Théâtre : l’antidote du clown

Publié le 03/06/2013
Toulon
 

À Toulon, une association dévoile les secrets de la clownerie à un public en difficulté ou non, dans le but de favoriser la mixité sociale.

« Tu sais pas quoi ? Eh ben, la voisine, Mme Michelle, elle m’a dit que le voisin du dessous, il perd ses cheveux ! » cancane Anne-Marie. Perchée sur des semelles de 20 centimètres de hauteur, elle laisse stupéfait son interlocuteur, Christophe, sur cette information “scoop”.

Ce dernier, qui arbore une toque en fourrure et une veste rouge vif, s’empresse de raconter l’histoire à la première personne qu’il croise : «  La voisine m’a dit que le voisin du dessous quand il téléphone, eh ben, ses cheveux s’envolent sur le toit ! » Arrivent ensuite William, Violaine, Marielle et Fatih. Au passage de chacun, la nouvelle est déformée et devient de plus en plus loufoque. Le rire est garanti.

Outre leurs accoutrements extravagants et leurs propos cocasses, un élément rassemble les six acolytes : le nez rouge. Ils font tous partie de l’atelier Clowns de Kairé. Cette association toulonnaise, créée en 2000 avec le Secours Catholique local et l’Union diaconale du Var (UDV), rend la pratique des arts plastiques, du théâtre et de la clownerie accessible à tous contre une adhésion de 10 euros par an.

Un antidote à un quotidien difficile

Les six compères au nez rouge passent à Kairé leurs vendredis après-midi pour retrouver « leur clown intérieur » avec l’aide de Véronique Martin, salariée de l’association. Certains sont venus sur le conseil de leur psychiatre ou de leur assistante sociale ; d’autres, comme Fatih, cherchent « un antidote à un quotidien difficile » ou simplement désirent poursuivre un art qu’ils aiment. Mais peu importe la situation de chacun. À Kairé, tout le monde est à la même enseigne.

En début d’atelier, Véronique Martin propose aux participants des exercices originaux pour « évacuer les tensions ». Christophe doit jouer le rôle d’une algue et Fatih celui d’un poisson. Ce dernier frôle à plusieurs reprises la plante aquatique, la faisant onduler. « Ça relaxe. Ça fait du bien », dit William, frissonnant comme le font les herbes marines. « L’activité de clown fait travailler sur soi. J’extériorise mes souffrances et cela m’aide à me construire. »

Une complicité solide

Le jeu des clowns, basé essentiellement sur l’improvisation, reflète une complicité et une confiance mutuelle des acteurs. Pas de jugement, pas d’impatience, mais de l’écoute et une réelle connivence. « Les participants de Kairé sont devenus des amis. Il y a quelque chose de très familial dans ce groupe », assure Marielle, qui assiste également à l’atelier théâtre et à celui d’arts plastiques de l’association. Son talent a d’ailleurs été remarqué par un galeriste qui a exposé ses œuvres en février dernier à Toulon. Les compagnons clowns de Marielle n’ont pas manqué de s’y rendre.

L’art du clown, un besoin vital

Besoin vital. L’après-midi à Kairé se déroule en facéties. Chaque mot est juste, précis et atteint son but : l’hilarité. Mais pas question de prendre l’atelier à la rigolade. Tous les clowns sont concentrés, parfois même sérieux, pour trouver le meilleur chemin vers le rire. Ils vivent chaque minute des trois heures d’atelier avec délectation.

« Kairé, c’est une bulle en dehors du temps et je ne veux pas en rater une miette », commente Violaine, l’un des clowns. Elle partage avec ses compagnons la crainte de voir fermer leur atelier. En effet, «  l’association fait face à des difficultés financières, notamment en raison d’une baisse des subventions de l’État pour la culture », explique Véronique Martin. Une angoisse pour Marielle. « Quand Kairé ferme pour les vacances d’été, au mois d’août, je ne me sens pas bien, confie-t-elle. Il m’est même arrivé d’être hospitalisée à cause de ça. » L’art du clown est devenu pour elle et certains de ses camarades, au même titre que la nourriture et le logement, un besoin vital qu’ils redoutent de perdre, un précieux antidote à la souffrance.

 

Clémence Véran-Richard
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