens de suivre les personnes souffrant de malaria, de diarrhée ou encore d’anémie… Et les personnes déplacées survivant dans des camps sous la protection de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud souffrent de l’insalubrité et de la surpopulation. Dans l’un d’entre eux, à côté de Juba, au sud, des cas de choléra sont même apparus.


Caritas Soudan du Sud et quatre Caritas du nord au secours des déplacés

Transfert d’argent aux familles de déplacés pour l’achat de nourriture, distribution de bâches en plastique, de couvertures, moustiquaires, céréales, huile, de réservoirs d’eau potable, de produits d’hygiène et de médicaments de base aux établissements de soin ; appui à des campagnes de vaccination, construction de latrines …

Quelque 100 000 personnes sont bénéficiaires de ce programme d’urgence (le Secours Catholique a versé 50 000 euros) porté sur place, dans le Haut Nil, par Caritas Soudan du Sud et ses partenaires du nord, Cafod (Caritas Angleterre et Pays de Galles), Cordaid (Caritas Pays-Bas), CRS (Caritas américaine) et Caritas Suisse.

Yves Casalis
Crédits photos: © Camille Lepage/Wostok Press/Maxppp
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