Sandra, la guerre vue de l’intérieur

Publié le 14/12/2015
Syrie
portrait de Sandra, femme syrienne de la Caritas
 

Entrée à Caritas Syrie en 2013 comme assistante administrative, Sandra est depuis avril 2015 directrice de la communication de l’organisation. Et pour cause. Sandra aime avant tout écrire, dire et rencontrer. Pourtant aujourd’hui, à Damas, la tâche n’est pas aisée.

« Comment pouvais-je imaginer que soudain, à toute vitesse, en moins de trois ans, mon quotidien serait balayé par la guerre ? » Sandra a 38 ans. Elle a toujours vécu à Damas mais ne reconnaît plus la ville qui l’a vue naître et grandir. Une grande sécurité régnait dans les rues où se côtoyaient sans distinction les musulmans, les chrétiens, les laïcs...

Issue de la minorité chrétienne, Sandra et ses proches bénéficiaient d’une certaine liberté et n’ont jamais été inquiétés dans l’exercice de leur culte et la célébration des fêtes religieuses se faisait sans difficulté.

Fin 2010, les Syriens se sentaient loin des contestations populaires qui éclataient en Tunisie ou en Égypte. « En somme, confie-t-elle, le Printemps arabe nous était étranger. » Puis une rumeur est parvenue du sud-ouest du pays. Des étudiants de Daraa avaient été emprisonnés et torturés pour avoir inscrit des propos contre le régime sur les murs de leur université. L’inquiétude est montée…

Peu à peu, l’émergence de mouvements de contestation, auxquels le régime syrien a répondu par la voie des armes, a plongé le pays dans une guerre dévastatrice, jetant la moitié de la population hors de ses foyers. Damas, épargnée quelque temps, a fini par être bombardée. Sandra parle de « voix » pour décrire le bruit que font les fusées et les bombes avant de s’abattre sur la ville.

 

La guerre prive les enfants syriens des joies simples de la vie

 

« J’ai fini par m’habituer à ces voix, elles font désormais partie de ma vie et mes enfants ne se demandent même pas pourquoi ils vivent cachés et reclus. Un jour, alors que je faisais réciter à ma fille sa leçon de sciences, j’ai réalisé qu’elle n’avait jamais vu un papillon. Et la réalité m’a sauté aux yeux : la guerre la prive, elle et tous les enfants syriens, de son enfance, des joies simples d’un pique-nique dans un parc de la ville ou dans les vergers qui nous entourent. »

Ces enfants connaîtront-ils un jour ce pays en paix ? Sandra tente de défier le sort en posant une grande nappe pleine de victuailles à l’ombre de l’arbre situé au pied de sa maison. Et en racontant aux siens cette Syrie-là, celle qu’elle aime, celle qu’elle n’a pas voulu quitter.

 

 

Résister

Beaucoup sont partis. À cause de la peur qui engendre le repli sur soi ; de la perte d’un travail ou d’une maison bombardée ; des pénuries qui privent les habitants de l’essentiel comme la nourriture ou le gaz pour se chauffer. Sandra a choisi de rester pour aider son peuple d’une manière concrète. « J’ai travaillé dix ans comme réceptionniste à l’ambassade du Canada et j’ai gardé de ce poste le goût de la rencontre. J’étais le premier point de contact des réfugiés. »

En 2013, elle rejoint la Caritas syrienne mais la fonction administrative qu’elle y exerce la prive des relations humaines auxquelles elle tient. Alors, avec l’aide de sa mère et de l’une de ses sœurs, elle décide d’ouvrir une salle de jeux pour les enfants de 3 à 9 ans.

Les Lego sont rapidement transformés en fusées et en tanks, les feuilles de papier rapidement recouvertes de scènes de guerre… Malgré plusieurs tentatives pour instaurer une ambiance plus légère, les jeux tournent invariablement au combat.

Sandra a toujours aimé raconter des histoires. Celle que tout un peuple subit de l’intérieur doit s’écrire, Sandra ne peut plus se taire. Les réseaux sociaux seront son premier vecteur de transmission. Elle diffuse donc ses textes sur Facebook et ses relais deviennent de plus en plus nombreux. Elle a du talent. La Caritas lui propose en avril 2015 de devenir directrice de la communication.

 

Je rêve que la guerre soit finie

 

Depuis cette date, Sandra écrit pour témoigner du quotidien des 7 millions de personnes qui tentent de survivre sur place et des 4 millions de déplacés qui fuient les combats. Sans oublier le travail de la Caritas syrienne, qui brave les difficultés et les dangers pour continuer d’apporter son soutien aux plus vulnérables depuis ses centres répartis dans six régions.

À l’assistance alimentaire et financière s’ajoute l’aide médicale et psychologique. Dans ce contexte, dire l’indicible devient essentiel, pour Sandra comme pour son peuple. Pour la paix de demain, pour ce rêve qu’elle fait souvent : « Celui de me réveiller un matin et de découvrir que la guerre est finie et que tout est pardonné… »

Hélène Valls
Crédits photos : ©Élodie Perriot/Secours Catholique
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