Syrie : l’exode massif vers le Kurdistan irakien

Publié le 02/09/2013
Kurdistan irakien
Syrie : l’exode massif vers le Kurdistan irakien
 

« Un torrent de personnes déferlant à la frontière. » Les mots de la représentante de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés en Irak témoignent de l’afflux aussi soudain que massif de Syriens dans le pays depuis le 15 août.

Jusque-là, c’est vers la Turquie, la Jordanie et surtout le Liban que les Syriens fuyant la guerre avaient trouvé refuge.

Pourquoi cet exode ?

Depuis un mois, une véritable guerre dans la guerre se déroule dans le Nord Est de la Syrie, où vivent la majorité des Kurdes du pays.

Jusque-là, la région kurde était relativement épargnée par le conflit. Alors que la confrontation entre le régime syrien et ses opposants se concentrait sur la ville d’Alep, les combattants kurdes, profitant du chaos de la guerre civile, avaient pris le contrôle de la région il y a un an.

Or des groupes djihadistes affiliés à Al Qaeda ont lancé une offensive contre les groupes armés kurdes. « Alors que les Kurdes souhaitent mettre en place une zone autonome sur le modèle irakien, les djihadistes veulent quant à eux imposer leur interprétation de la Charia dans le nord du pays, explique Ziad Majed, professeur d’études sur le Moyen-Orient à l’université américaine de Paris. Les deux projets ne pouvant pas cohabiter, cela débouche nécessairement sur des combats. »

De violents affrontements ont éclaté dans la région, forçant à l’exil de nombreux Syriens, déjà dans une situation rendue critique par une économie en déliquescence.

Parmi eux, des Kurdes qui habitaient dans la région mais aussi des Syriens qui s’y étaient réfugiés, pensant y trouver une paix relative. D’après le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR), ils seraient aujourd’hui 50 000 à avoir rejoint l’Irak, en majorité des femmes, des enfants et des personnes âgées.

Pourquoi le Kurdistan irakien ?

De tous les voisins limitrophes de la Syrie, l’Irak était le pays qui avait jusqu’ici accueilli le moins de réfugiés. Cet afflux soudain témoigne d’une situation nouvelle. Le président de la région autonome kurde d’Irak, Massoud Barzani, a en effet décidé le 15 août d’ouvrir temporairement sa frontière avec la Syrie. Une chance inespérée pour les Syriens, que la Turquie, le Liban et la Jordanie n’accueillent désormais plus qu’au compte-goutte.

Profitant de l’installation d’un pont flottant sur le Tigre menant vers le Kurdistan irakien, plus de 50 000 réfugiés sont venus s’installer dans des camps de fortune construits autour de Dohuk et d’Erbil. Ils ont rejoint les 160 000 Syriens, pour la plupart Kurdes, qui avaient déjà trouvé refuge dans la région.

Au total, ils seraient donc désormais plus de 200 000 dans la région kurde. « Les chiffres restaient faibles par rapport aux pays voisins, donc cela attirait peu d’attention. Maintenant le problème dépasse de loin nos capacités », constatait il y a quelques jours dans le Monde le ministre des relations extérieures du gouvernement régional.

Une inquiétude grandissante, tandis que des centaines de Syriens continuent à passer la frontière chaque jour.

Marina Bellot


La lutte des Kurdes pour l’autonomie

Les Kurdes, peuple non arabe du Proche-Orient qui dispose d’une langue et d’une culture propres, se battent pour la constitution d’un État kurde. Ils sont 35 millions dans le monde, répartis sur la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie.

En Irak, où vivent 5 millions de Kurdes, l’une des conséquences de la chute de Saddam Hussein a été la constitution d’un Kurdistan autonome dans le Nord du pays, sous la pression américaine. « Le Kurdistan ne ressemble en rien au reste de l’Irak. C’est une région sécurisée, prospère, où règne une paix relative », indique Georges Leperchey, chargé de mission au Secours Catholique, qui se rend régulièrement dans la région.

En Syrie, le soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad a changé la donne pour les 2 millions de Kurdes du pays, leur donnant l’espoir d’installer un début d’autonomie dans le Nord Est du pays. Il y a un an, les combattants kurdes ont en effet pris le contrôle de la région, désertée par les troupes gouvernementales. Quelle que soit l’issue de la guerre, ils espèrent peser dans la future organisation du pays et obtenir la création d’un Kurdistan autonome sur le modèle irakien.

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